Frelon asiatique : évitons la chasse aux sorcières !

Ph. Flickr CC BY-NC 2.0 / Pittou2

Depuis l’année dernière, on parle beaucoup du frelon asiatique dans le nord de la France et en Belgique, le plus souvent de manière erronée. Les idées reçues le disputent aux contrevérités. Et cette mauvaise communication peut faire beaucoup de dégâts.

Le frelon asiatique est une espèce invasive. Elle est originaire d’un autre continent et est arrivée en Europe en 2004. Comme la grosse majorité des espèces invasives, son « importation » est accidentelle. Elle est le résultat d’un commerce international toujours plus intense.

Ce frelon s’est très vite adapté et s’est étendu depuis l’Occitanie, son lieu d’importation d’origine, principalement vers le nord de l’Europe occidentale pour arriver en Belgique en 2011. C’est surtout depuis la découverte en Wallonie du premier nid en 2016 et les premiers cas d’attaque de ruches en 2017 qu’il est devenu persona non grata.

Moins agressif que les abeilles domestiques et les guêpes

Peu après son établissement durable plus au sud, de nombreuses contrevérités ont été publiées sur des sites Internet, sur les réseaux sociaux et dans la presse. Le dossier a été gonflé, amplifié, déformé. Certes, le frelon asiatique forme de très gros nids, bien plus gros que ceux du frelon européen. Mais ces nids sont généralement construits en hauteur, dans les arbres.

Comme n’importe quelle guêpe sociale, Vespa velutina (c’est son nom scientifique) peut vouloir défendre sa société et donc piquer. Si le nid est vraiment dérangé, une attaque rangée peut avoir lieu et, bien sûr, les piqûres ont les mêmes effets que celles des guêpes (jusqu’aux éventuelles complications pour les personnes allergiques). Les mêmes risquent existent avec le frelon européen ou l’abeille domestique. En revanche, le frelon asiatique est en fait plus petit que le frelon européen. Il est même moins agressif que les abeilles domestiques et les guêpes.

Nombreux facteurs de pression

Comme les autres frelons, il se nourrit en partie d’abeilles. Une tendance plus développée chez lui que chez son cousin européen. C’est ce comportement que certains verront comme une tare majeure. Il est bien sûr probable qu’il ait impact sur les pollinisateurs sauvages. Mais quel impact ? les études manquent sur ce point. Pour l’abeille domestique, contrairement à ce qui a pu être dit, la conséquence n’est jamais la destruction totale de la ruche, bien que le stress sur la colonie d’abeilles puisse être important. Surtout, ce stress s’ajoute aux nombreux autres facteurs de pression : pesticides, maladies et manque de ressources alimentaires de qualité. Le résultat peut alors parfois mener à la perte de la colonie.

Cette constatation est liée à la confusion fréquente avec d’autres espèces de frelons d’Asie qui ne sont pas présentes en Belgique, certaines d’entre elles pouvant bel et bien détruire des ruches. Cette confusion a contribué à faire émerger l’idée que Vespa velutina allait entraîner la disparition des abeilles domestiques. Si tel pouvait être le cas, il n’y aurait plus depuis longtemps d’abeilles mellifères en Asie.

Un problème bien réel

Le frelon asiatique est pourtant indirectement à l’origine d’un problème, bien réel celui-là. Nourris d’informations erronées, des apiculteurs du sud ont voulu piéger en masse l’envahisseur : c’est le fameux piégeage des reines au printemps. Une technique totalement inefficace (le frelon asiatique a, volens nolens, progressé vers le nord) et très destructrice : ces pièges ne sont en effet pas sélectifs et tuent de très nombreux autres insectes : syrphes, abeilles sauvages et domestiques. Une approche à bannir au plus vite !

Des particuliers se sont également mis à tuer tout ce qu’ils identifient à un frelon asiatique. Mais, mal informés, ils tuent souvent autre chose, la principale victime de ces dommages collatéraux étant le frelon européen, une espèce déjà fragilisée. Peu importe, diront certains, c’est toujours un frelon de moins… Les prédateurs que sont les frelons et les guêpes sociales ont pourtant un rôle indispensable dans les écosystèmes : sans eux, des problèmes sanitaires apparaîtraient. Ils consomment énormément de mouches et de moustiques. Charognards, ils font disparaître de nombreux cadavres. Le frelon asiatique joue aussi ce rôle essentiel.

Quoi qu’il en soit, il est aujourd’hui impossible d’éradiquer les populations de frelons asiatiques, une espèce durablement implantée en Europe et avec laquelle l’homme – et les abeilles, sauvages et domestiques – devront s’habituer à cohabiter.

« C’est une catastrophe »

« Je reçois régulièrement des e-mails accompagnés de photos de personnes me signalant qu’ils ont tué un frelon asiatique. À ce jour, leur victime n’a jamais été un frelon asiatique, souvent n’est même pas un frelon ! C’est une catastrophe, depuis qu’on demande aux gens de renseigner la présence du frelon asiatique, toutes sortes d’insectes, y compris des pollinisateurs sauvages, sont pris pour cible… », explique Jean-Sébastien Rousseau-Piot de Natagora.