Immersion en réserve naturelle avec le conservateur de la réserve de la Vallée de la Vierre

Ph. Fabienne Daussin

Natagora compte plus de 5000 hectares de réserve naturelle. Loin d’être mis sous cloches, ces morceaux de nature préservée font l’objet de nombreuses attentions et permettent tant la rencontre que la sensibilisation de nombreux citoyens plus ou moins engagés. Mathieu Gillet, naturaliste averti, nous partage son quotidien de conservateur de la réserve de la Vallée de la Vierre.

Avant de devenir conservateur d’une réserve, je n’aurais jamais imaginé découvrir autant de vie sur une parcelle située en bordure d’une route pourtant fréquentée. En dix années de suivi du site, j’ai eu l’occasion de mieux connaître la biodiversité qui nous entoure et de comprendre les liens qui relient les milieux avec les espèces qui les occupent. J’ai également pu tisser des liens privilégiés avec différents acteurs locaux ou de passage. Mais j’ai surtout passé de nombreuses heures à contempler cette nature à la fois si proche et encore si sauvage.

« Un terrain laissé à l’abandon », c’est le sentiment que m’ont pourtant exprimés plusieurs Bertrigeois depuis qu’une parcelle de la réserve dont je m’occupe particulièrement – une ancienne prairie à vaches très humide – bénéficie d’un statut de réserve naturelle. Or, plus que jamais, la vie y foisonne !

Le site est composé de différents habitats naturels devenus exceptionnels dans nos contrées. Leur mixité et la quiétude des lieux permet à de nombreuses espèces typiques des fonds de vallées humides ardennaises d’y trouver refuge : reptiles et batraciens, oiseaux (dont les emblématiques cigogne noire, grand corbeau ou encore bécassine des marais), papillons (dont le rare cuivré de la bistorte qui bénéficie d’un plan de protection à l’échelon européen), mais aussi de nombreux mammifères tels que le chevreuil et le renard. Le plus surprenant est que toute cette joyeuse population est installée à une centaine de mètres à peine des dernières habitations de notre village !

Ph. Joanne Leboeuf

Offrir de la place à la faune, la flore et aux voisins

Mes tâches de conservateur – ou gestionnaire volontaire du lieu – sont très variées, mais toujours réalisées par plaisir et en fonction de mes disponibilités : suivi photographique, inventaires faune-flore, relais entre les locaux et l’équipe professionnelle de notre association, organisation de chantiers de gestion avec d’autres volontaires, mais aussi d’agréables sorties en famille et/ou avec des sympathisants. Bien entendu, une des tâches principales est de favoriser davantage la biodiversité sur le terrain, notamment en creusant de mares, en plantant des saules têtards, en réalisant des tas de bois mort offrant le gîte et le couvert à la petite faune, etc.

La protection du site et de ses habitants reste l’objectif premier de notre noyau de volontaires. Mais la sensibilisation est aussi un enjeu important pour que ce type de dynamique puisse être reproduite sur d’autres terrains. Un panneau d’accueil informe donc les passants de la richesse biologique du terrain et de l’intérêt de tels milieux sauvages. Ponctuellement, des visites sont également proposées. Des dizaines de citoyens de tous âges et de tous horizons nous ont ainsi déjà accompagné sur le terrain, bottes aux pieds. Des moments de partage toujours enrichissants où enfants et adultes, flamands et wallons, professionnels ou amoureux de la nature se rencontrent.

De nombreux volontaires en action

Cet été encore, lors d’un week-end particulièrement ensoleillé, deux équipes de braves volontaires se sont relayées. Les premiers ont fauché manuellement une zone devenue inaccessible en tracteur suite à l’arrivée d’une dynamique famille de castors. Les seconds, principalement composés d’habitants locaux et de leurs enfants, ont râtissé et mis en tas le foin laissé au sol. L’objectif étant « d’appauvrir » le milieu pour y favoriser de futures floraisons… sur lesquelles viendront butiner une multitude d’insectes… qui serviront à leur tour de casse-croûte à la faune extraordinaire de la réserve !

Sur d’autres parcelles de cette réserve, ce sont des galloways – des vaches rustiques – qui assurent la gestion des lieux. Depuis plus de dix ans, nous pouvons également compter sur la précieuse collaboration d’un agriculteur du coin. Les activités humaines et agricoles peuvent donc tout à fait être intégrées à la gestion de milieux naturels protégés. Vous l’aurez compris, une réserve naturelle n’est donc pas un terrain laissé à l’abandon. Nous y offrons simplement à la nature une place pour s’exprimer.

Toutes les activités des réserves Natagora sur www.natagora.be/agenda