À la découverte du mentalisme avec Fabien Olicard

Ph. L. Gilli

Dans son spectacle «Singularité», le mentaliste Fabien Olicard vous invite à la découverte de votre cerveau et de ses incroyables capacités.

Vous affirmez qu’il y a autant de définitions du mentalisme que de mentalistes.

«Oui, je persiste et je signe parce qu’il n’y a pas de définition légale de ce mot vu qu’il n’y a personne qui adoube les mentalistes. Tous les mentalistes, et moi y compris, on s’est autoproclamés tel quel. C’est un mot qu’il faut un peu imaginer comme un sac. Chacun met les techniques qu’il veut dans ce sac, mais toujours dans le même but: bluffer les gens, déduire ce qu’ils pensent, les influencer… que ce soit pour les divertir ou pour leur apprendre à se servir de leur cerveau. Mais on ne peut pas dire qu’une personne n’est pas mentaliste car le mentalisme, on ne sait pas vraiment ce que c’est.»

Quelle est votre définition du coup?

«Pour moi, la définition du mentaliste c’est de prendre des outils qui viennent du monde de la psychologie, de l’influence, de l’illusionnisme et de la mémoire dans le but double de savoir mieux se servir de notre cerveau, qui est littéralement extraordinaire et qui fait des choses incroyables, mais aussi d’aller sur scène avec cette passion. J’en ai fait un one-man-show dans lequel on rigole mais où le fond du sujet est toujours le mentalisme. J’essaye de bluffer les gens, voire de les amener à se bluffer eux-mêmes.»

Vous ne faites donc rien de surnaturel.

«Non, je n’ai pas de don. J’adorerais savoir lire dans la tête des gens mais je n’ai pas de don de ce côté-là.»

Que pensez-vous des gens qui se disent medium ou voyant?

«Je pense qu’ils ont le droit de le faire. Mais je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui m’a convaincu. Je n’ai jamais rencontré quelqu’un capable de faire plus que ce que je sais faire moi-même. Je me dis d’ailleurs souvent que je ferais mieux avec mes techniques de mentaliste. Il faut de tout pour faire un monde mais, pour moi, cela reste de l’ordre de la croyance et il n’y a rien qui me démontre que ces personnes savent vraiment faire cela. Moi, je suis plus dans l’illusionnisme, le rationnel, la déduction. Ce que je fais est totalement explicable.»

Vous vous intéressez au mentalisme depuis que vous avez 8 ans. Comment vous êtes-vous rendu compte que vous aviez une bonne mémoire ou que vous saviez lire le comportement des gens?

«Concernant ma mémoire, je m’en suis rendu compte dès le début de ma scolarité car je savais étudier mes devoirs en les lisant une fois. C’est un cadeau empoisonné parce qu’on n’acquiert aucune méthodologie de travail. En ce qui concerne l’intérêt des gens, il est venu d’un livre appelé «Cours Magica» de Robert Veno. Le dernier chapitre s’appelle «Il n’y a pas de truc» et ne parle que de mentalisme. J’ai trouvé cela génial et j’ai voulu en savoir plus. J’ai donc commencé à faire des lectures sur les sciences cognitives, le fonctionnement du cerveau, le comportement social. Je pense que quand on est petit, on brasse tous les domaines d’intérêt de la vie et il y a des thèmes qui résonnent en nous. Pour certains, c’est le sport, pour d’autres le dessin ou les jeux vidéo. Pour moi, c’était le mentalisme. J’aime bien résoudre des puzzles et quel plus beau puzzle que le casse-tête que représente notre cerveau?»

Le mentalisme, c’est quelque chose que vous faites tout le temps, au restaurant par exemple?

«Oui et non. Non car il faut être très concentré pour le faire. Mais oui car il y a des acquis contre lesquels on ne peut pas lutter. Peut-être que je suis un meilleur communiquant, peut-être que je négocie un peu mieux et plus efficacement, que je suis plus attentif aux comportements sociaux des autres. Je ne suis pas comme dans la série mais je suis légèrement optimisé dans certains domaines.»

En parlant de la série, est-ce qu’elle a permis aux mentalistes de se (re)trouver sous le feu des projecteurs?

«Oui, c’est sûr. Le mentaliste a déjà eu un gros âge d’or au 19e siècle avec le spiritisme. Là, les mentalistes étaient plus des gens qui rentraient en contact avec des esprits. C’était considéré comme rationnel et scientifique à l’époque. Et puis le mot a été gardé en opposition au matérialisme avant de revenir à partir des années 80 via l’illusionnisme, la branche à laquelle je me raccorde. La série fait, qu’aujourd’hui, les gens ne savent toujours pas ce qu’est le mentalisme. Mais ils en ont un fantasme et c’est évident que cela nous a fait une publicité monstrueuse car le mot est rentré dans le langage courant, il a été popularisé de fou par la série.»

Pourquoi chacun ne développe-t-il pas ses qualités de déduction?

«Car ils ne sont pas venus à mon spectacle et n’ont pas acheté mes livres (rires). Plus sérieusement, je ne sais pas. Par contre, les gens sont de plus en plus demandeurs. Il y a un intérêt pour savoir comment fonctionne notre cerveau et une vraie envie de savoir mieux s’en servir.»

C’est pour cela que vous avez lancé une chaîne Youtube?

«Au départ, c’était pour être plus créatif. Je me suis demandé ce que j’allais pouvoir créer si je devais fournir du contenu une fois par jour pendant un an. J’ai adoré cela et, au bout de trois semaines, j’ai compris que je devais toucher à tout. Sur scène, je m’éclate et on vit des moments merveilleux mais on est là pour rigoler donc je ne vais pas très loin dans les explications alors que j’adore partager. Du coup, j’ai pu m’exprimer différemment sur Youtube tout en parlant du même sujet.»

Dans votre spectacle, vous promettez de faire le Big Bang dans le cerveau des spectateurs, c’est un sacré pari.

«Oui! Mais je pense qu’on le fait quand même. Déjà, le spectacle «Singularité» ne s’appelle pas comme ça par hasard. La singularité initiale est le nom scientifique du Big Bang et je suis passionné d’astrophysique, plus particulièrement de la singularité du début de l’univers. Il y a un truc qui est fou, c’est de ce dire que quand l’univers est né il n’y avait rien, et d’un coup il y avait tout. C’est pareil pour un humain. Quand un être humain n’existe pas encore, il n’y a rien. Et d’un coup, il y a une pensée qui existe, qui est nouvelle, avec des goûts, des choix, des opinions. Et je me dis qu’il y a eu le Big Bang d’une pensée à ce moment-là. C’est un peu ce que je ressens quand j’apprends quelque chose de stimulant, j’ai l’impression de vivre un Big Bang dans ma tête. Et c’est ça que j’essaye de faire dans mes spectacles, j’essaye de créer des Big Bang dans le cerveau des gens car j’adore cette sensation.» (cd)

Fabien Olicard se produira en Belgique du 29 novembre au 1er décembre ainsi que les 7 et 8 avril 2020.