À la découverte de la vallée de la Houille

Ph. Natagora

Sillonnant au milieu du massif de la Croix-Scaille, une des régions les moins peuplées de Wallonie, la vallée de la Houille est émaillée de superbes prairies diversifiées où butinent des cohortes de papillons colorés.

Le massif de la Croix-Scaille ne déplace pas les foules qui préfèrent les bords de Semois ou la Haute Ardenne. Pourtant, la vallée de la Houille mérite le détour. Ses hauteurs sont un hot spot d’observation de migrations. De nombreux oiseaux, mais également des papillons, utilisent la morphologie des lieux comme ligne migratoire. Il est arrivé que des naturalistes, sur deux heures, observent là 2.500 individus de 27 espèces différentes. Balbuzard pêcheur, pluvier doré, guiffette noire, faucon hobereau ou vulcain… la liste est longue des espèces de passage qui peuvent profiter des capacités d’accueil des lieux. Au sol, tout est en effet mis en place pour leur permettre de souffler à l’abri.

La Houille, qui serpente entre les prairies, offre ainsi la pitance aux oiseaux piscivores. On y retrouve d’ailleurs du chabot, de la loche et même de la lamproie de Planer. Cet étonnant animal, un agnathe, vit entre deux et six ans dans les sédiments du ruisseau avant de se transformer en adulte et de… perdre son système digestif, ce qui conduit à sa mort dans les 15 jours. Cet éphémère aquatique témoigne d’une bonne qualité des cours d’eau.

Ph. Natagora

Laisser la nature reprendre ses droits

Tout autour du ruisseau, de nombreux éléments paysagers permettent d’accueillir une faune variée. Ripisylve, haies, mégaphorbiaies (ces zones très humides où la végétation monte à hauteur d’homme), prairies maigres, landes, étangs: autant de refuges aux caractéristiques particulières qui permettent à des espèces aux exigences différentes de trouver où se cacher des prédateurs ou de se sustenter.

D’autres types de milieux sont fauchés tardivement. Des petites zones de nardaie accueillent quelques pieds de succise des prés, une plante qui ne résiste pas du tout aux pesticides, mais qui revient lorsqu’on lui laisse un peu de place. Une belle mégaphorbiaie fait la joie des rousserolles verderolles, qui utilisent les orties, les reines des prés et les tiges de jeunes saules pour tisser leurs nids. La mélitée noirâtre, un papillon rare, s’y promène volontiers.

Entre ces différents milieux se retrouvent de beaux layons forestiers. Il s’agit d’anciennes plantations d’épicéas qui ont été mises à blanc et sur lesquelles repousse une forêt naturelle. Didier Cavelier, agent de terrain de l’association Natagora, aime ces milieux sauvages et n’hésite pas à se positionner à contre-courant des pratiques écologiques actuelles: «Faut-il continuer à se battre pour quelques espèces des climats boréaux qui ne survivront de toute façon pas au réchauffement climatique? L’important, c’est de restaurer la nature, la laisser reprendre ses droits, sans se focaliser sur quelques espèces déclinantes.»

Retour des anciens paysages

Le castor, lui, se sent on ne peut mieux dans la réserve. «Ils creusent des drains, explique Didier, ce qui assèche les milieux. À force, les drains deviennent des rivières sur lesquelles ils construisent des barrages qui finissent par déborder et inonder les milieux asséchés. Tout ça amène un beau roulement des espèces présentes.» Les pêcheurs locaux sont également contents du travail de Natagora sur le site. «Ceux qui venaient pêcher avant nous remercient. Ils retrouvent les paysages qu’ils connaissaient avant.»

L’été, près de la rivière même, le petit mars changeant se donne en spectacle. Se chauffant sur les cailloux au milieu du cours d’eau, ce papillon dévoile un beau bleu irisé. Encore une espèce peu courante, forestière mais appréciant les milieux humides, qui trouve dans la structure de la réserve le refuge idéal.

Didier conclut: «Avec de grands espaces comme nous les avons ici, nous pouvons voir apparaître des espèces rares qui n’auraient pas l’occasion de se déployer sur de plus petits sites. Et surtout, les paysages sont magnifiques.»

Benjamin Legrain