La photo nature, outil scientifique

Ph. Jean-Pierre Cappe

Les Expos Photo Nature se tiennent du 19 au 22 septembre à Namur. Portées par les bénévoles de notre pôle ornithologique Aves, elles ont un ancrage scientifique fort. En créant une catégorie « observations.be » dans le concours de clichés ornithologiques du festival, d’où sont tirées les illustrations de cet article, elles montrent le rôle que joue la photo dans les connaissances naturalistes.

Il se vend, depuis 2015, environ 1,4 milliard de smartphones par an dans le monde. L’écrasante majorité étant équipée d’un appareil photo, dont certains de qualité franchement convenable, les clichés numériques se multiplient à une vitesse exponentielle. Si cette évolution a vu essaimer la publication de selfies douteux sur les réseaux sociaux, elle est également à l’origine d’une explosion des sciences citoyennes (ou science participatives). Ces projets faisant appel à de nombreux volontaires pour générer une masse statistiquement intéressante de données, analysées à posteriori par des scientifiques.

Ph. Olivier Colinet

Des millions de photographes éco-citoyens

L’implication d’une vaste communauté de participants est particulièrement utile dans le cadre des sciences naturelles ou les données à fournir ou à décrypter sont innombrables. La détermination d’espèces sur le terrain par plusieurs milliers d’éco-citoyens permet ainsi de déterminer des tendances qui peuvent ensuite permettre de choisir des priorités d’action pour protéger l’environnement. Une des grandes critiques adressées aux sciences citoyennes était la qualité des données encodées. L’amateur étant habituellement moins formé à la matière abordée que le spécialiste reconnu. La photographie a permis de passer outre cette critique, en proposant aux participants d’illustrer leurs observations par des photos vérifiées par un nombre restreint de spécialistes, bien souvent volontaires eux-mêmes.

Le portail observations.be en est un excellent exemple. Il compte aujourd’hui quelques 44.000 utilisateurs, ayant encodé 35 millions d’observations naturalistes en 11 ans, et publié près de six millions de photos ! De nombreux portails similaires à travers le monde emploient les mêmes concepts. Par exemple Spipoll, dédié au « suivi photographique des insectes pollinisateurs » en France, ou le projet [email protected], qui permet l’identification de plantes grâce à une banque de donnée photographique collaborative.

Ph. Olivier Colinet

L’esthétique se faufile dans la science

Se pose évidemment la question de la qualité de l’image produite et diffusée, sa création étant intrinsèquement liée à la seule détermination de l’espèce. Une écrasante majorité de photos sont ainsi de simples documents sans aspect esthétique, mais à la marge se développe une communauté de photographes amateurs qui joignent l’utile à l’agréable et fournissant des clichés de qualité. Une fonctionnalité d’observations.be permet ainsi de coter les images visibles.

Un autre type de projet se retrouve notamment sur la plateforme Zooniverse. Il s’agit de faire appel à la communauté pour décrypter des photos prises aléatoirement. Il peut s’agir de clichés de la Nasa sur lequel il faut analyser des tempêtes solaires, comme de pièges photographiques dans des parcs africains pour y recenser les grands mammifères. Ici, le participant ne fournit plus une photo sur une session, mais il en analyse plusieurs centaines. L’aspect esthétique est ici totalement absent, car les clichés sont pris aléatoirement de manière mécanique. Et pourtant, la beauté surgit souvent, d’une hyène curieuse venant renifler l’appareil ou d’un troupeau de zèbres au galop, captés par le piège photo.

Ph. Robert Hendrick

L’émerveillement avant tout aux Expos Photo Nature

En rajoutant cette catégorie « observations.be » au concours qu’elles organisent depuis maintenant 16 ans, les Expos Photo Nature d’Aves sacrent ainsi la photographie comme un outil naturaliste non négligeable. Et elles en profitent pour remettre l’ornithologie locale à l’honneur, en récompensant les photographes amateurs qui aident à construire les bases de donnée qui serviront ensuite aux experts du pôle. La photo étant bien entendu également un merveilleux outil d’émerveillement à la nature, les travaux de nombreuses pointures internationales de la photographie naturaliste (Vincent Munier, Guillaume Bily, Florence Dabenoc ou encore un collectif finlandais) seront exposés à travers le vieux Namur.

www.expoaves.be

Benjamin Legrain