Esperanzah!: retour aux sources et pari réussi

Belga / M. Asselberghs

La magie d’Esperanzah! s’est une fois de plus emparée de l’abbaye de Floreffe. Pour sa 18e édition, le festival renouait avec ses racines en mettant plus que jamais la musique du monde à l’honneur. Cette dernière édition s’est clôturée ce dimanche, marquant la fin de trois jours de fête dans une ambiance conviviale.

Cette année encore, les festivaliers d’Esperanzah! ont pris d’assaut l’abbaye de Floreffe, transformée par des décors incroyables, pour trois journées intenses de fête, de musique et de découvertes artistiques en tous genres.

36.500 festivaliers se sont rassemblés durant ces trois jours dans une ambiance festive et conviviale. « Ce qui est fabuleux, ce ne sont pas les chiffres, mais c’est surtout de voir que le public nous fait confiance » a déclaré Jean-Yves Laffineur, directeur du festival, à l’heure du bilan ce dimanche. Un public fidèle donc, « curieux et sensible », qui est finalement « le reflet de cette ‘alternativité’ », portée par le festival depuis 18 ans.

Festival engagé

Ce qui fait l’identité d’Esperanzah!, c’est définitivement ce côté alternatif et son engagement. « On n’a jamais eu une telle diversité dans les collectifs présents autour de la campagne [‘Démasquons nos privilèges’] », souligne Jérôme, l’un des organisateurs. Des collectifs LGBTIQ+, antiracistes, féministes, de gilets jaunes, de lutte contre la pauvreté, … se retrouvaient au sein du « Village des Possibles ». Ils y côtoyaient les associations de la transition écologique et sociale, historiquement présentes sur le site. Ajoutons encore à la liste l’espace d’information et de débats Tout Va Bien, et le plan Sacha, qui lutte contre le harcèlement et les agressions.

Belga / M. Asselberghs

L’engagement écologique du festival passe aussi par l’action, avec les écocups, bien sûr, mais aussi des îlots de tri dispersés sur le site. Sur le week-end, plus de 20 tonnes de déchets auront été triés grâce à des équipes de bénévoles.

Belga / M. Asselberghs

Affiche audacieuse

Côté programmation, cette année marque un retour aux sources pour Esperanzah! Plus que jamais, on retrouvait à Floreffe une affiche unique en Belgique, mettant à l’honneur les musiques du monde. « On a décidé de se recentrer vraiment sur nos fondamentaux, d’avoir un festival qui soit à 100% le reflet de notre identité », explique Jean-Yves Laffineur.

« On a décidé d’être audacieux et alternatifs. On a pris des risques avec une programmation essentiellement axée sur la découverte et l’international, sans grande tête d’affiche mainstream. » Au vu du succès de cette nouvelle édition, le pari est clairement réussi.

On retiendra la performance incroyable de Danakil, dans un projet exclusif qui rassemblait toute les stars du reggae français du moment. La soirée du vendredi a aussi été marquée par le show d’Ibeyi et par l’électro de Thylacine. Le samedi, les Ogres de Barback ont assuré une prestation pleine d’énergie, avant de laisser la scène à Michael Kiwanuka pour un beau moment plein de sensibilité. Dans un tout autre registre, le rappeur Georgio a complètement retourné la scène Futuro.

Belga / M. Asselberghs

C’est ensuite Fakear qui nous a totalement emportés dans son univers, au cours d’un voyage électro psychédélique. Vanupié a ouvert en douceur la dernière journée du festival avec ses sons reggae ensoleillés, avant de faire le plein d’énergie et de bon son sur les beats de l’Entourloop. Le festival s’est clôturé avec les enivrants Feu!Chatterton et l’électro swing de Caravan Palace. Coup de cœur également pour Muthoni Drummer Queen et Martha Da’Ro.

Ce retour aux origines ne se fait pas sans innovation pour autant. Au rang des nouveautés, on notera la scène Kiosk, née d’une volonté d’ouverture dans la programmation. Ainsi, aux côtés du collectif liégeois Radio Bistrot, grand incontournable d’Esperanzah!, les festivaliers ont pu découvrir les mixs de deux collectifs de DJ’s bruxellois : Global Hybrid Records et Rebel up.

Engouement pour les arts de la rue

Esperanzah! ne serait pas ce qu’il est sans une affiche des arts de la rue très riche, avec plus de 200 artistes et 24 compagnies programmés sur les trois jours. « Pari réussi aussi pour les arts de rue », se réjouit Sébastien, en charge de cette programmation spécifique. « On sent vraiment un engouement du public », assure-t-il, mais aussi des artistes « ensoleillés » qui débordent d’enthousiasme. Dans tous les coins du festival, il y en a pour tous les âges et tous les goûts. Performances, fanfares, cirques, déambulations… Cette année encore, grâce à tous ces artistes, Esperanzah! s’est transformé en « une belle cour des miracles dans toutes ses formes », conclut Sébastien.

Déménagement en vue ?

Les organisateurs se sont en outre réjouis d’un bon bilan médical, avec moitié moins d’interventions par rapport à l’année passée (300 dans le camping et 230 sur le site), et principalement pour des piqures et des coupures.

Côté technique, les équipes sont parvenues à limiter les effets sur le site d’une panne d’électricité importante dans le village. Mis à part quelques retards avec les systèmes de paiements cashless, ce mauvais coup du hasard s’est finalement très peu fait ressentir par les festivaliers.

C’est donc un bilan extrêmement positif que les organisateurs ont dressé, émus, ce dimanche à Floreffe. Une question, et de taille, reste pourtant en suspens.

En effet, Esperanzah! présentait peut-être sa dernière édition sur son site historique. Si la volonté des organisateurs est bel et bien de rester à l’abbaye, le festival connaît un succès grandissant et, avec un bâtiment vieillissant et un site classé, il sera nécessaire de faire le point sur les conditions des prochaines éditions avant de savoir si le festival s’envolera vers de nouveaux horizons.

Belga / M. Asselberghs