Tout lâcher pour devenir fermier dans le documentaire The Biggest Little Farm

John Chester et sa femme Molly ont tout plaqué il y a dix ans pour construire une ferme bio en Californie. Une histoire qu’il a filmée au fil des ans, et qui prend vie dans le joli documentaire écolo ’The Biggest Little Farm’. Où l’on apprend que la nature est toujours la plus forte, et qu’il vaut mieux l’observer que l’affronter. Rencontre.

Quand avez-vous décidé de filmer la construction de votre ferme?

John Chester: «Je me suis mis à filmer nos aventures sans réaliser que ça pourrait former un long-métrage. Je suis cameraman à la base, et je voyais des choses inspirantes que je voulais capturer. Parfois avec un iPhone, et parfois avec une de mes caméras à 80.000 dollars (rires). Tout ce que je savais, c’est qu’on essayait de réveiller un écosystème et d’y intégrer une ferme. Après cinq ans, on a enfin vu l’influence positive de la biodiversité qu’on avait développée. Et j’ai compris que je filmais les héros de ce système depuis le début: les plantes, les animaux, tous les éléments essentiels à ce cycle naturel qu’il fallait relancer. Ce n’est pas que l’histoire d’une ferme, ça parle de la condition humaine. Toutes les questions de la vie trouvent une réponse dans notre compréhension de la nature et de son fonctionnement.»

Photos PROKINO Filmverleih GmbH

Vous n’avez donc pas dû vous battre contre la nature?

«Non, c’est le contraire. À un moment, on a dû accepter que la nature a ses propres règles, et on a pris le temps de les observer. Ça ne sert à rien de réparer des choses sans comprendre pourquoi elles sont cassées. En prenant ce temps-là, la nature est devenue notre alliée.»

Vous avez parfois voulu baisser les bras?

«Oui, souvent… mais jamais sérieusement. La troisième et la quatrième année ont été terriblement difficiles. Les arbres mouraient, les oiseaux mangeaient tous nos fruits, un coyote tuait nos poules de mille et une façons. On s’est beaucoup engueulés avec Molly, on ne connaissait pas les réponses. Mais abandonner revenait à laisser mourir tout ce que nous avions construit. L’astuce, c’est de toujours essayer une nouvelle idée. Tenir un petit jour de plus, et voir ensuite… Et réaliser que c’est finalement plus facile de continuer que d’arrêter.»

Sans jamais utiliser de pesticides?

«On ne voulait pas utiliser de pesticides synthétiques, seulement des produits naturels et non-chimiques. Le problème est qu’un pesticide chimique dure deux semaines, là où notre version naturelle ne dure que quatre heures. C’est plus faiblot. La bonne nouvelle, c’est qu’il y a beaucoup moins de dommages collatéraux, et qu’on ne détruit donc pas les prédateurs qui mangent les insectes dont on essaie de se débarrasser au départ. Il faut être patient et voir à long terme.»

Qu’est-ce qui a changé en dix ans?

«Il y a de plus en plus de gens intéressés par l’agriculture régénératrice. Avec Molly, on ne se sent pas encore légitimes pour l’enseigner au-delà de notre terrain, mais on accueille des apprentis qui utilisent nos méthodes par la suite. Ils m’impressionnent car ils en savent déjà plus que moi avant même d’arriver chez nous. Cette renaissance mondiale de l’intérêt pour l’agriculture traditionnelle est vraiment positive. On me demande parfois si j’ai peur de l’avenir, alors que j’ai surtout hâte de voir cette jeunesse grandir et développer ses fermes. Leur conviction est en acier car ils savent que l’état actuel des choses n’est pas durable. Ils vont bien nous botter le cul et faire un travail d’enfer!»

Tout est à refaire?

«On me demande souvent quelle est la durabilité économique de notre méthode agricole. Je réponds toujours: quelle est la durabilité économique de notre ignorance concernant les ressources dont nous dépendons? Il faut arrêter la confrontation et encourager l’innovation.»

Vous vous considérez comme un fermier aujourd’hui?

«On nous avait prévenus que c’était comme le surf: on tombe sans cesse jusqu’à ce qu’un déclic nous permette de comprendre la mer et de tenir dessus. Maintenant qu’on tient la vague, je crois qu’on peut se définir comme des fermiers.»

Stanislas Ide

En quelques lignes

Quand John et Molly se lancent dans la construction d’une ferme bio en Californie, ils ne se doutent pas qu’un véritable parcours du combattant les attend. Et encore moins qu’une leçon de vie va complètement changer leur vision du monde. Sous ses airs de documentaire amateur fini à la va-vite, l’histoire de ces deux trentenaires idéalistes a de quoi inspirer. D’accord, le discours sur l’importance de croire en ses rêves sans baisser les bras sent le bisounours avarié. Et la musique guillerette donne parfois l’impression de voir une gigantesque bande-annonce plutôt qu’un film pensé et construit. Et pourtant leur aventure fait mouche quand elle en vient aux faits : c’est en stimulant la biodiversité de la nature que celle-ci se met à offrir des solutions, au lieu poser des problèmes. Ajoutez les images d’un coq et d’une truie géante vivant tel un vieux couple dans le même enclos, et vous obtenez un feelgood movie bien déterminé à planter ses graines. 2/5