Les liens oubliés entre le climat et la biodiversité

@Hubert Baltus

Suite à la publication du premier rapport de synthèse sur la biodiversité de l’IPBES, de nombreuses communications et mobilisations sur l’état catastrophique de la biodiversité sur la terre ont eu lieu. Ces enjeux sont étroitement associés à la question climatique. Il est temps que les politiques répondent à la mobilisation citoyenne de ces derniers mois sur ces questions.

Le rapport de l’IPBES, qui combine plus de 15 000 études scientifiques, estime que plus d’un million d’espèces sur les huit millions qu’on estime présentes sur terre sont menacées de disparition. Le rapport démontre surtout que l’avenir de l’humanité est menacé à très court terme par les perturbations des services assurés par la biodiversité. Cette érosion discrète et silencieuse ne concerne plus uniquement des espèces rares, mais bien la biodiversité commune qui assure le fonctionnement des écosystèmes dont nous dépendons.

Ce diagnostic n’est ni nouveau ni récent, mais que plus de cent trente délégations gouvernementales l’endosse lui donne un retentissement très important qui devrait enfin mettre la biodiversité au même niveau de priorité politique que les changements climatiques.

Le carbone en commun

Fondamentalement, la biodiversité et le changement climatique ont en commun le carbone. Le carbone a été l’élément indispensable pour l’apparition de la vie sur terre pour composer les premières molécules organiques. Il représente par exemple près de 20 % de la masse d’un être humain et plus de 30 % de celle d’un arbre.

De manière indirecte, c’est la biodiversité qui est à l’origine des problèmes d’augmentation du carbone auxquels nous sommes confrontés. D’abord à travers les énergies fossiles comme le charbon, le gaz ou les hydrocarbures, qui résultent de l’accumulation ancienne de débris végétaux et de matière organique. L’utilisation de ces énergies fossiles représentent la principale source des gaz à effet de serre. La biodiversité actuelle est ensuite une source importante de carbone car la déforestation, l’intensification de l’agriculture ou de l’élevage et l’artificialisation de la sylviculture représentent plus de 24 % des sources de gaz à effet de serre sur le globe.

La biodiversité impactée par les changements climatiques

Déjà menacée par les perturbations directes causées par les activités humaines, la biodiversité est directement impactée par les changements climatiques. Ils perturbent les équilibres fins établis depuis des millénaires, fragilisent le fonctionnement des écosystèmes et limitent leur capacité de résistance à toutes les perturbations naturelles ou humaines. Certaines études démontrent que pour l’humanité, les enjeux de biodiversité sont bien plus prioritaires que les enjeux climatiques, qui ne se retrouvent qu’en quatrième position derrière les pollutions par l’azote et le phosphore.

Nous devons évidemment en premier lieu modifier nos comportements (déplacements, alimentation, chauffage, achats…) pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre et entrer dans une économie décarbonnée. Mais la biodiversité est également un puits important pour stocker le carbone dans la biomasse ou les sols. Elle peut limiter les pertes de carbone, rendre les changements climatiques plus supportables – en particulier dans les villes – et assurer un stockage plus efficace du carbone.

Des actions « biodiversité et climat »

Á l’échelle de Bruxelles et de la Wallonie, qu’attend-on pour développer une agriculture qui investit dans les processus écologiques et qui valorise les espaces de prairies permanentes semi-naturelles pour l’élevage plutôt que des cultures de soja en Amérique du Sud ? En forêt pourquoi subventionner des plantations intensives d’espèces exotiques comme l’épicéa, très fragiles, alors que leurs coupes à blanc entraîne des pertes importantes de carbone et que la durée de vie du carbone stocké dans ce type de bois est très limitée ? Quand les autorités wallonnes se décideront-elles à soutenir enfin correctement la restauration et la protection d’espaces naturels comme les zones humides, les plus efficaces pour stocker durablement le carbone dans les sols ? Dans les villes, les initiatives visant à développer un épiderme vivant sur les bâtiments peuvent contribuer à résoudre de nombreux problèmes liés à la gestion de l’eau ou à tempérer l’atmosphère.

En construisant des projets qui mobilisent une large diversité d’acteurs autour des changements de nos modes de production et de consommation pour les rendre plus écologiques, la biodiversité peut réellement contribuer à résoudre le paradoxe opposant les enjeux de « fin de mois » à ceux de « fin du monde ». Il est donc grand temps que les mobilisations climatiques s’élargissent aux enjeux de biodiversité et que les politiques y répondent en développant des stratégies actives de protection et de restauration de la nature.