L’aérogel, ce matériau qui pourrait rendre la planète Mars habitable

AFP / NASA / JPL Caltech

La vie sur Mars dans un avenir proche, c’est possible. Du moins, c’est ce qu’annonce une équipe de scientifiques d’Harvard. Ceux-ci viennent de mettre au point une technique innovante pour rendre les conditions environnementales martiennes habitables.

Une étude publiée ce lundi par la revue Nature présente les découvertes d’une équipe de chercheurs d’Harvard. D’après eux, un matériau permettrait de créer des zones habitables sur la planète Mars : les aérogels. Souvent utilisés comme isolants, ces étonnants solides translucides et incroyablement légers permettraient à des formes de vie de se développer sur la planète rouge.

La terraformation, soit le processus qui rendrait la planète Mars habitable par l’être humain, agite les scientifiques depuis des dizaines d’années. Plusieurs idées de terraformation ont été avancées, mais jusqu’à présent, aucune d’entre elles n’était réalisable par l’être humain dans un avenir proche. En effet, elles impliquaient toutes des modifications environnementales massives qui dépassent largement les capacités humaines et les technologies actuelles.

En 2018, une équipe de chercheurs de la NASA enterrait définitivement les espoirs de nombreux scientifiques, en affirmant que terraformer la planète Mars entière serait impossible.

Imiter l’effet de serre

Une équipe de Harvard, dirigée par le professeur Robin Word­sworth, s’est donc engagée dans une autre approche. Puisqu’il ne sera pas possible de terraformer la planète Mars dans son entièreté, essayons d’abord de le faire localement. Comment ? En créant un équivalent à l’état solide de l’effet de serre atmosphérique de la Terre. Selon les scientifiques, l’aérogel de silice serait le matériau idéal.

CC Kevin Baird via Flickr

Ce procédé résoudrait les deux problèmes principaux qui rendent la planète rouge actuellement inhabitable. En effet, les basses températures (qui ne permettent pas à l’eau de rester à l’état liquide) et les niveaux élevés de rayonnement ultraviolet à la surface de Mars empêchent toute forme de vie.

« Nous démontrons que, dans des conditions environnementales martiennes, une couche d’aérogel de silice de 2–3 cm d’épaisseur transmettra suffisamment de lumière visible pour la photosynthèse, tout en bloquant les rayons ultraviolets dangereux », explique Robin Word­sworth, directeur de l’étude. « Simultanément, elle élèvera les basses températures au-dessus du point de fusion de l’eau, sans nécessiter aucune source de chaleur interne », poursuit le professeur en Sciences de l’environnement.

En augmentant les températures à la surface de la planète rouge, l’eau se conserverait donc à l’état liquide. « Ces boucliers d’aérogel, placés sur des régions suffisamment riches en glace, pourraient donc permettre l’apparition de formes de vie photosynthétique ». Et donc permettre une vie végétale et des cultures sur la planète Mars.

Les premières expérimentations pourraient arriver prochainement

Cette approche régionale de la terraformation est donc « bien plus réalisable qu’une modification atmosphérique globale », ajoute Robin Word­sworth, directeur de l’étude. « Contrairement aux idées précédentes visant à rendre Mars habitable, c’est quelque chose qui peut être développé et testé avec les matériaux et la technologie que nous avons déjà aujourd’hui ».

Dans un premier temps, ce matériau devrait être testé dans des environnements extrêmes terrestres : dans les vallées sèches de l’Antarctique ou du désert chilien.

Reste à voir les résultats de ces premières expérimentations. Le professeur Wordsworth voit, quant à lui, déjà plus loin. « Si l’on décide de permettre la vie sur la surface de Mars, est-on certain qu’il n’existe pas déjà une forme de vie ? Si c’est le cas, comment gérer cela ? À partir du moment où on s’engage à envoyer des êtres humains sur Mars, ces questions sont inévitables ».