Refleurir les prairies belges ? C’est possible !

Ph. Unsplash

L’agriculture est une superbe opportunité d’offrir de l’espace à la biodiversité. Les relations entre agriculteurs et naturalistes sont hélas biaisées de longue date. À travers le projet #Reconnect, mené en collaboration avec la Direction générale de l’agriculture de la Commission européenne et Natuurpunt, Natagora veut mettre en avant et multiplier les collaborations sereines et bienveillantes.

Jean-Pol Maziers produit du lait à Lavaux-Sainte-Anne. Il est à la tête d’une exploitation de 160 bêtes et 70 ha qui fonctionne en autonomie fourragère. Jean-Pol gère la réserve naturelle de Comogne en suivant les conseils de Marc Paquay, le conservateur. Cette réserve, d’une bonne quinzaine d’hectares de prés maigres de fauche permet à Jean-Pol de bénéficier du foin et des subsides des mesures agro-environnementales, comme la « prairie de haute valeur biologique » et la « faible charge en bétail ».

Ancien garde forestier aujourd’hui pensionné, Marc est, quant à lui, « passionné par la nature depuis l’âge de 14 ans ». Il connaît bien le monde agricole et la Famenne où il a toujours vécu. Dans son rôle de conservateur de plusieurs réserves, il se voit comme « un intermédiaire entre les citoyens et les agriculteurs. » En 1996, Natagora a acheté une prairie remarquable dans le cadre du LIFE Râle des genêts, l’actuelle réserve de Comogne. Jean-Pol, dont l’exploitation est voisine, s’est proposé pour participer à sa gestion et collabore depuis cette époque avec Marc.

Ph. Natagora

« La vie foisonne et ça fait plaisir à voir ! »

Les deux hommes ne sont pas toujours d’accord. « J’ai plusieurs fois demandé à passer le rouleau pour aplanir les ornières et faciliter le passage, explique Jean-Pol, facétieux, mais il n’a rien voulu savoir ! » Marc reconnaît que « des pratiques moins efficaces d’un point de vue agronomique sont parfois plus bénéfiques pour la conservation de la biodiversité » et précise que « les naturalistes aussi ont leurs objectifs », qui contrarient parfois ceux des agriculteurs. Ce qu’accepte volontiers Jean-Pol, qui a bien sûr toujours respecté les recommandations de Marc.

Plus récemment, des essais ont été mis en œuvre et il s’est avéré que deux fauches par an dans une partie de la réserve ont été d’un plus grand intérêt tant d’un point de vue écologique qu’agronomique ; un résultat qui agrémente une discussion riche en enseignements. « Il est évident que lorsqu’on passe dans ces prairies, ça vole de toute part, la vie foisonne et ça fait plaisir à voir ! » s’exclame Jean-Pol. « En matière d’environnement, nous allons vers le mieux, l’agriculture évolue. » Il conclut, optimiste : « Aujourd’hui pour l’agriculture, il s’agit de sauvegarder la biodiversité, et, si on nous encourage dans ce sens, nous allons réussir ! »