Dans l’est de la RDC, des aides aux entrepreneurs pour garantir la paix

Ph. C. Goret

L’est de la RDC est souvent pointé du doigt pour la crise sécuritaire qui le traverse et les difficultés économiques qui en découlent. De petits gestes peuvent pourtant avoir des conséquences très concrètes pour la population.

«Il n’y a pas de paix durable possible sans emploi pour la population.» Ce constat, les habitants de Goma, au Nord-Kivu, le martèlent à qui veut bien l’entendre. Et avec un taux de chômage qui avoisine les 80%, cette ville qui sort de 20 ans de conflit peine à rassurer ses habitants pour l’avenir. «Il est très difficile de trouver un emploi», souligne Christian Mughisho. «Pour beaucoup, et notamment les jeunes, la vie est difficile sans perspectives.»

Face à la pénurie d’emplois, il a décidé de créer le sien. En 2018, il a lancé Kivukuku, une entreprise qui fournit des poussins. «Jusqu’ici, les éleveurs s’approvisionnaient au Rwanda voisin et en Ouganda. Il y avait un problème de qualité, et surtout, l’argent nécessaire pour ces achats quittait la région. 100 $ qui quittent la ville, c’est 100 $ qui ne contribuent pas à son développement.» Après quelques investissements, il produit 1.600 animaux par mois, et emploie quatre salariés. «Acheter les couveuses et les premiers œufs fécondés n’a pas été simple. Ici, les banques sont très frileuses pour prêter de l’argent», souligne-t-il.

Goma, la capitale du Nord Kivu, a connu de multiples conflits armés au cours des 25 dernières années. La région souffre de l’instabilité et de la violence des groupes armés qui ont trouvé refuge dans les forêts voisines. Pour ne rien arranger, la ville vit sous la menace du volcan Nyiragongo, dont la dernière éruption, en 2002, a détruit plusieurs. quartiers.

Une aide pour se lancer

Il n’aura pas pu se lancer sans un petit coup de pouce. L’an dernier, il a bénéficié d’un prêt à taux zéro remis par le festival Amani. L’engagement du festival musical dans cette activité n’est pas si étonnant qu’il y paraît. «Notre idée de départ était de contribuer à la paix en organisant un événement festif qui fédère des personnes de différentes nationalités, de différentes ethnies… La musique et la danse sont un puissant vecteur pour créer des liens. Mais on sait bien qu’il n’y aura de paix durable qu’une fois que tout le monde aura un emploi suffisamment rémunéré pour ne pas être tenté de rejoindre un des groupes armés qui pullulent dans la région», souligne le directeur de l’événement, Guillaume Bisimwa. «C’est dans cet esprit que nous accordons chaque année des aides à de jeunes entrepreneurs.»

SDG 8 : Travail décent et croissance économique

Les 17 objectifs de développement durable de l’Onu (ODD, aussi appelés SDG), visent à bâtir un monde plus durable. Le SDG8, consacré au travail décent et à la croissance économique, recommande de soutenir les opportunités d’emploi pour les jeunes et de les pousser à devenir autoentrepreneur pour garantir un développement qui profite à tous. C’est dans cet esprit qu’un festival lancé pour promouvoir la paix dans l’Est de la RDC s’est retrouvé à soutenir de jeunes entreprises.

De nombreux défis

Outre le financement, les entreprises locales font face à de nombreux défis. Kivukuku, gros consommateur d’électricité avec ses couveuses, fait face à l’électricité très aléatoire du réseau. D’ici peu, la société déménagera au nord de la ville pour bénéficier du courant fourni par la centrale hydroélectrique de Matebe, gérée par la Virunga Foundation. Le parc naturel, situé au nord de la vile, est particulièrement sensible à la question du développement économique. Son directeur, Emmanuel De Merode, voit dans la création d’emplois la solution la plus efficace pour limiter le braconnage dans le parc.

 

La question des infrastructures de transport est également problématique. «La RDC a suffisamment de terres fertiles pour nourrir toute l’Afrique en fruits et légumes bio», souligne Chris Ayale, qui a lancé la société Kivu Green. Et pourtant, 98% des fruits et légumes sont importés des pays voisins. «Le manque d’infrastructures pénalise les producteurs. Une grande partie de la production se perd avant même d’atteindre les marchés, soit que les producteurs ne peuvent acheminer leurs marchandises, soit qu’ils ne sont pas au courant de la demande.» Pour y remédier, il a lancé une plateforme qui répertorie l’offre et la demande. «C’est un système simple. Les producteurs peuvent annoncer ce qu’ils ont à disposition avec un simple code SMS», explique-t-il. Lui aussi a pu lancer sa société avec l’aide du festival. Depuis août, il emploie cinq personnes à temps plein, et une trentaine d’intermédiaires apportent leur aide de façon ponctuelle.

AFP

Des coups de pouce inattendus

Si le contexte politique complique souvent la vie des entrepreneurs locaux, il arrive que certains en bénéficient. En 2018, le gouvernement de la RDC a interdit les sachets en plastique à usage unique. «Cela a créé un nouveau marché de sachets en papier kraft et fibres organiques», souligne Birindwa Makombé. Il a créé la société Sacpa, pour lancer une production locale. Jusqu’ici, les sachets en papier étaient importés du Rwanda voisin. «On alimente des commerces locaux, même si on a encore du mal à concurrencer les entreprises rwandaises, qui disposent de plus de machines. On arrive tout de même à fournir des magasins qui sont un peu plus éloignés de la frontière.» Et de conclure: «Ça n’est pas facile, il faut toujours se battre pour convaincre de nouveaux clients. Mais si je n’avais pas créé mon emploi, je n’aurais aucun revenu.»