Les carrières, des zones refuges pour certaines espèces

Ph. Natagora

L’exploitation d’une carrière conduit à la création d’habitats écologiques devenus rares en Belgique tels que des falaises et arènes rocheuses ou sablonneuses, des éboulis, des mares temporaires, des pelouses calcaires… Ces milieux générés par l’activité extractive permettent l’installation et le développement de nombreuses populations d’espèces pionnières à haute valeur biologique.

Des facteurs tels que les perturbations récurrentes liées à l’extraction, la bonne qualité de l’eau, et l’immobilité relative de certaines zones dans les carrières conduit à l’apparition d’une faune et d’une flore diversifiée. En région wallonne, ces sites d’extraction représentent ainsi des zones refuges pour certaines espèces affectées par l’urbanisation du territoire.

Une flore et une faune exceptionnelles !

La richesse floristique présente dans les carrières en activité est particulièrement riche en plantes pionnières qui s’efforcent à recoloniser les substrats minéraux derrière les engins. En région wallonne, les derniers relevés en carrières ont identifié 630 espèces de la flore régionale dont treize espèces d’orchidées. Les algues, du type Characées, se développent également très bien dans les mares pionnières caractérisées par de l’eau dure et pauvre en nutriments.

La création et disponibilité constante ces mares pionnières profite aux amphibiens, car peu de prédateurs sont y présents. On en retrouve ainsi douze espèces, dont le crapaud calamite et l’alyte accoucheur qui comptent leurs plus grandes populations dans les carrières en activité. On retrouve également une autre espèce emblématique, le triton crêté, qui se profite des mares permanentes plus profondes creusées dans les zones de post-exploitation.

De manière plus évidente, les reptiles, comme la coronelle lisse ou le lézard des murailles, trouvent également refuge dans les éboulis et pierriers qui leur fournissent un abri et une nourriture abondante.

Deux espèces d’oiseaux remarquables nidifient presque exclusivement en carrière en région wallonne, c’est le cas du grand-duc d’Europe et de l’Hirondelle de rivage. Tandis que les stocks de sables fins constituent un habitat de substitution adéquat pour la nidification de l’hirondelle de rivage, le grand-duc d’Europe lui tire parti des falaises abruptes formées par l’exploitation.

Les orthoptères constituent un autre intérêt faunistique, comme le criquet à ailes bleues, dont les populations wallonnes se trouvent principalement sur des sites d’extraction. Une variété d’abeilles solitaires et les cicindèles tirent parti des falaises sablonneuses et une grande diversité de libellules se reproduisent dans les mares. De nombreuses espèces de papillons tirent parti des habitats ensoleillés et des ressources floristiques dans les carrières. Enfin, les chauves-souris profitent des anciennes installations pour se reposer ou hiberner.

Les carrières offrent à ces différentes espèces des milieux de substitution à ceux disparus à cause de la canalisation et du contrôle des crues des cours d’eau, de la stabilisation et du reboisement des éboulis et des falaises, de l’agriculture intensive, de l’eutrophisation des cours d’eau…

LIFE in Quarries

Les carrières entretiennent donc un lien étroit avec l’environnement et génèrent une biodiversité étonnante. Cet état de fait a donné naissance au projet européen « LIFE in Quarries » (« dans les carrières ») dont l’objectif est de développer des méthodes de gestion permettant d’optimaliser le potentiel d’accueil de la biodiversité dans les sites d’extraction en activité en Belgique.

L’aspect novateur du projet repose la mise en œuvre de de deux types de mesures de gestion de la biodiversité. Prioritairement dans le cadre du plan d’exploitation grâce aux actions « gestion dynamique », mais également dans le cadre du réaménagement des carrières via des actions « nature permanente ». Ce programme rassemble quinze sociétés privées sur 27 sites carriers en Wallonie qui travaillent main dans la main avec les acteurs de la conservation de la nature (Natagora, Uliège-Gembloux et le Parc naturel des Plaines de l’Escaut) pour relever ces défis ambitieux de 2015 à 2020.

Toutes les infos sur le projet : www.lifeinquarries.eu