On aime, on déteste, mais personne ne reste indifférent aux films de Tarantino

Filippo MONTEFORTE / AFP

On l’attendait depuis des mois! ’Once Upon a Time… in Hollywood’, la lettre d’amour de Quentin Tarantino au cinéma américain des années soixante, sort enfin sur nos écrans. Et l’événement est de taille, puisqu’il s’agit du neuvième long-métrage du réalisateur… qui a toujours promis de s’arrêter après le dixième. En attendant les terribles adieux, et pour se mettre l’eau à la bouche, Metro se prête au petit jeu du grand classement.

Aucun réalisateur n’aura marqué la culture populaire avec une telle rapidité. En frappant très fort dès son premier film, Tarantino a imposé son style reconnaissable entre mille: grand écart entre divertissement pop-corn et cinéma d’auteur, dialogues étirés, montage musical millimétré, violence jouissive, sans oublier les références à gogo. Mais quelques nuances viennent séparer ses réalisations au fil du temps. Et les fans au passage…

10) The Hateful Eight (Les Huit Salopards)

Pas un mauvais film en soi, disons plutôt que ça sent le pilote automatique. Huis clos sanglant dans un Far West enneigé, on en retient surtout le tour de force de Jennifer Jason Leigh, délicieusement repoussante en criminelle organisant sa cavale.

9) Kill Bill Volume 2

Tarantino a beau rappeler que ses deux volumes retraçant la vengeance de La Mariée (Uma Thurman) ne constituent qu’un seul film, le débat agite encore les fans. Une petite baisse de régime dans les scènes d’action et quelques longueurs inutiles achèvent pourtant de distinguer les deux chapitres. Sans rien enlever de son mordant à la rencontre finale avec Bill. L’honneur est sauf!

8) Django Unchained

Après avoir pastiché les nazis dans ’Inglorious Basterds’, Tarantino force le trait dans ce western ridiculisant l’esclavagisme américain. Dommage qu’il oublie de raconter quelque chose de substantiel au passage. Quelques voix se sont aussi levées contre la passivité du personnage de Django avant la déglingue finale. N’empêche, Leonardo Di Caprio en fait des caisses, et on adore!

7) Death Proof (Boulevard de la Mort)

C’est le vilain petit canard de la bande. D’abord sorti dans un montage de 60 minutes pour être couplé à ’Planet Terror’ de son pote Robert Rodriguez, le film décontenance le public par la simplicité de son histoire (un cascadeur dégomme des jolies filles avec son gros bolide). Une version plus longue sort dans la foulée, mais rien n’y fait, tout le monde boude. Il suffit pourtant de s’y replonger pour apprécier la qualité des dialogues et l’exceptionnelle course-poursuite finale.

6) Once Upon a Time… in Hollywood

Retour à des racines plus verbeuses, rappelant les accents intellos de ’Jackie Brown’, mais sans la qualité des dialogues. Le film nous emporte tout de même grâce à son casting et quelques scènes magnifiques sur la fin de l’innocence dans la Cité des Rêves.

5) Reservoir Dogs

Le fait qu’il arrive si bas dans la liste n’est que le témoin du génie de Tarantino. Pour son premier film, il s’empare des codes du film de gangsters dans un huis clos pop et violent. Un auteur est né! Et Steve Buscemi entre de facto dans le cœur de toute une génération.

4) Inglourious Basterds

Tarantino titille notre fascination morbide pour les horreurs de la seconde guerre mondiale en opposant d’atroces nazis à une bande de soldats juifs armée jusqu’aux dents. Vous avez dit jouissif? Mieux, il en profite pour tuer Hitler dans le décor d’une salle de cinéma avec des bobines en nitrate pour seule arme. Vous avez dit méta?

3) Kill Bill Volume 1

Probablement le plus divertissant de toute sa filmographie, Uma Thurman y crève l’écran dans son meilleur rôle à ce jour. Rebondissements haletants, musique iconique et scènes cultes en cascade (ce pied endormi, cette infirmière pirate, cette bataille contre les Crazy 88)… Quentin nous expose le génie de sa mise en scène avec une prétention tangible, et on en redemande!

2) Jackie Brown

On entend déjà les sifflements… Mais le sens du dialogue de Tarantino n’a jamais été aussi aiguisé que dans cet hommage au genre de la blaxploitation. Et puis Pam Grier, Robert De Niro, Michael Keaton, Bridget Fonda et Samuel L. Jackson réunis à l’écran, ça vaut tous les sacs de cash au monde!

1) Pulp Fiction

D’accord, le choix est un peu convenu… Mais la danse dans le resto 50’s, la chanson du générique, l’affiche iconique, le braquage d’ouverture, le burger de Samuel L. Jackson, la montre de Christopher Walken, l’overdose d’Uma Thurman, la coupe de cheveux de Travolta… excusez-nous du peu! Palme d’or à Cannes en 1994, c’est tout simplement le Graal de la Tarantinophilie.

Stanislas Ide