Notre palmarès bis de la Mostra de Venise

Photo by Alberto PIZZOLI / AFP

C’est un verdict rempli de surprises qu’a délivré le jury présidé par la réalisatrice Lucrecia Martel : Lion d’Or pour un film de superhéros, Roman Polanski sur la deuxième marche du podium, aucun prix pour Netflix… Les pronostics ont volé en éclat samedi soir, ce qui n’a pas empêché l’équipe Metro de dresser sa propre liste de prix, parfaitement subjective.

Prix du Pétard Mouillé : ‘Ad Astra’ de James Gray

Brad Pitt en pleine quête existentielle dans l’espace, ça donne envie ! Mais ce long hommage à ‘Apocalypse Now’ se perd en multipliant les références à ‘2001 : l’Odyssée de l’espace’, ‘Gravity’ et ‘Mad Max’, sans jamais égaler leur niveau. Sans oublier la voix off soporifique tenant le film de bout en bout, lui donnant des airs de Terrence-Malick-pour-les-nuls. Next !

Prix de la Plus Belle Engueulade : Scarlett Johansson et Adam Driver pour ‘A Marriage Story’

Nombreux sont ceux qui la voyaient gagner le Lion d’Or, mais cette chronique douce-amère d’une séparation entre deux jeunes parents repart bredouille. Un double prix d’interprétation n’aurait pourtant pas été volé, tant Johansson et Driver prouvent aisément qu’ils sont les acteurs les plus intéressants de leur génération.

Prix du de la Star Déchue : Johnny Depp pour ‘Waiting for the Barbarians’

Grand malaise à la Mostra face au triste spectacle d’un acteur qui finit par s’auto-parodier. Reproduisant des maniérismes déjà vus dans ‘Charlie et la chocolaterie’ ou ‘Pirates des Caraïbes’, l’ancien chouchou d’Hollywood semble vouloir dénoter dans un drame qui méritait plus de mesure (et de créativité).

Prix anti-Manif pour Tous : ‘Ema’ de Pablo Larraín

Une jeune danseuse compose une famille des plus modernes en tissant secrètement des liens entre ses différents amants. Emporté par une mise en scène ultra-moderne faisant la part belle aux corps –qu’ils dansent, qu’ils s’embrassent ou qu’ils s’envoient en l’air – ‘Ema’ pousse notre entendement des relations humaines vers des zones jamais explorées.

Prix du Remake Inconscient : ex aequo ‘About Endlessness’ de Roy Andersson et ‘Gloria Mundi’ de Robert Guédiguian

Cannes a ses grands habitués aussi (Ken Loach, les Frères Dardenne et Almodóvar pour ne citer qu’eux) mais il y a bien plus qu’un air de déjà-vu dans les derniers opus d’Andersson et Guédiguian. Le premier repart pourtant avec le prix de la mise en scène, et le second décroche le prix de la meilleure actrice pour Ariane Ascaride. Dommage quand on pense à l’éclectisme qui régnait dans la Compétition.

Prix du Commentaire Politique : ex aequo ‘Joker’ et ‘Martin Eden’

Le cinéma sert aussi à mesurer le pouls de nos sociétés. Avec une clairvoyance glaçante, ‘Joker’ observe le détournement criminel d’un mouvement populaire en un débordement populiste. À l’heure des gilets jaunes, on se réjouit de voir Hollywood oser une telle réflexion. L’adaptation italienne du roman ‘Martin Eden’ n’est pas en reste, et nous confronte cent ans après Jack London à la nature cyclique de notre aveuglement politique. Une vraie douche froide.

Prix du Premier de Classe : Joaquin Phoenix pour ‘Joker’

Encore lui ! Si le film ‘Joker’ est excellent, Phoenix est tout simplement grandiose dans la peau d’un homme traumatisé trouvant refuge dans l’humour et la violence. Avec un rire à filer la chair de poule à une table, l’acteur dessine allègrement son autoroute vers l’Oscar du meilleur acteur.

Prix du Trouble-Fête : ‘The Painted Bird’ de Václav Marhoul

Un enfant juif subit les attaques en série de villageois slaves et de soldats allemands… pendant trois heures ! Pendaison, yeux arrachés, viols, zoophilie, tout y passe (et notre patience avec). Cette expérience radicale sur l’intégration de la violence a divisé les foules, criant tantôt au génie, tantôt au scandale.

Prix Hors-Compétition : ‘Moffie’ d’Oliver Hermanus

C’est parfois dans les autres sections que l’on trouve les plus belles pépites. Comme ‘Moffie’ (qui signifie ‘Tapette’ en Afrikaans), le magnifique portrait d’un jeune homme sud-africain cachant son homosexualité pendant son service militaire en 1981. Bien au-delà de sa réflexion sur le lien entre machisme et homophobie, ce sont les images atemporelles de corps terrifiés et de paysages sacrifiés que l’on retiendra.

Le Palmarès officiel :

Lion d’Or : ‘Joker’ de Todd Phillips
Lion d’Argent – Grand Prix du Jury : ‘J’accuse’ de Roman Polanski
Lion d’Argent du meilleur réalisateur : Roy Andersson pour ‘About Endlessness’
Coupe Volpi de la meilleure actrice : Ariane Ascaride pour ‘Gloria Mundi’
Coupe Volpi du meilleur acteur : Luca Marinelli pour ‘Martin Eden’
Prix du meilleur scénario : Yonfan pour ‘Number 7, Cherry Lane’
Prix Marcello Mastroianni du meilleur espoir : Toby Wallace pour ‘Babyteeth’
Prix spécial du Jury : ‘La maffia non è piu quella di una volta’, de Franco Maresco
Prix du meilleur film de la section Orizzonti : ‘Atlantis’ de Valentyn Vasyanovych
Prix Luigi di Laurentiis pour la meilleure première œuvre : ‘You Will Die At 20’ de Amjad Abu Alala