Angelique’s Finest, un café rwandais pour l’égalité hommes-femmes

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Ph. Denyse K. Uwera

Dans tous les pays du monde, des campagnes sont régulièrement lancées afin de réduire la différence de traitement qui existe entre les hommes et les femmes. Car si les mentalités changent, l’héritage du passé et de l’éducation font qu’aujourd’hui encore, les femmes sont moins présentes dans les postes de direction. Au Rwanda, des femmes misent sur un café pour faire bouger les lignes.

Il existe des cafés plus puissants que d’autres. Incontestablement, Angelique’s Finest en est un. Celui-ci est le fruit de l’imagination d’Angélique Karekezi. Cette Rwandaise dirige Rwashoscco, une coopérative qui regroupe six coopératives de producteurs de café (dont cinq sont labellisées fairtrade). Parmi eux, de nombreuses femmes. «C’est une tradition», souligne-t-elle. «Dans mon pays, la plupart des activités agricoles sont portées par les femmes. C’est particulièrement vrai dans le secteur du café. Elles le cultivent, le récoltent, le trient…» Pourtant, le café reste souvent la propriété des hommes, qui engrangent les bénéfices.

Je voulais voir des femmes prendre le pouvoir dans le business du café

Pour mettre fin à cette anomalie, la directrice de Rwashoscco a eu l’idée de lancer un café 100% féminin. Quelque 200 femmes ont été engagées pour assurer le lancement de ce produit, notamment pour le packaging et la mise en vente, des secteurs où elles étaient moins présentes. «Je voulais voir des femmes prendre le pouvoir dans le business du café», s’amuse Angélique. Surtout, elle se félicite de voir combien ces femmes ont gagné en autonomie. Le café Angelique’s Finest n’est pas encore commercialisé en Belgique, mais connaît déjà le succès en Allemagne.

Ph. Denyse K. Uwera

Elle s’est engagée dans ce projet en s’inspirant de sa propre expérience. «J’ai grandi dans une société qui n’offrait pas les mêmes chances aux hommes qu’aux femmes», explique-t-elle (même si le Rwanda est l’un des pays les plus en avance en matière d’égalité hommes-femmes). «Après mes études secondaires, je suis partie étudier au Kenya, à Nairobi. Au retour, je suis devenue responsable financière de la société, puis directrice. Très vite, j’ai voulu contribuer à ce que l’on donne les mêmes opportunités aux femmes et aux hommes».

Un marketing efficace

Ce choix de café 100% femmes a également des répercussions sur les revenus des productrices. «Le café est un secteur particulièrement volatil, et cette volatilité est un vrai problème pour les producteurs», souligne Nicolas Lambert, directeur de Fairtrade Belgium, qui soutient les producteurs pour leur garantir des revenus décents. Et pour qu’il y ait des revenus, il faut que le produit se vende. «C’est une des réussites d’Angelique’s Finest: ce café a su trouver sa clientèle grâce à un habile positionnement marketing», constate-t-il. La coopération belge au développement l’a d’ailleurs bien compris, et propose des programmes de coaching en marketing pour aider des coopératives à valoriser leurs produits.

Ph. Denyse K. Uwera

En avril dernier, les prix du marché mondial du café est tombé à 0,95$ la livre, son niveau le plus bas depuis 2006. Des milliers de caféiculteurs en Colombie sont descendus dans les rues pour attirer l’attention sur l’extrême pauvreté causée par la baisse continue du prix du café. «Dans ce contexte, il est important de proposer des cafés de qualité, qui se démarquent. La première mission de Fairtrade était de garantir un prix minimum. Aujourd’hui, nous essayons d’aider les producteurs à diversifier leurs revenus, via des productions diverses. C’est la meilleure solution pour résister aux effets d’une crise éventuelle», conclut-il.