Les auteurs font leur rentrée

BELGA PHOTO BENOIT DOPPAGNE

Comme chaque année à la même période, les auteurs littéraires font leur rentrée. Pour ces mois d’août, septembre et octobre, ce sont près de 524 livres qui sont attendus. Et bien que ce chiffre soit bien plus bas que les autres années, les plus grands auteurs ont une nouvelle fois répondu présents!

Il est difficile d’imaginer une rentrée littéraire sans certains grands noms de la littérature. On pense notamment à Amélie Nothomb qui, à chaque mois d’août, nous livre son roman de l’année. Cette rentrée ne déroge donc pas à la règle. Les lecteurs peuvent découvrir, aux éditions Albin Michel, «Soif», un livre qui ne devrait malheureusement se lire de nouveau qu’en quelques heures avec ses 162 pages…

Autre mastodonte de la littérature: le prix Nobel, Patrick Modiano. Cette année, il publiera chez Gallimard, début octobre, «Encre sympathique».

Parmi les plus grands, on attendait avec impatience le nouveau Sorj Chalandon, «Une joie féroce», qui est sorti très tôt dans la saison, le 14 août, chez Grasset. Il y raconte l’histoire de Jeanne qui, avec l’aide de ses trois amies, va préparer l’attaque d’une grande librairie parisienne. Retenons également parmi les grands auteurs français, Laurent Binet, qui, quatre ans après «La septième fonction du langage», publie «Civilizations», également chez Grasset.

Chez nous, le nouveau Thomas Gunzig était également attendu. «Feel good», publié aux éditions Au Diable Vauvert, est un mélange entre fatalisme et rage de vivre. Du côté des auteurs étrangers, les lecteurs attendent notamment avec impatience plusieurs écrivains américains. Joyce Carol Oates publie, le 5septembre, «Un livre de martyrs américains», aux éditions Philippe Rey tandis que William Melvin Kelley proposera «Un autre tambour», aux éditions Delcourt.

Une petite rentrée ?

Depuis quelques années, le marché du livre se porte de plus en plus mal. Le nombre d’exemplaires vendus est passé de 430 millions en 2017 à 419 millions en 2018, soit une baisse de 2,52%.

Conséquence? Une nouvelle rentrée littéraire caractérisée par son faible nombre de romans publiés. Elle est considérée, en effet, comme étant «la rentrée littéraire la plus resserrée depuis 20 ans», avec ses 524 livres. À titre de comparaison, l’année passée, les lecteurs pouvaient compter sur pas moins de 567 nouvelles parutions, tandis qu’en 2017, 581 romans étaient publiés.

D’après une étude de l’institut GfK publiée en juillet dernier, la rentrée littéraire ne serait, en réalité, plus un rendez-vous si attendu. L’année passée, elle n’aurait «pas su pleinement rencontrer les attentes des lecteurs», explique Vincent Montagne, président du Syndicat national de l’édition, en France. Il faut dire que l’an dernier, les livres de la rentrée ont généré un chiffre d’affaires de 48 millions €, soit 32% de moins qu’en 2012!

Faut-il donc s’attendre à des rentrées littéraires de plus en plus faibles à l’avenir? Voire à une suppression totale de cet événement dans quelques années? Seul l’avenir nous le dira. En attendant, de notre côté, on ne peut que vous encourager à vous rendre dans vos librairies préférées et à soutenir le marché du livre. Cette année, ils sont nombreux à être publiés pour la première fois. Près de 82 premiers romans sont attendus. Ils ont besoin d’un petit coup de pouce de notre part… Alors, tous en librairie!

Maïté Hamouchi

« Feel Good » de Thomas Gunzig

   Alice et Tom sont deux adultes pauvres, isolés et qui vivent une vie bien éloignée de leur rêve d’enfant. Alors que pour gagner un peu d’argent Alice commet un acte innommable, c’est-à-dire kidnapper un enfant, cela la place sur la route de Tom, un écrivain raté. Ensemble, ils retrouveront un peu de joie de vivre et se lanceront dans un projet d’écriture qui devrait changer leur vie. Avec Feel Good, Thomas Gunzig s’intéresse à la précarité dans laquelle vivent de nombreuses personnes isolées. Jusqu’où peut-on aller pour gagner un peu d’argent ? Le vol est-il vraiment immoral en cas de nécessité ? Pour les personnes qui se posent ces questions, comme pour Alice et Tom, chaque euro compte. Sous peine de ne pas pouvoir manger à la fin du mois. Au final, Thomas Gunzig propose une agréable satire sociale qui trouve parfaitement sa place dans une époque où les mouvements sociaux et la difficulté de joindre les deux bouts sont deux réalités faisant toujours écho dans l’actualité. Le roman plonge également avec justesse le lecteur dans le monde de l’édition, mais aussi dans la tête d’un écrivain. Plus particulièrement celle de Tom (le diminutif de… Thomas) et des différentes questions liées à l’écriture d’un livre. Mais pas n’importe lequel, un roman feel good. (cd) 4/5

«Feel Good», de Thomas Gunzig, Au Diable Vauvert, 400 pages, 20 €

 

«La petite sonneuse de cloches» de Jérôme Attal

On ne va pas vous mentir. On a ouvert le nouveau roman de Jérôme Attal avec l’enthousiasme d’un jeune étudiant forcé à lire Le père Goriot. Il faut dire que le sujet nous laissait de marbre, l’œuvre de Chateaubriand nous étant totalement étrangère. Car ce roman aborde en effet un petit pan de la vie de l’écrivain romantique: on découvre François-René de Chateaubriand jeune, affamé, sans le sou et fuyant la France, déambulant dans les rues de Londres à la recherche d’une mystérieuse sonneuse de cloches. Alors qu’il était malencontreusement resté enfermé dans l’abbaye de Westminster, la jeune femme lui avait furtivement glissé un baiser. Depuis, François-René s’est mis en quête de retrouver cette mystérieuse sonneuse de cloches qui a touché son cœur. Dans les années 2000, le professeur de littérature Joe J. Stockholm, spécialiste de la vie de Chateaubriand et de ses amours, laisse dans son cahier une note faisant référence à cette mystérieuse sonneuse de cloches. Son fils Joachim se met alors en tête de résoudre l’enquête et part pour Londres. La première partie du roman souffre de descriptions, certes très bien écrites, mais trop longues. Le propos nous échappe. Ce n’est qu’à la moitié du roman que nous avons véritablement saisi l’intention de l’auteur. «La naissance d’un amour, c’est une faim qui ne se trompe par aucun subterfuge.» Voilà le sujet du roman: l’amour, le vrai, celui qui vous scie le cœur. C’est à partir de ce moment que l’émotion l’emportera sur le style et nous guidera jusqu’à la dernière page.(mb) 3/5

«La petite sonneuse de cloches», de Jérôme Attal, éditions Robert Laffont, 270 pages, 19€

 

«L’Étrange Histoire du collectionneur de papillons» de Rhidian Brook

Malgré le récent décès de son père, Llew Jones, un jeune Anglais d’une vingtaine d’années, décide de quand même faire son voyage en Amérique. Entre son moral qui n’est pas vraiment au beau fixe et son souhait de devenir un écrivain, il va faire une rencontre qui va changer sa vie. Alors qu’il bouquinait tranquillement au bord d’une rivière, il va tomber sur l’extravagant Joe Bosco et sa petite sœur Mary. Charmé par le discours de ce beau parleur, Llew, qui va être rebaptisé Rip, va se retrouver sur la route à travers le pays de l’Oncle Sam pour vendre des papillons. Entre les mensonges et les récentes amitiés nouées, le jeune homme va se retrouver embarqué dans une aventure extraordinaire. À la lecture de «L’Étrange Histoire du collectionneur de papillons», on a l’impression de se retrouver un cœur d’un film avec Leonardo DiCaprio, quelque part entre «Arrête-moi si tu peux» et «Gatsby le Magnifique». Pour son nouveau roman, Rhidan Brook s’est basé sur son histoire personnelle et offre un road-trip passionnant et rempli de rebondissements au cœur de l’Amérique des années 80. (tw) 4/5

«L’Étrange Histoire du collectionneur de papillons», de Rhidian Brook, éditions Fleuve, 528 pages, 21,9 €

 

« Par les soirs bleus d’été » de Franck Pavloff

Dans le lieu-dit de la Montagne Perdue, perché quelque part dans les Cévennes, Détélina est obnubilée par la mémoire des mineurs de fond. Elle prend soin de Léo, son fils, un enfant extraordinaire, dont la réalité est faite de couleurs, de dessins et de mélodies. Leur vie bascule quand arrive un étranger, marqué par l’histoire de son pays et les ravages de la guerre. Lorsqu’il débarque sur son side-car d’un autre temps, Léo se laisse approcher, par les couleurs, apprivoiser. Dans son dernier ouvrage, Franck Pavloff dévoile des personnages en équilibre fragile, des frères d’exil. Ces « perdants magnifiques » s’échappent de leur réalité et trouvent refuge dans l’imaginaire. L’auteur peint un univers plus qu’il ne le raconte. Son écriture à la fois ciselée et poétique laisse deviner, entrevoir. Délicate, elle laisse le lecteur percer les énigmes du passé, au rythme des personnages, les secrets peu à peu dévoilés. Deux destins se rencontrent. Deux êtres se détachent de la solitude et du poids des incertitudes du passé pour se construire, ensemble, une nouvelle réalité. Un nouveau monde de libertés.(or) 3/5

« Par les soirs bleus d’été » de Franck Pavloff, éditions Albin Michel, 202 pages, 17,9 €

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«Soif» d’Amélie Nothomb

Quelle fantaisie nous propose encore Amélie Nothomb ? C’est la question que l’on s’est tout de suite posée en découvrant qu’elle abordait la Passion du Christ dans son dernier roman, « Soif ». Si l’on ressentait une légère appréhension par rapport au sujet, on l’a rapidement laissée derrière nous. Dès le début, on entre dans l’intimité de Jésus, en lisant avec attention ses réflexions sur la façon dont il vit son procès, son incarcération, sa crucifixion, sa mort et sa résurrection. Si l’issue de cette histoire n’étonnera aucun d’entre vous, la découverte de ce Christ-là, celui d’Amélie Nothomb, pourra vous surprendre. En effet, on retrouve çà et là un messie profondément humain, avec de l’humour, des faiblesses et des doutes. On en apprend beaucoup sur ces relations avec les apôtres, à commencer par Judas, mais aussi Marie et Marie-Madeleine. Au travers son parcours tragique,, c’est la perception de l’écrivaine sur cet épisode biblique qui prime. Lorsque Jésus ressent de la colère envers son père, on comprend que l’auteur partage cette animosité. Lorsqu’il fait part de ses réflexions post-mortem, on sait qu’elles sont le reflet des questions que se posent Amélie Nothomb. Tout au long de ce roman, l’écrivaine nous émerveille de son style unique et profondément moderne. Au-delà de l’histoire, se mettre dans la peau de Jésus durant l’épisode le plus difficile de sa vie est une expérience unique et exaltante. Si l’on regrettera quelques longueurs dans un livre qui se lit -comme souvent- très rapidement, on ressort de cette lecture avec le sentiment de redécouvrir le Christ. On en apprend beaucoup plus sur lui, mais, surtout, on en apprend énormément sur Amélie Nothomb qui livre avec cet ouvrage sa vision de la foi. (sp) 4/5

«Soif», d’Amélie Nothomb, Albin Michel, 162 pages, 18 €