Rencontre avec Marc Levy pour son 20e roman « Ghost in love »

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AFP PHOTO / JOEL SAGET

Vingt, c’est le nombre de romans que Marc Levy a à son actif. Pour son 20e livre intitulé «Ghost in love», l’écrivain français voulait faire un petit clin d’œil à son tout premier succès ‘Et si c’était vrai…’

Votre nouveau livre met en scène un esprit, comme dans votre premier roman ‘Et si c’était vrai…’. Qu’est-ce qui vous attire dans ces récits de fantômes et d’esprits qui errent sur Terre.

«C’est l’humour décalé qui va avec. Avec les histoires de fantômes, je peux aborder des sujets graves, qui me touchent, grâce au prisme de l’humour et de la tendresse et avec ce décalage propre à l’humour anglais. Ce n’est évidemment pas le côté ésotérique qui m’intéresse aux histoires de fantômes. Le lecteur n’a aucun doute là-dessus, j’en suis sûr!»

Quand vous étiez petit, vous aimiez les histoires de fantôme?

«Non, car c’étaient des histoires pour faire peur. Ici, c’est le contraire. Qu’est-ce qui rend marrant le fait que Raymond est un fantôme? C’est le fait qu’en se débarrassant des contraintes de la vie, il peut se lâcher complètement. Il n’a plus aucune retenue. Il est plus lui-même aujourd’hui qu’il ne l’a jamais été. Il n’a plus rien à perdre. Il retrouve même une certaine jouvence vis-à-vis de l’éternité.»

Vous le représentez plus jeune qu’il ne l’était avant de mourir.

«Plus il avance dans l’éternité, plus il rajeunit. En réalité, cela m’a permis de parler de quelque chose qui nous arrive à tous. Plus le temps avance, plus le souvenir de mon père quand j’étais enfant me revient en mémoire. Aujourd’hui, quand je pense à lui, je vois l’homme qu’il était quand j’étais gamin.»

Et ne se souvient-on aussi que des bons moments?

«Ça, tout dépend de ce que vous avez vécu. Mais quand on est séparé des gens qu’on aime, pas forcément par la mort, on sent leur présence très longtemps. Combien de fois ne poursuit-on pas une conversation silencieuse ou à voix basse avec les gens qu’on a aimés et qui ne sont plus là? C’est un peu ça ce que le roman raconte.»

Raymond revient avec des regrets. Il a l’impression de ne pas avoir été assez proche de son fils. Il veut rattraper le passé.

«Et c’est aussi une manière de se dire qu’on peut le rattraper dans le présent. Quand on a perdu quelqu’un, il y a une quantité de conversations inachevées qu’on a l’impression de devoir poursuivre.»

Vous posez la question de savoir ce qu’est un bon père.

«Je ne dis pas ‘bon’. Quand on dit ‘bon’, ça sous-entend aussi mauvais. On est dans le jugement. Je suis dans l’observation et non dans le jugement. Il n’y a pas de réponse à ce qu’est un bon père. Il y a des pères très absents que les enfants ont aimés et des pères très présents que des enfants ont jugés. Je voulais ouvrir une fenêtre sur quelque chose dont on parle peu: qu’est-ce que la paternité? Qu’est-ce que la maternité? C’est quoi en fait être parent? C’est un moment si fragile et si durable. Nous sommes les enfants de nos parents et un jour, on devient les parents de nos enfants. Tous les reproches qu’on a faits à nos parents se mettent à peser sur nos épaules car c’est maintenant à notre tour d’élever les nôtres. C’est au moment où l’on devient parent qu’on comprend que les nôtres aussi sont des êtres humains comme nous. C’est un roman sur comment ne pas s’oublier dans la parentalité.»

Raymond et Camille se sont profondément aimés. Elle a pourtant décidé de suivre son mari. Elle l’a surtout fait pour sa fille, Manon.

«Elle n’a pas suivi son mari, elle a suivi sa fille. D’ailleurs, dans la lettre d’amour qu’elle écrit à Raymond, elle lui dit qu’elle n’était plus qu’une mère et que grâce à lui, elle est redevenue une femme. Elle s’est sentie désirée. Elle n’a pas suivi son mari par amour ou par servitude, mais par amour de sa fille. C’est un choix que beaucoup auraient fait également.»

Vous pensez qu’on s’oublie forcément en tant que femme et en tant qu’homme lorsqu’on devient parent?

«Oui mais attention, je ne dis pas que c’est une fatalité. C’est un des enjeux les plus difficiles. La distance que prennent les enfants plus tard dans nos vies fait qu’on retrouve le temps pour être soi.»

Manon pensait que sa mère lui disait tout. Elle est tout d’abord un peu déçue d’apprendre qu’elle avait ses petits secrets.

«Elle l’a très vite compris et accepté. À partir du moment où elle aime sa mère, elle comprend que celle-ci a voulu garder une part de sa vie secrète, rien qu’à elle. Elle comprend que sa mère lui avait presque tout donné et qu’elle pouvait garder ça pour elle.»

Pourquoi situer votre intrigue à San Francisco? Pour son côté brumeux qui va bien avec les histoires de fantômes?

«Non, surtout pour faire un clin d’œil à mon premier roman. L’Airbnb que Thomas loue est en réalité la maison des personnages de mon premier roman.»

C’est parce qu’il a eu une confrontation avec le fantôme de son père que Thomas, pianiste interprète, peut enfin composer?

«Ce voyage, au bout de la confidence entre père et fils, va faire passer Thomas d’interprète au stade de compositeur. Ce qui veut dire que maintenant, il va pouvoir commencer à écrire sa propre histoire. Ce voyage va le réconcilier avec lui-même. Cette conversation va jusqu’au bout. Quand son père lui dit ‘La pudeur peut bien aller au diable, moi j’irai au paradis puisque je t’aime, mon fils’, il lui a donné la réponse: être un père, un fils, une fille, une mère, un mari ou une femme, c’est avant tout aimer. Aimer à sa façon, avec ses moyens, comme on peut… C’est aimer! C’est la seule vérité. Thomas, à la fin de ce voyage, l’a compris. Thomas, interprète, va enfin écrire sa propre partition ‘Ghost in love’. On reste toute notre vie les enfants de nos parents…»

Maïté Hamouchi

 

En quelques lignes

«Ghost in love», c’est avant tout une déclaration d’amour entre un père et son fils. Une déclaration d’amour entre les personnages du roman mais également de l’écrivain envers son défunt père. Pour son 20e roman, Marc Levy met en scène l’esprit d’un père mort il y a 5 ans qui revient tant pour son fils que pour retrouver son amour récemment décédé. L’écrivain français en profite pour poser la question de la parentalité. Qu’est-ce qu’être un père? Qu’est-ce qu’être une mère? Pour finalement pouvoir répondre à cette question, Thomas, le personnage principal, et son père terminent cette ‘conversation inachevée’ que l’on peut avoir avec toute personne disparue qui nous est chère. Marc Levy situe cette histoire dans la ville brumeuse de San Francisco, comme dans son tout premier roman ‘Et si c’était vrai…’. Un clin d’œil, pour un anniversaire (‘Ghost in Love’ est son 20e roman) qui devrait ravir les lecteurs fans de l’écrivain.(mh) 3/5

«Ghost in Love», de Marc Levy, éditions Robert Laffont, 337 pages, 21,50 €