Ma : le nouveau thriller du producteur de « Paranormal Activity »

45
(from center) Director Tate Taylor and Octavia Spencer on the set of Ma.

Il fait figure d’exception à Hollywood. Au lieu de voir toujours plus grand, le producteur Jason Blum se cantonne aux films d’horreur à micro-budget. Et avec d’énormes succès comme ‘Get Out’, ‘The Purge’ et ‘Paranormal Activity’ à son actif, tout le monde se demande comment il fait. En pleine promo pour son nouveau film ‘Ma’, il s’est confié à Metro sur sa formule magique.

‘Ma’ suit la vengeance d’une adulte ayant souffert de harcèlement. Vous étiez populaire à l’école ?

Jason Blum : « Oh non, un vrai loser ! Sûrement le moins populaire de la classe. S’il y avait un prix pour ça, je l’aurais gagné ! C’est pour ça que j’aime les fans de films d’horreur. On est tous un peu bizarres. Et pourtant je ne m’y connaissais pas trop avant le succès de ‘Paranormal Activity’. J’ai toujours su que je voulais bosser dans le monde du cinéma et de la télévision, et j’ai un peu chipoté à tout sans me trouver. Jusqu’à ce que l’horreur me trouve. »

Le réalisateur de ‘Ma’ n’avait jamais réalisé de film d’horreur. Vous l’avez aidé ?

« C’est vrai ! Tate Taylor a réalisé ‘La couleur des sentiments’ et d’autres succès, mais rien de ce genre. En fait, on ne cherche pas que des experts en films d’horreur, loin de là. Je crois que n’importe quel bon réalisateur peut faire un bon film d’horreur. Et encore plus avec notre aide (rires) ! On est connus pour laisser une grande liberté artistique à nos réalisateurs. Ils ont le ‘final cut’ (l’autorité sur le montage final d’un film, NDLR), alors que dans les autres studios américains, c’est toujours pour le producteur. On applique le modèle européen sur le cinéma commercial américain, en quelque sorte. »

Quel est le secret du succès de votre studio ?

« Il y a plusieurs règles. On n’engage presque jamais un réalisateur sans expérience. Et si on le fait quand même, ils ont un CV béton. Jordan Peele (réalisateur de ‘Get Out’ et ‘Us’, NDLR) avait produit sa propre série. Joel Edgerton (réalisateur de ‘The Gift’, NDLR) avait joué dans plus de cinquante films. Ensuite, tous nos films sont de genre, et plutôt sombres. Ce sont des thrillers ou des films d’horreur. »

Vous avez pourtant produit ‘Whiplash’ et ‘Blackkklansman’, des films à Oscar.

« Je ne voulais pas faire ‘Whiplash’ (le drame de Damien Chazelle sur un musicien et son professeur de batterie tyrannique, NDLR), mais mes collaborateurs m’ont convaincu en impliquant Jason Reitman, le réalisateur de ‘Juno’, dont je suis un grand fan. Pour ‘Blackkkklansmann’, c’est autre chose. On sortait du succès de ‘Get Out’, et cette superbe histoire de Spike Lee nous permettait de continuer notre réflexion sur les relations raciales aux USA. Quant à ‘Get Out’, on n’avait jamais imaginé qu’il gagnerait un Oscar (du meilleur scénario original, NDLR). »

Et les fameuses contraintes budgétaires ?

« C’est la dernière règle, et notre marque de fabrique. Il faut que ce soit un petit budget, maximum 5 millions de dollars. Ça nous permet de choisir nos projets différemment que les grands studios. Eux comparent les scénarios qu’ils reçoivent à des succès déjà confirmés, pour les imiter. Alors que nos petits budgets nous permettent de faire l’inverse : on se demande si c’est suffisamment neuf et original. Cette règle financière force aussi la créativité. Un peu comme pour John Carpenter, le réalisateur de ‘Halloween’, qui a dû acheter le fameux masque de son tueur dans un Brico pour quelques dollars. Attention, ça ne marche que pour les films de genre. Aucun intérêt de faire un film Marvel pour 5 millions de dollars par exemple. On va voir leurs superhéros pour le spectacle, et ça coûte du fric. Mais l’horreur s’améliore souvent dans l’économie de moyens. Impossible de s’appuyer sur les cascades ou les effets spéciaux. C’est tellement plus efficace de se concentrer sur les performances et la narration. Je dis toujours qu’il ne faut pas faire un film d’horreur si, sans les effets de tension, il n’y a pas un bon drame en-dessous. C’est un bon test. »

Vous avez déjà perdu de l’argent ?

« Oui, mais pas beaucoup. »

Votre film d’horreur préféré ?

« Il y en a tellement… Je peux choisir un des miens ? ‘Get Out’ ! »

Bon, mais qu’est-ce qui vous fait peur alors ?

« Donald Trump. »

Stanislas Ide

En quelques lignes…

Où faisiez-vous la fête quand vous étiez ado ? Pour Maggie et ses copains, la planque idéale pour boire sans se faire attraper se trouve dans la cave de Sue Ann. Baptisée ‘Ma’ par la bande, cette adulte préfère qu’ils fassent leurs bêtises en toute sécurité chez elle plutôt que sur le bord de la route. À moins qu’elle n’ait un plan sadique derrière la tête… Dans la famille des grandes déceptions, je demande la mère ! Tout semblait réuni pour concocter une série B crado et jouissive, quelque part entre l’humour de ‘Scream’ et le mauvais goût de ‘Hostel’. Mais hormis quelque lueurs d’espoir laissant imaginer le meilleur (une joggeuse insupportable fauchée par une bagnole, un pénis coupé au scalpel), on a plutôt l’impression d’assister à une leçon de morale sur le harcèlement, emballée dans un foutoir scénaristique plutôt gênant. Dommage pour Octavia Spencer (‘La couleur des sentiments’, ‘Shape of Water’), dont le charisme si savoureux parvient à peine à sauver les murs. (si)

1/5