Arrêter de prendre l’avion : un choix épicurien et moderne

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Avez-vous déjà entendu parler du «flygskam»? Ce mot, qui nous vient tout droit du pays de Greta Thunberg, est dans l’ère du temps. Il signifie en fait «la honte de prendre l’avion». Né de la ferveur écologique que l’on a pu observer en Suède et partout dans le monde, il fait un grand gagnant: le train. Thibaut Valentin, étudiant en ingénierie civile, n’a pas attendu cet élan populaire pour ne plus prendre l’avion. Cela fait 2 ans et demi qu’il a décidé de ne plus jamais mettre un pied dans ce moyen de transport pas très écolo.

En avril 2001, Ryanair s’installait à l’aéroport de Charleroi et proposait 12 destinations avec ses deux avions. 18 ans plus tard et tandis que le trafic aérien mondial est en perpétuelle hausse, ce sont près de 100 destinations que la compagnie irlandaise offre à ses utilisateurs en provenance de Bruxelles-Sud. Sur les 12 derniers mois, celui de juillet 2019 a marqué une hausse de 10% pour le groupe qui a transporté 14,2 millions de passagers dans le monde. D’ici 2050, le trafic aérien mondial aura à nouveau doublé. Son émission totale de CO2 sera passée de 3% à 20%.

Pourtant, ce discours ne colle pas avec la récente gronde populaire qui a agité les rues de Belgique et d’ailleurs. Le 2 décembre dernier, 65.000 personnes se rassemblaient dans les rues de Bruxelles pour réclamer une politique environnementale plus ambitieuse. S’en sont suivies de nombreuses manifestations menées par les étudiants, mais aussi les grands-parents et les professionnels du secteur pour une «justice climatique».

Arrêter de prendre l’avion

Toutefois, une réflexion a mûri chez certaines personnes qui ont souhaité marquer leur engagement pour le climat en cette période de remise en question. Dans le monde politique, c’est notamment le cas d’Olivier De Schutter, qui a manqué de peu un siège au Parlement européen pour Ecolo. Depuis l’été passé, celui-ci a décidé de ne plus mettre les pieds dans un avion. «Depuis cette décision prise de tourner le dos aux voyages en avion, d’être un peu moins complice, un peu plus cohérent, je vire sobre et heureux», confiait-il à nos confrères de La Libre Belgique.

Cette prise de conscience, Thibaut Valentin n’a pas attendu les récentes manifestations pour le climat avant de l’avoir. «On m’a toujours parlé d’écologie et tout un chacun s’accorde pour dire que c’est légitime de s’en soucier. Néanmoins, il y a un gouffre entre les paroles et l’action. J’ai donc tenté de changer mon mode de vie pour être plus vert et bannir l’avion de ma vie était un moyen de diminuer mon impact environnemental, tout comme réduire ma consommation de viande et utiliser un maximum mon vélo.»

Étudiant en ingénierie civile, ce jeune homme souhaite d’ailleurs travailler plus tard sur la diminution de l’impact écologique des transports. Son choix ne l’a pas empêché de réaliser de très beaux voyages sans avion depuis cette décision ô combien importante. «C’est forcément parfois difficile de se mettre d’accord avec ma famille et mes amis, mais ils comprennent ma décision. C’est une double victoire pour moi car quand nous partons en famille, je n’évite pas seulement mon vol, mais également les leurs. Ainsi, j’ai pu apprendre à (re)découvrir mon continent qui regorge d’autant de merveilles que les autres.» De fait, il est dur de quitter l’Europe quand on s’interdit de voler.

Le «flygskam»

En Suède, un phénomène tout neuf pointe le bout de son nez. Tandis que la jeune activiste Greta Thunberg a entrepris cet été un périple en provenance de Suède, qui l’a emmenée en Suisse, aux USA et au Chili, un nouveau concept se développe auprès de ses compatriotes, le «flygskam». Ce dernier, assez simple, est en fait littéralement la honte de prendre l’avion. Dès lors, cela désigne également le fait de privilégier le train ou la voiture pour diminuer son impact sur l’environnement.

Cela a été révélé en premier par la chanteuse Malena Ernman, qui n’est autre que la mère de Greta Thunberg. Cette star avait décidé de mettre fin à sa carrière pour arrêter de brûler du kérosène. Cela semble payer puisque l’agence nationale des transports a indiqué que le trafic aérien suédois était en baisse pour la première fois depuis dix ans. Swedavia, qui gère les deux principaux aéroports du pays, admet que le «flygskam» a été un facteur non-négligeable dans cette baisse.

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Des solutions humaines et réalisables

Si le choix de ne plus prendre l’avion peut être vu comme radical, il est possible de limiter au maximum son temps de vol, surtout quand il s’agit des trajets plus courts. Ainsi, les pays limitrophes sont facilement accessibles en train, en bus, ou en voiture et ce pour des montants qui restent raisonnables. Le gain de temps de l’avion est indubitable, mais pourquoi ne pas envisager le voyage d’une autre manière, avec des escales, pour profiter de différents pays, de différentes cultures? Facile à prévoir en voiture, le voyage est tout aussi envisageable en train grâce à un pass Interrail au prix avantageux.

Pour les plus longs courriers, il sera certes parfois compliqué d’opter pour l’un de ces moyens de transport, mais privilégier alors des voyages plus longs pour profiter un maximum de l’endroit dans lequel on se rend tombe sous le sens. Si prendre l’avion pour un jour est souvent dicté par des impératifs professionnels, il est évidemment recommandé de limiter autant que possible ces très courts courriers.

Enfin, une nouvelle façon de voyager, le «slow travel», est en train de se répandre comme une traînée de poudre chez les jeunes. Il s’agit de voyager de manière plus lente et moins consumériste. Cela permet de s’imprégner de chacun des endroits par lesquels on passe, en toute simplicité, ce qui n’est pas sans tenter Thibaut: «Je n’ai pas encore essayé, mais cela me tente beaucoup car je pourrais combiner le voyage à ma passion, le vélo. Néanmoins, pris entre mes études et le scoutisme, je ne le ferai pas tout de suite car j’aimerais prendre le temps de profiter d’une expérience pareille. Ce sera donc pour plus tard!» Prendre le temps de voyager, voyager pour prendre le temps, voilà donc un état d’esprit pas si neuf, qui promet un dépaysement et un retour certain à l’épicurisme d’antan!

Sébastien Paulus