L’éducation sexuelle au cinéma

Dr. Kinsey

Nous allons tous au cinéma pour nous amuser. Mais puisque nous sommes là, autant apprendre quelque chose aussi. Sur le sexe, par exemple. À l’occasion de la sortie du nouveau documentaire ‘Ask Dr. Ruth’, retour sur cinq films (et une série télé) qui racontent la vie privée et professionnelle de pionniers de la sexologie.

Der Einstein des Sex (1999)

Le docteur: Magnus Hirschfeld

Qui? Un sexologue allemand qui s’est battu, durant la première décennie du siècle dernier pour la santé mentale et les droits des minorités sexuelles, du fait aussi qu’il était lui-même homosexuel (et juif).

Le film: Une histoire conventionnelle sur un sujet brûlant, le portrait plein de tendresse d’un homme courageux.

Détail croustillant: Hirschfeld croyait beaucoup au média cinéma et l’utilisait pour diffuser son éducation sexuelle. Il est ainsi intervenu à la fois derrière et devant la caméra dans le film ‘Anders als die Andern’ (‘Différent des autres’), qui montrait, pour la première fois, un personnage homosexuel sous un jour positif. Le film a tout de suite été interdit.

Kinsey (2004) (Dr. Kinsey)

Le docteur: Alfred Kinsey

Qui? Un des sexologues les plus notoires que l’Amérique ait jamais connu. Il a interrogé des milliers de personnes et a consigné ses constatations dans deux gros volumes, un sur les hommes et un sur les femmes, parus dans les années 40 et 50. Le public ‘choqué’ pouvait y lire, par exemple, que le sexe oral est tout à fait normal et que tout le monde pratiquement se masturbe.

Le film: Liam Neeson incarne Kinsey et montre un homme qui voulait en fait donner tort à son père. Ce dernier était un pasteur méthodiste qui fulminait contre le monde moderne aux mœurs débridées.

Détail croustillant: Kinsey était en réalité entomologiste. Un spécialiste des insectes, donc!

A Dangerous Method (2011)

Le docteur: Sigmund Freud

Qui? Le père de la psychanalyse et, au début du 20e siècle, le fondateur de la psychologie moderne. La sexualité joue un rôle central dans sa vision de la psychologie humaine, comme en témoigne sa théorie sur le développement du désir, avec ses phases orale, anale, phallique, latente et génitale successives. Sans oublier l’envie du pénis et l’angoisse de castration.

Le film: Freud (Viggo Mortensen) et son jeune collègue Carl Jung (Michael Fassbender) se penchent sur le cas d’une étonnante riche héritière, Sabina Spielrein (Keira Knightley). S’installe alors une relation triangulaire.

Détail croustillant: Le personnage de Knightley devient ‘hystérique’ à cause du plaisir qu’elle ressent quand son père lui donne la fessée. Spécial!

Hysteria (2011) (Oh my God!)

Le docteur: Mortimer Granville

Qui? À la fin des années 1880, le Dr. Granville, qui était non seulement médecin, mais aussi écrivain et inventeur, construisit un appareil électrique portatif permettant de calmer les douleurs musculaires. Mais il constata, à son grand étonnement, que beaucoup de médecins utilisaient l’appareil, appelé vibromasseur, pour «délivrer de leur hystérie» des patientes féminines, en leur prodiguant un massage intime…

Le film: ‘Hysteria’ relie l’invention du vibromasseur à la naissance du mouvement féministe, sous la forme d’une comédie romantique.

Détail croustillant: Le vrai Granville a continué à s’opposer toute sa vie à cette utilisation inconvenante -estimait-il-de son appareil.

Professor Marston and the Wonder Women (2017) (My Wonder Women)

Le docteur: William Marston

Qui? Avec son épouse Elizabeth et la stagiaire Olive, le docteur Marston développe, dans les années 30, le premier détecteur de mensonges, basé sur une vision des relations humaines qu’il appelle la théorie DISC: Dominance (domination), Inducement (influence), Submission (soumission) et Compliance (conformité). On dirait du SM? Marston est aussi l’homme qui a créé la BD ‘Wonder Woman’, où les fouets et le bondage sont très présents.

Le film: Bon portrait historique qui fait porter un tout autre regard sur ‘Wonder Woman’.

Détail croustillant: Marston, Elizabeth et Olive ont eu, durant près de 20 ans, une relation polygame, qui leur a donné quatre enfants.

Masters of Sex (2013-2016)

Le docteur: William Masters et Virginia Johnson

Qui? Durant 40 ans, le gynécologue américain William Masters et son assistante Virginia Johnson ont étudié la sexualité humaine. Leurs spécialités: ce qui se passe exactement dans le corps humain durant l’acte sexuel et le diagnostic (et le traitement) des troubles sexuels.

Le film: En réalité, c’est une série. Durant quatre saisons sexys, on peut voir les efforts déployés par les deux personnages principaux (Michael Sheen et Lizzy Caplan) pour mettre sur pied leur étude, l’opposition qu’ils rencontrent de la part du monde académique conservateur et les succès qu’ils obtiennent finalement. Et leur attirance mutuelle aussi.

Détails croustillant: William Masters était croyant et un Républicain convaincu.

Ruben Nollet

Ask Dr. Ruth

Qui est Dr. Ruth ? Le documentaire ‘Ask Dr. Ruth’ répond de manière claire, amusante et inventive à cette question. Pour les non-initiés (dont je fais partie) : Dr. Ruth est la dame de petite taille, toujours enjouée, au gros accent allemand/juif qui, au cours des 40 dernières années, a donné une éducation sexuelle à l’Amérique, à la radio et à la télévision, dans des livres et lors de conférences. Aujourd’hui, malgré ses 91 ans, elle n’a toujours rien perdu de son énergie débordante. Celui qui fait sa connaissance est aussitôt conquis. Elle dit ce qu’elle pense, elle ne mâche pas ses mots et pourtant elle n’offense presque personne.

Qui est Ruth Westheimer ? C’est une tout autre question, que le réalisateur Ryan White n’approfondit pas totalement, car il est lui-même trop sous le charme. Entre des bribes d’interview, des extraits de ses nombreuses interventions dans les médias et toutes sortes d’images, il brosse un portrait chronologique de sa vie dramatique. La perte de ses parents dans l’Holocauste, les années passées dans un orphelinat en Suisse durant la guerre, sa vie sentimentale mouvementée avec trois mariages, il y a suffisamment de choses à raconter. Mais on se dit en permanence qu’on ne saura rien de plus que ce que le Dr. Ruth voudra bien lâcher. Son large sourire, ses petits yeux malicieux et son rire roucoulant sont un blindage sur lequel ce documentaire vient s’achopper. Néanmoins : belle découverte. (rn) 3/5