A la découverte des quatre espèces de tritons présentes en Wallonie

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Triton Ponctue, Ph. X. Janssens

La Wallonie compte quatre espèces de tritons. À part le triton crêté, rare et localisé, les trois autres sont assez bien répandus et colonisent rapidement les mares, jusqu’au cœur des villes. Découvrons ces espèces étonnantes qui, comme tous les batraciens, nécessitent une vigilance accrue.

Les tritons passent l’année en deux phases : une aquatique de la fin de l’hiver au début de l’été et une terrestre le reste du temps. Les trois espèces les plus courantes sont les tritons alpestres, ponctués et palmés. La migration se fait durant quelques nuits humides, les plans d’eau se remplissent assez vite de leurs habitants prêts à trouver leur partenaire pour s’accoupler. La sortie de l’eau est plus étalée et certains retardataires s’observent encore au beau milieu de l’été, entourés de leurs jeunes. Tous les tritons ont besoin de plans d’eau stagnante (de la taille d’une ornière à celle d’un grand étang) et d’abris terrestres comme des tas de bois, des vieilles souches ou des pierres. La présence de terriers de rongeurs offre aussi un abri hivernal à l’abri du gel.

Le triton palmé est le plus forestier : on le retrouve à Bruxelles et dans toute la Wallonie à l’exception des zones agricoles intensives et des centres urbains. Le triton ponctué se retrouve davantage dans les milieux ouverts mais évite certaines parties hautes de l’Ardenne. Enfin, le triton alpestre est le plus ubiquiste : on le retrouve à peu près partout.

Triton Palme, Ph. M. Paquay

Comment les reconnaître ?

Les tritons ressemblent à des lézards, mais ils n’ont pas d’écailles et vivent dans l’eau une partie du temps. Ils sont aussi moins effilés et plus patauds. Leur apparence varie selon la période. En phase aquatique, ils sont généralement bien colorés et les mâles ont des crêtes plus ou moins remarquables. Gardez en tête que le triton alpestre a le ventre orange vif, le triton ponctué possède un ventre et une gorge de couleur pâle, tachetés de noir et chez le triton palmé, le ventre et la gorge sont uniformément clairs. Soyez prudent en observant les tritons car ce sont des animaux fragiles, évitez de les manipuler, sauf dans des cas nécessaires (sauvetages sur les routes…). Nettoyez-vous bien les mains après les contacts pour éviter de transporter des germes d’un site à l’autre.

En phase terrestre, la peau est assez rugueuse et épaisse, il n’y a pas de crête visible et les yeux sont moins globuleux. Dès qu’ils arrivent dans l’eau, les tritons muent et s’adaptent. La peau devient plus fine (pour laisser passer l’oxygène de l’eau) et se lubrifie. Les yeux se parent d’un globe transparent qui agit un peu comme le masque d’un plongeur. La coloration de la peau s’intensifie et la queue augmente en surface. Chez les mâles, plus la queue et la crête sont développés, plus la surface de peau est grande et plus les échanges d’oxygène avec l’eau sont importants. Le mâle peut alors rester plus longtemps sous l’eau pour y défendre son territoire.

Triton Alpestre, Ph. O. Colinet

Comment attirer et observer les tritons chez soi ?

Si vous avez un jardin, le mieux est de creuser une mare. Surtout évitez d’y mettre des poissons car la cohabitation entre les amphibiens et les poissons tourne souvent à la faveur des poissons (même de petits poissons rouges peuvent nuire aux larves). Si vous n’avez pas la place pour mettre une mare, un simple bac enterré ou même un vieil abreuvoir peut être suffisant surtout s’il y a déjà une population importante dans les environs. Pensez cependant à aménager un bord en pente douce afin que ces batraciens puissent entrer et sortir de l’eau sans soucis. Mais une mare n’est pas le seul élément qui attirera les tritons.

Il faut aussi aménager les alentours de manière à ce que les tritons trouvent suffisamment de caches pour l’été et des abris pour l’hiver. Mettez des bûches et des pierres aux environs de la mare, laissez aussi des couloirs d’herbes hautes pour que les tritons puissent se déplacer d’un endroit à l’autre de manière sûre. Les déplacements entre le site de reproduction et le site terrestre varient de quelques mètres à quelques centaines de mètres, exceptionnellement un kilomètre.

Si une mare se crée dans un environnement propice à l’hivernage et à l’estivation, le triton devra parcourir moins de distance pour se reproduire et rencontrera donc moins de dangers potentiels lors de sa migration (prédateurs, routes à traverser…). Et, au printemps, vous pourrez observer l’étrange ballet des mâles frétillant tout leur corps pour séduire leurs belles.

Antoine Derouaux