Festival de Venise : ‘Joker’, ‘A Marriage Story’ et ‘Ema’ mènent la danse

Joaquin Phoenix dans 'Joker'

Entre paillettes et polémiques, le 76ème festival du film de Venise semble bien parti pour remplir son cahier des charges médiatique. Mais n’oublions pas l’essentiel pour autant, puisque la compétition arrive déjà à mi-parcours. Metro fait le point et vous partage ses premiers coups de cœurs.

L’annonce de la sélection 2019 du plus vieux festival de cinéma au monde n’avait pas surpris grand monde. Un paquet de stars par-ci, quelques réalisateurs habitués de la Mostra par-là, et tant pis si le logo Netflix -viscéralement détesté par tout un pan de l’industrie cinématographique- se fraie un chemin au milieu. Et pourtant, les déceptions et les belles surprises se multiplient à mesure que se dévoilent les titres de la compétition.

Tout le monde misait sur un coup de cœur collectif pour ‘La Vérité’, du Japonais Hirokazu Kore-eda (‘Une affaire de famille’). Mais le bouche-à-oreille délivre un verdict un peu plus tiède : le film serait bon, mais mineur par comparaison avec les précédents films du gagnant 2018 de la Palme d’Or à Cannes. Idem pour ‘The Laundromat’, le nouveau film de Steven Soderbergh (‘Erin Brokovich’), un drame sur l’affaire des Panama Papers avec Meryl Streep, Gary Oldman et Antonio Banderas. « Fun, bien emballé, mais pas besoin de le voir ailleurs que sur Netflix un dimanche soir » nous déclarait un journaliste ce matin.

L’enthousiasme descend encore d’un cran pour ‘Ad Astra’, le voyage philosophico-spirituel de Brad Pitt dans l’espace. Malgré quelques ardents défenseurs louant la beauté des images et comparant l’Américain James Gray (‘Two Lovers’) à Stanley Kubrick et George Miller, la plupart des réactions penchent plutôt du côté du somnifère. Il faut admettre que le magnétisme de la scène d’action ouvrant le film ne compense pas vraiment l’ennui provoqué par la voix off omniprésente, appuyant les réflexions freudiennes (et redondantes) du beau Brad pendant deux heures.

Heureusement, d’autres titres ont rempli leurs promesses, ‘Joker’ en tête. L’histoire traçant les origines du meilleur ennemi de Batman a ravi les foules, figées dans leur chair de poule devant la performance grandiose de Joaquin Phoenix. Tout le monde lui prédit déjà un Oscar du meilleur acteur, mais le film en lui-même est également applaudi chaleureusement. Un vrai carré d’as pour le réalisateur Todd Phillips, que personne n’attendait au tournant après ses comédies potaches ‘Very Bad Trip’.

Coup de cœur de notre reporter Ruben Nollet, ‘A Marriage Story’ chronique quant à lui une vilaine séparation entre Scarlett Johansson et Adam Driver. Pas étonnant que son réalisateur Noah Baumbach (‘Frances Ha’) soit si souvent comparé à Woody Allen, tant les dialogues font mouche, jusque dans les scènes de disputes les plus cruelles. Mais Baumbach va plus loin, et nous fend le cœur en chargeant son histoire d’une tendresse capable de faire fondre une brique. Se pourrait-il que Venise récompense un film produit par Netflix un an à peine après le sacre de ‘Roma’ d’Alfonso Cuarón ?

En parlant de coups de cœur, celui de notre autre journaliste ciné, Stanislas Ide, revient à ‘Ema’ du réalisateur chilien Pablo Larraín (‘Neruda’). L’histoire d’une jeune danseuse regrettant d’avoir abandonné l’enfant qu’elle avait adopté avec son mari interprété par Gael Garcia Bernal (‘Diarios de Motocicleta’). Avec un sujet aussi glauque, on s’attendait à un drame social à-la-Dardenne. C’était sans compter sur le maniérisme brillant du réalisateur de ‘Jackie’ et ‘El Club’. Scènes de danse, musique constante, dialogues appuyant la perversité des personnages, montage brouillant les pistes entre la réalité et le fantasme… Le film vaut tant pour sa mise en scène que pour sa réflexion sur le besoin de destruction dans la création.

Mais le meilleur reste peut-être à venir, avec l’adaptation italienne du roman de Jack London ‘Martin Eden’ par Pietro Marcello (‘La bocca del lupo’), ‘Guest of Honor’ du Canadien Atom Egoyan (‘Exotica’), les nouvelles scènes de poésie absurde du Suédois Roy Andersson (déjà reparti avec le Lion d’Or en 2014 pour ‘A Pigeon Sat on a Branch Reflecting on Existence’), ‘Gloria Mundi’ du Français Robert Guédiguian (‘Marius et Jeanette’), ou ‘Waiting for the Barbarians’ avec Johnny Depp et Robert Pattinson.

Bref, malgré de petites déceptions en début de parcours, le cru 2019 de Venise envoie du lourd. De quoi oublier la polémique sur l’inclusion au line-up des derniers films de Roman Polanski et Nate Parker, deux hommes ayant été accusés de viol par le passé. Mais la présidente du jury Lucrecia Martel semble veiller au grain, elle qui s’est permise en pleine conférence de presse d’annoncer qu’elle tenait à ce que les deux réalisateurs puissent faire partie du programme, mais qu’elle n’aurait pas envie de les applaudir pour autant. Et de suggérer dans la foulée au directeur du festival d’utiliser des quotas pour tenter d’augmenter la présence des réalisatrices sur le Lido. En attendant que la sélection 2020 lui donne peut-être raison, rendez-vous ce samedi soir pour découvrir son palmarès.

Stanislas Ide