Pourquoi l’amour entre un homme et une femme est-il si compliqué ?

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Dans son livre ‘Pourquoi c’est si compliqué l’amour ?’, le médecin psychiatre et anthropologue Philippe Brenot interroge l’Histoire et l’anthropologie. Il nous explique les difficultés qui existent au sein des couples hétérosexuels actuels en observant non seulement le passé mais également nos plus proches cousins, les primates. Le couple tel que nous le concevons aujourd’hui est une invention récente. « Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, un homme et une femme se retrouvent seuls, face à face. »

Dans votre livre, vous expliquez que les hommes et les femmes, à l’origine, ne sont pas faits pour vivre ensemble.

« En Occident, ce que nous appelons aujourd’hui le couple n’a que 50 ans. Avant cela, on ne vivait pas en couple mais dans un couple-famille dans lequel il y avait peu de liens entre l’homme et la femme. La femme restait dans le lieu domestique tandis que l’homme était à l’extérieur. Aujourd’hui, les femmes attendent que les hommes les écoutent, les comprennent et les soutiennent. Elles veulent des échanges. C’est tout ce qu’elles ont toujours eu et appris de leur mère ou grand-mère lorsqu’elles restaient entre femmes. Ce qui n’est pas le cas des hommes car cela correspond à l’espace et fonction domestique. Cette fonction de soutien, ils ne la connaissent pas. Les femmes, elles, reproduisent cela aujourd’hui à travers, par exemple, des groupes WhatsApp entre copines. »

Le couple existe depuis une cinquantaine d’années. Mais s’il continue d’évoluer de cette manière, pouvons-nous penser qu’un nouvel équilibre se mettra en place? Que les tensions entre les hommes et les femmes disparaîtront?

« Les tensions sont encore trop nouvelles. Il n’y en avait pas ou peu dans le couple-famille de nos grands-parents. Il y avait d’autres difficultés, certainement. Mais en soi, les femmes allaient se réconforter dans l’espace des femmes, et les hommes allaient ailleurs. Chacun avait son exutoire. Il y avait peu d’affrontements. Aujourd’hui, nous sommes des couples nucléaires. Nous sommes les premières générations où les hommes et les femmes sont en face l’un de l’autre, sans l’espace tampon protecteur pour les femmes que les hommes ne comprennent toujours pas. »

Mais pourraient-ils un jour comprendre cet espace de réconfort dont a besoin la femme?

« Je ne crois pas. Quand je rencontre des couples, je leur explique que même moi qui suis psychiatre, je ne comprendrais pas, en tant qu’homme, ce que veut la femme. »

D’après vos écrits, le désir de la femme diminuerait tandis que l’homme, lui, serait toujours prêt. N’est-ce pas une généralité? Ce n’est pas comme ça chez toutes les femmes et chez tous les hommes…

« Au niveau sexuel, on retrouve deux caractéristiques au niveau de l’humanité qui ne sont pas présentes au niveau du monde animal. Premièrement, la capacité permanente d’accouplement des Hommes. Dans le monde animal, il existe des périodes d’accouplements. Mais chez les humains, il y a une disponibilité et réceptivité permanentes. Les femmes peuvent être fécondes toute l’année, et les hommes peuvent les pénétrer tout le temps. Chez les chimpanzés, c’est différent. C’est la femelle qui se rend disponible quelques jours par an. En dehors de cela, il n’y a pas d’accouplement possible. La seconde caractéristique propre à l’humanité est la capacité multi-orgasmique féminine. A contrario, l’érection des hommes disparaît après l’éjaculation. Ce phénomène est purement primate. Cela sert à se retirer pour laisser la place à un autre partenaire. Chez les humains, ce n’est pas ce que l’on recherche. Donc on a d’un côté la disparition de l’œstrus, ce qui voudrait dire que le mec peut se pointer tout le temps. Et de l’autre, il doit s’interrompre entre chaque éjaculation alors que la femme est multi-orgasmique. Il va donc falloir inventer… En outre, l’érection est mécanique. Dans un couple, tous ces paramètres peuvent très vite donner des malentendus. Il y a donc deux sexualités qui n’ont pas été conçues pour vivre ensemble. »

Vous parlez, dans votre livre, des couples hétérosexuels. Peut-on conclure que les couples homosexuels auraient plus de facilités à vivre ensemble?

« Bien sûr. Je pense même que des associations homosexuelles peuvent être des associations de compensation. Beaucoup plus d’ailleurs pour les couples homosexuels féminins. Au niveau des personnalités, je pense que les membres d’un couple homosexuel s’accordent mieux, oui. Chez les femmes, par exemple, si l’on regarde en amitié, il y a une intuitivité incroyable. Entre un homme et une femme, cela ne se passe que lors des premiers mois durant lesquels on est bourrés d’ocytocines qui facilitent les sensations de bien-être et de positivisme. Beaucoup de gens disent qu’ils avaient l’impression de parler la même langue. »

Vous expliquiez, tout à l’heure, que les femmes veulent que les hommes les comprennent. Elles en avaient marre d’être incomprises. Ce n’est pas le cas chez les hommes?

« Oui il y a sûrement un côté insupportable à cela mais en fait les hommes ne se posent pas la question… Il y a une grande différence entre les hommes et les femmes : ces dernières se posent des questions, depuis qu’elles sont toutes petites. Elles vont donc s’interroger constamment sur le couple. Si on regarde les statistiques, 90 % des séparations sont demandées par des femmes ! Un psychanalyste britannique expliquait ceci : chaque matin, la femme se pose cette question : qui est cet homme qui est à côté de moi ? Un amant ? Un étranger ? Elle interroge la nature même de leur relation. Aucun homme ne fait ça ! Le sentiment d’attachement n’est pas le même. Pour les hommes, c’est inébranlable : il n’y a pas de doutes, c’est toi que j’aime. Point. »

Si des femmes se posent des questions depuis qu’elles sont enfants, qu’en est-il des garçons élevés exclusivement par leur mère?

« On peut dire qu’ils se poseront beaucoup plus de questions que les autres. La plupart des écrivains masculins très connus sont souvent orphelins de père tandis que les mathématiciens sont orphelins de mère. Sans vouloir tout mélanger, un grand nombre d’intellectuels et homosexuels connaissent les codes féminins. Ils les ont appris. C’est une question passionnante qui n’a malheureusement jamais été abordée. »

« Pourquoi c’est si compliqué l’amour? Comprendre nos différences pour une vie à deux épanouie », du Dr Philippe Brenot, éditions les Arènes, 193 pages, 17,9 €.