Vitaa et Slimane en toute intimité : « Ce n’est pas un album de constat, mais de sincérité »

En janvier prochain, The Voice Belgique se mettra en mode ‘Kids’. S’ils ont signé pour une nouvelle saison, Vitaa et Slimane n’en oublient pas qu’ils sont aussi artistes. Ils sortent aujourd’hui un long album de duos, fruit d’une rencontre et d’une amitié, et dans lequel il nous propose leur vision de la vie qu’ils ont en commun malgré leurs différences.

C’est déjà une longue histoire d’amitié entre vous.

Slimane: «En fait, j’avais repris ‘À Fleur de Toi’ qui était une chanson de Vitaa. Ensuite, on s’est rencontré durant une émission télé, on avait déjà accroché, mais c’est vrai qu’on est réellement devenu amis en étant coach pour The Voice Belgique. Puis on a fait cette chanson ‘Je te le donne’ qui a eu un beau succès. Et fort de cette expérience, un membre de notre équipe a eu l’idée de cet album du duo. En toute franchise, on n’a pas tout de suite accroché. On se posait plein de question. On est allé en studio juste pour voir ce qu’il allait se passer, mais on en est sorti le premier jour en étant convaincu qu’il fallait le faire. C’était une évidence.»

Dans le morceau «VersuS», on y entend deux personnes qui se rapprochent, alors que le mot évoque plutôt un face-à-face.

Vitaa: «Ce mot symbolisait vraiment cette opposition des deux univers dans l’album, mais aussi le mélange. C’est l’univers de l’un mis face à celui de l’autre mais sans la ‘fight’, avec en plus le V de Vitaa et le S de Slimane.»

Le message qui se dégage, c’est que la vie peut être dure et qu’il faut se battre.

Slimane: «Oui, on a surtout voulu être sincère. Ce serait faire l’autruche de dire que tout va bien. La vie des gens est de plus en plus difficile. Ce n’est pas un album de constat, mais de sincérité. Quand tu regardes autour de toi, beaucoup de choses ne sont pas top mais il y a toujours une pointe de positif, notamment dans le titre ‘Ca va, ça vient’ et qui est représentatif de cet esprit. On se dit qu’on fait tous des erreurs, qu’on a tous des moments difficiles, mais ça peut aller mieux. Vitaa et moi, nous sommes des gens très nostalgiques, très mélancoliques, tout en étant très positifs.»

On sent parfois du ressentiment sur une vie passée.

Vitaa: «C’est un album dans lequel on s’est livré sur notre vision de notre vie, mais aussi nos doutes et nos complexes. On a découvert, Slimane et moi, qu’on partageait nos complexes. Et on avait envie de parler de nos ressentis, de la façon dont on a grandi, et du fait que l’on n’est pas à l’aise avec notre image. On parle du passé, des épreuves de la vie, et de comment on s’est relevé.»

Encore aujourd’hui vous n’êtes pas à l’aise avec votre image?

Vitaa: «Non, pas vraiment (rire). C’est pas facile de bosser avec nous, c’est un casse-tête pour les photos. C’est un métier d’images, mais pas par choix. Moi, je suis devenu chanteuse parce que j’aimais écrire des chansons. Je ne connaissais pas tout ce qu’il allait avec. Je n’avais pas pris en compte toutes les télés, les photos, les gros plans, etc. Je n’ai pas fait ce métier pour ça, Slimane non plus, donc tu dois gérer cela et vivre avec. Ça augmente les complexes, surtout quand tu ne t’aimes pas à la base.»

Slimane: «Et c’est aller à contresens de ce qui se dit aujourd’hui, que tout va bien, que ta vie est extraordinaire. Tu en rajoutes sur les réseaux sociaux. Nous, on avait envie de dire ‘Attendez, ce que vous voyez n’est pas forcément vrai. On a les mêmes complexes que vous et les mêmes mauvais souvenirs’. Je trouve cela bien de ne pas toujours vendre du rêve et des paillettes aux gens.»

Un morceau comme ‘XY’, c’est votre réflexion sur toutes les questions que la société se pose?

Slimane: «En fait, je suis venu avec l’idée ‘C’est quoi un homme? C’est quoi une femme?’. Aujourd’hui, on oppose beaucoup l’homme et la femme alors que moi, j’ai grandi avec des parents qui n’étaient pas l’un contre l’autre, mais plutôt ensemble. J’aime cette idée du couple. Je trouve qu’à force de trop vouloir opposer les gens, on crée quelque chose qui n’est pas sain. Avec Vitaa, on a un rapport amical très sain bien que l’on soit très différent. Et c’était important d’aller un peu à contre-courant et de dire que ça peut aussi très bien se passer entre un homme et une femme.»

Dans le titre ‘Comme un film’, vous tirez un portrait peu élogieux de votre génération.

Slimane: «Je pense en tout cas que ma génération n’a pas fait de cadeaux à celle qui arrive. Ils vont être habitués parce qu’ils y naissent, mais moi, quand j’étais jeune, je n’avais pas besoin de ‘followers’ pour faire partie de quelque chose. Aujourd’hui, on a l’impression d’aller vers un mauvais film de science-fiction. Tu vois des séries comme ‘Black Mirror’ où les gens sont notés, et puis tu te rends compte qu’en Chine, ça existe vraiment et que cela peut arriver ici. Moi, j’espère avoir des enfants, mais j’ai peur du monde qu’on va leur laisser. Nous, on fait partie du jeu, on tous les deux des réseaux sociaux qu’on alimente régulièrement aussi, mais j’en connais qui ne pensent exclusivement qu’à ça. Moi aussi, j’ai été ‘addict’ à mon téléphone, mais je ne veux plus passer à côté de la vie.»

Le morceau VersuS se conclut par «Je vais tout quitter comme Mélanie, elle est en paix. Si vous savez comme je l’envie», qui fait référence à Diam’s. Vous y pensez parfois?

Vitaa: «Oui, ça me traverse l’esprit souvent. J’en ai déjà beaucoup parlé dans mes albums. Je n’ai pas fait ce métier pour la gloire et la médiatisation. L’un ne va pas sans l’autre, mais on se construit plutôt en tant que femme et maman. Et j’ai du mal à gérer ce rapport à la notoriété et cette vie qui va vite. J’adore écrire, j’écris déjà pour d’autres artistes, et je pense à la suite. Je sais qu’un jour je raccrocherai les gants, et je donnerai de la lumière aux autres.»

Pierre Jacobs

Vitaa & Slimane «VersuS»