La face cachée des plantes ornementales

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Ph. Jean-Philippe Rolin

Avec le retour des beaux jours, qui n’est pas tenté de fleurir jardins et balcons ? C’est joli et, si les plantes sont sélectionnées judicieusement, elles peuvent constituer une source de nourriture pour les pollinisateurs. Cependant, soyez vigilants ! Les plantes mises à votre disposition ne sont pas toutes bénéfiques et certaines, invasives ou toxiques, peuvent même être néfastes.

Les plantes peuvent avoir diverses origines. Elles sont soit issues de la filière horticole, soit sauvages. Parmi ces dernières, on retrouve des plantes indigènes et exotiques. Quésaco ? Les plantes horticoles, ou ornementales, sont obtenues après sélection artificielle afin d’obtenir des variétés appréciées pour leur qualité esthétique. A l’inverse, les plantes sauvages poussent naturellement sans intervention humaine et peuvent donc se retrouver dans votre jardin sans que vous ne les y ayez plantées.

Les plantes indigènes pourraient également être appelées « plantes locales ». Ce sont des plantes sauvages qui poussent en un lieu sans y avoir été introduites par l’homme. Les plantes exotiques, quant à elles, poussent dans une zone où elles ont été introduites par l’homme, volontairement ou accidentellement. Certaines peuvent alors devenir invasives et représenter une menace pour l’environnement.

Les dangers issus de la filière horticole

Les plantes ornementales, souvent considérées à tort comme riches en nectar et en pollen, ne sont pas toutes bonnes à adopter. En effet, elles sont régulièrement traitées avec des pesticides au cours de leur production et ne garantissent pas la sécurité alimentaire des pollinisateurs. Selon Greenpeace, 97,6% de plantes à fleurs vendues en Europe contiennent des résidus de pesticides. En outre, 79% de ces plantes présentent des pesticides nuisibles pour les pollinisateurs tels que les abeilles. Donc, en agrémentant votre jardin ou balcon de plantes à fleurs, vous mettez  involontairement en danger les pollinisateurs et participez à la dispersion des pesticides.

Certains pesticides, dits systémiques, sont absorbés par la plante entière. Les pollinisateurs peuvent alors y être exposés en se nourrissant de pollen ou de nectar, mais aussi par contact direct avec une partie de la plante contaminée. Les néonicotinoïdes, pesticides les plus utilisés au monde, font partie de cette famille. Ces neurotoxiques ciblent le système nerveux des insectes en réduisant leurs capacités à s’orienter, apprendre et mémoriser et contribuent ainsi à leur déclin. De plus, de récentes études ont constaté que les abeilles sont plus attirées par les plantes traitées avec des néonicotinoïdes que par celles qui ne le sont pas.  De même qu’il existe une addiction des mammifères pour la nicotine, les néonicotinoïdes provoquent une dépendance chez les insectes.

Ce n’est pas tout. Dans la plupart des cas, les modifications apportées aux plantes de la filière horticole entraînent une réduction de la quantité de nectar ou de pollen et limite leur accès pour les pollinisateurs. En effet, les organes des plantes ornementales subissent des altérations et il donc fréquent de constater la disparition de ceux qui produisent du pollen ou du nectar. Une modification fréquente consiste à créer des fleurs dites « doubles » (à l’inverse de « simples »). Ces dernières, plus denses et plus fournies, résultent de la transformation d’organes reproducteurs, tels que les étamines, en pétales. La production de pollen des fleurs doubles est donc moindre, voire nulle si toutes les étamines sont transformées en pétales. Un surplus de pétales est également susceptible de réduire l’accessibilité du pollen ou du nectar. Dès lors, bien que très jolies, ces fleurs modifiées n’assurent plus la sécurité alimentaire des pollinisateurs.

Comment choisir ses plantes ?

Afin de favoriser la biodiversité, mieux vaut donc choisir des plantes indigènes. Elles sont en effet mieux adaptées pour offrir de la nourriture, un abri et un lieu de reproduction adéquats à la faune de nos régions.  Il existe des pépinières écologiques au sein desquelles les plantes indigènes seront plus faciles à trouver. Choisissez des plantes simples et évitez celles qui présentent un aspect « pompon ». Il est aussi possible d’échanger vos plans et graines lors d’événements dédiés à cet effet ou de récolter des graines dans la nature, avec parcimonie.

Tous les conseils pour un jardin au naturel : www.natagora.be/reseaunature