Shak&Kai, des vêtements belges 100% recyclés

Ph. Shak&Kai

Première marque belge de vêtements réalisés entièrement à partir de fibres de textiles et de bouteilles recyclées, Shak&Kai propose des habits fabriqués en Europe dans une logique d’économie circulaire tout en participant au nettoyage des plages.

«Reconnecter l’homme à la nature», voici la devise de Morgaan Dawance, jeune entrepreneur à l’origine de la marque Shak&Kai. Avec ses quatre modèles de vêtements, deux t-shirts pour hommes ainsi qu’un top et une robe pour les femmes, il aura fallu 48 heures à la marque Shak&Kai pour réunir l’objectif souhaité de 8.000 euros sur le site de crowdfunding Ulule.

Le nom de cette première marque belge de vêtements réalisés à partir de fibres de textiles et de bouteilles recyclées n’a pas été choisi par hasard. « Le ‘shaka’ est un symbole de surfeurs mais également un signe hawaïen qui signifie ‘l’esprit d’aloha’, donc d’amusement, de fun et d’amour le tout dans le respect de la communauté et de l’environnement. C’est totalement l’esprit que l’on voulait pour la marque », explique le chef d’entreprise.

Une absence d’alternatives

Étudiant à Solvay, c’est lors de ses études que Morgaan Dawance explique avoir senti la déconnexion du système économique actuel par rapport aux problèmes environnementaux : « Il y a des choses qui ont commencé à me déranger dans l’enseignement, notamment le fait que les entreprises que l’on nous présentait comme exemplaires étaient souvent analysées d’un point de vue marketing ou financier mais sans aucun regard sur des valeurs qui pour moi étaient tout aussi essentielles », explique-t-il.

C’est en tombant sur un article expliquant que l’industrie textile était la deuxième plus polluante au monde que l’étudiant de l’époque a eu le déclic. Sensible à son impact environnemental dans la vie quotidienne et après avoir constaté l’absence de marques éco-responsables qui lui correspondaient au niveau du style, il s’est lancé ce défi. « Au départ je ne savais pas du tout que j’allais faire des vêtements, je voulais juste prouver à tous ces gens qui participent à ce système que ce n’est pas nécessaire de faire les choses mal pour faire du résultat. Mon idée, c’était de créer une entreprise qui puisse avoir des résultats financiers tout en ayant des matériaux qui ont un impact positif, ou en tout cas bien réduit au niveau environnemental, et dans des conditions de travail correctes. »

Des matériaux éco-responsables

Après avoir d’abord envisagé l’utilisation de coton bio, le jeune homme a finalement découvert les nombreux désavantages de l’utilisation de ce matériau. « Le coton bio consomme énormément d’eau. De plus, la teinture est extrêmement polluante et en général il n’y a pas du tout de traitement des eaux usées, du coup ça se retrouve dans les rivières. Il y a d’ailleurs une expression au Bangladesh qui dit que l’on peut connaître les couleurs à la mode l’année prochaine en regardant la couleur des rivières cette année », explique Morgaan qui avoue être « tombé amoureux du concept » des fibres recyclées. « Ce qui est génial avec le recyclé c’est que l’on pourrait complètement se couper de cette production de coton bio et utiliser l’espace pour l’agriculture. L’autre côté extraordinaire, c’est qu’on peut les rerecycler », rajoute celui-ci.

C’est donc en partenariat avec une société espagnole, spécialisée dans la récolte de chutes de l’industrie textile, que les fibres de cotons sont broyées pour concevoir de nouvelles fibres. Plus courtes et moins solides, elles vont alors être mélangées avec du polyester provenant de bouteilles en plastique recyclé. «Celui-ci va permettre de gainer l’ensemble du fil et de venir le solidifier afin de redonner la même solidité à un fil retissé qu’à un fil complètement vierge. Pour la teinture, on va faire la même chose qu’un peintre qui va mélanger des couleurs sur sa palette », détaille Morgaan. « Si on veut du orange, on va prendre une moitié de fibres rouges et les mélanger à des jaunes jusqu’à obtenir un orange. Puis on va utiliser une teinture au polyester qui aura pour avantage d’être absorbée à 100% et ne fera donc aucun déchet», assure celui-ci. Le tissage et la confection sont ensuite réalisés au Portugal dans une usine respectant les conditions de travail des employés. Les boutons ont quant à eux été imaginés avec des noix de coco recyclées.

Cette confection européenne permet de réduire de 98% la consommation d’eau, de 99% celle des gaz à effet de serre et de 100% l’utilisation de produits chimiques classiques, de matières polluantes et de pesticides. «Pour un t-shirt en coton traditionnel, il faut en moyenne 2.800 litres d’eau, alors que nous utilisons 50 litres d’eau. Ils sont nécessaires pour le nettoyage à haute température des fibres recyclées avant qu’elles ne soient retissées», explique l’entrepreneur.

L’économie circulaire avant tout

« On a voulu aller plus loin que le recyclé en allant dans le circulaire», rajoute Morgaan qui propose à ses clients de récupérer les vêtements de sa marque pour leur donner une nouvelle vie. « Le problème actuel de notre société, c’est qu’on fonctionne de manière linéaire. On extrait des ressources naturelles, on va les transformer, les vendre, les consommer et à la fin, indéniablement, ça devient un déchet.» La marque a donc décidé de s’engager encore plus loin dans son soutien à l’environnement puisque, grâce à un partenariat avec l’ONG Surfrider foundation Europe, pour chaque vêtement acheté, un demi kilo de déchets sera retiré des plages.

À la fin de la campagne de levée de fonds le 9 juin prochain, Morgaan Dawance souhaite pouvoir vendre ses habits en ligne. Pour l’envoi, il prévoit déjà de travailler avec des sacs compostables, ou réutilisables, afin de rester dans la logique respectueuse de Shak&Kai.

Laura Sengler