[Interview] Rencontre avec Josh Cooley, le réalisateur de Toy Story 4

On pensait avoir fait nos adieux à Woody et Buzz à la fin du troisième volet de ’Toy Story’. Une suite tellement réussie qu’un nouveau chapitre semblait sacrilège. Et pourtant, avec ses nouveaux personnages hauts en couleur et une histoire toujours aussi émouvante, on en redemande. Le réalisateur Josh Cooley nous explique comment il s’y est pris pour ne décevoir personne.

Toy Story 3 semblait avoir tout bouclé. Pourquoi une nouvelle suite?

Josh Cooley: «Ha, c’est la question que je me suis posée il y a cinq ans! C’était l’idée d’Andrew (Stanton, le scénariste, NDLR). Selon lui, ’Toy Story 3’ était la conclusion de l’histoire entre Woody et Andy, sans vouloir dire qu’il ne restait rien à raconter sur Woody lui-même. Et c’est vrai, tout a changé maintenant qu’ils sont dans une nouvelle chambre d’enfant. Woody n’est plus le chef des autres jouets, par exemple.»

C’est votre premier film. Pas trop dur la pression?

«Sans blague! Quand je disais à mes amis que je bossais sur ce quatrième épisode, tout le monde répondait: ‘Oh non, pourquoi une suite?’… Le plus important était d’avoir une histoire intéressante, et que le film mérite le titre de ’Toy Story 4’. On s’était promis de ne pas le faire sans ces deux conditions, et ça a mis du temps pour y arriver. Quand on a pensé au retour de Bo Peep (nom anglais de la Bergère, absente dans le troisième chapitre, NDLR), tout s’est mis en place. Elle a été abandonnée, et vit désormais de sa débrouillardise. Quand Woody la retrouve, elle a vraiment quelque chose à lui apprendre. C’est un peu ‘fleur bleue’, mais je me suis inspiré de ma rencontre avec ma femme, et tout ce qu’elle m’a apporté. Je me suis dit que si j’arrivais à traduire cette émotion dans le film, on tenait un crochet pour le reste de l’histoire. Ça, et la fin! Il fallait que ce soit spectaculaire et que ça ait du sens pour les personnages.»

Keanu Reeves prête sa voix à un nouveau personnage, Duke Caboom.

«Oui, Duke est le plus grand cascadeur que le Canada ait jamais connu. Rien que ça, c’est déjà marrant (rires). On a donc pensé à Keanu parce qu’il est canadien. Avant de dire oui, il a voulu nous rencontrer au bureau de Pixar. On était déjà tout excités, on se passait le mot: ‘On va voir Keanu!’ On a mangé ensemble, je lui ai parlé du film, puis il a commencé à me poser des questions super détaillées sur Duke, comme: [prend une voix très grave] «De quoi a-t-il peur»? Et quand je lui ai expliqué que Duke est un cascadeur plus doué pour la pose que pour l’action, il est monté sur la table et a commencé à inventer des poses en criant: ‘Je suis Duke Caboom!’ À ce moment-là Duke a pris vie devant mes yeux. Heureusement que Keanu a dit oui, je n’aurais jamais pu passer à quelqu’un d’autre!»

AFP / A. E. Rodriguez

Sans oublier Fourchette, un nouveau jouet placé au centre de l’histoire…

«Techniquement c’est un bricolage qui n’a pas encore compris qu’il était un jouet. Bonnie le fabrique à partir d’un bout de plastique lors de son premier jour à la maternelle. Sauf qu’au lieu de jouer, Fourchette veut tout simplement finir dans une poubelle. Il est jetable, c’est comme ça (rires). Mais Woody va lui apprendre ce que ça implique d’être un jouet…»

Les enfants jouent avec des smartphones de nos jours. Vous y avez pensé?

«Oui, mais on a vite réalisé qu’on avait déjà utilisé le coup du jouet sophistiqué qui chamboule tout dans le premier volet, quand Buzz débarquait avec son laser et son attitude de vainqueur. Mais je crois que les enfants jouent encore avec des jouets traditionnels. L’autre jour, j’ai vu un enfant en poussette perdre son dinosaure pendant quelques secondes… je n’avais jamais entendu un tel hurlement!»

Quel film d’animation a marqué votre enfance?

«Les Looney Tunes (Bugs Bunny, Daffy Duck et leurs amis, NDLR)! Je me suis beaucoup inspiré de leur humour pour Ducky et Bunny, les deux animaux en peluche qui finissent par aider Woody. Mais le film qui a changé ma vie et m’a donné l’envie de bosser dans l’animation, c’est ’Qui veut la peau de Roger Rabbit?’.»

Et votre jouet préféré?

«Une poupée de ventriloque (il sort une photo terrifiante et nous la montre, NDLR). Je l’adorais, il s’appelait Willy.»

Stanislas Ide

En quelques lignes

Quand le nouveau jouet préféré de Bonnie décide de se faire la malle, Woody (Tom Hanks) part à sa recherche pour le ramener à la maison. Mais à force de lui raconter qu’un jouet doit vivre pour un enfant, un doute s’installe: et si Woody en avait marre de jouer? Quelle magnifique surprise! Après avoir vidé toutes les larmes de notre corps pendant les dix dernières minutes de ‘Toy Story 3’, on pensait vraiment avoir fait le tour de l’aventure. Mais même si les ficelles restent identiques, l’histoire a le grand mérite de ne pas se répéter. Woody n’est plus le même sans Andy, et ses angoisses existentielles non plus. ‘Toy Story 4’ est aussi un fabuleux prétexte pour nous présenter de nouveaux jouets, tous plus drôles les uns que les autres. Notamment Fourchette (Pierre Niney en VF), le bricolage composé d’ordures qui rêve de faire le saut de l’ange dans une poubelle. Sans oublier Duke Caboom (Keanu Reeves), le cascadeur incapable de s’envoler. Mais la palme du fou rire va à Bunny et Ducky, un duo de peluches aux allures de gros caïds. L’humour est si créatif qu’on se met à espérer que la saga continue sur sa lancée: vers l’infini et l’au-delà! (si) 4/5