À la découverte du troglodyte mignon

@Gabriel Rasson

Le détroit de Béring qui sépare la Sibérie de l’Alaska a connu des périodes d’exondation dues aux glaciations. Si des hommes ont profité de ce pont pour se répandre en Amérique, cet isthme temporaire a aussi permis au troglodyte mignon de conquérir l’ancien monde.

Le troglodyte vit toute l’année sous nos latitudes, dans les forêts, les bois, les grosses haies et les jardins, pourvu qu’il y ait une végétation basse abondante, avec un sol frais et humide. La famille des Troglodytidés compte quelque 80 espèces, toutes exclusivement américaines, à l’exception notable de notre troglodyte mignon. Son origine américaine ne semble faire aucun doute et pourrait remonter au moins à 13 millions d’années. Mais différentes glaciations ont provoqué successivement l’isolement génétique de plusieurs populations. En Amérique du Nord, la population de l’ouest s’est isolée il y 1,6 millions d’années, suivie voilà 1 million d’années par celle de l’est. Ces deux sous-espèces se sont même vues chacune élevées récemment au rang d’espèces à part entière.

@Jean-Marie Winants

Un pont entre deux mondes

En provoquant l’émergence de terres normalement sous eau, les glaciations ont permis au troglodyte mignon de coloniser l’Ancien Monde en empruntant le pont formé par l’exondation du détroit de Béring, transformé provisoirement en isthme entre l’extrême nord-est de la Sibérie et l’Alaska. Ainsi s’expliquerait la distribution au nord des Tropiques du troglodyte mignon. En examinant la carte de répartition, des particularités apparaissent. Notre minuscule troglodyte évite les régions trop froides, trop chaudes, trop sèches.

Ainsi, il n’occupe pas la toundra arctique, mais bien la ceinture forestière plus au sud. De plus, comme beaucoup de passereaux réputés sédentaires, certains mouvements partiels, voire des migrations saisonnières, ne lui sont pas étrangers. Les troglodytes scandinaves sont migrateurs, rejoignant en hiver les populations d’Europe moyenne. Le climat de nos contrées convient particulièrement au troglodyte mignon, au point qu’il y atteint des densités inconnues ailleurs. Et, phénomène récent, il y a colonisé nos bosquets, nos vergers, nos parcs et nos jardins où il n’hésite pas à occuper les nichoirs destinés aux mésanges.

Des talents de bâtisseur

Vers la mi-avril, ce minuscule oiseau s’établit, plus volontiers dans la faille d’un mur ou au fond d’une grange que dans un site naturel tel qu’une haie épaisse, un rideau de lierre ou le dessous d’une grosse racine. Le nid est constitué d’une boule d’herbes, de mousses et de crins dont l’intérieur est soigneusement tapissé de duvet. Le mâle fait plusieurs ébauches de nids, parmi lesquelles la femelle choisit. Celle-ci pond de 5 à 12 oeufs, qu’elle couve seule pendant une durée de quatorze à quinze jours. Elle sera également seule pour assurer l’élevage des poussins (qui restent au nid pendant deux semaines), son compagnon se préoccupant surtout de défendre son territoire. Il y a généralement deux couvées par an. Le troglodyte est insectivore toute l’année et est notamment spécialisé dans les araignées, qui va déloger de leurs abris grâce à sa petite taille.

@Jean-Marie Winants

Le troglodyte peut également être à l’origine de comportements étonnants. Si le cincle plongeur construit lui aussi un nid de mousse globuleux, à orifice latéral, il peut parfois le partager avec le troglodyte ! Cette curiosité a été rapportée par un observateur qui trouva, sous un pont enjambant un petit ruisseau, un nid de cincle et un nid de troglodyte incrustés l’un dans l’autre. Le premier contenait des jeunes prêts à l’envol, le second plusieurs oeufs. Rien d’étonnant donc qu’une visite ultérieure ne décela plus qu’un « appartement » de cincles vide, les troglodytes effectuant des allées et venues hors du nid. Extérieurement, le nid des cincles était constitué uniquement de mousse dans laquelle le troglodyte avait aménagé le sien, garni de feuilles mortes.

Le nourrissage d’une couvée de six jeunes mésanges charbonnières a donné lieu à l’observation de surprenants va-et-vient : trois oiseaux se relayaient pour nourrir les poussins. À un rythme proche de celui des deux parents, un troglodyte les aidait dans leur activité. Ce parent illégitime avait fait sienne cette nichée jusqu’à participer au nettoyage du nid, emportant régulièrement les sacs fécaux. Les proies apportées par le troglodyte étaient pour l’essentiel des tipules, les mésanges se chargeant de varier le menu avec de nombreuses chenilles.

Jean Rommes