Les mares agricoles, un enjeu majeur de conservation de la biodiversité

@Damien Sevrin

Autrefois fréquentes, les mares agricoles, comme d’autres éléments du paysage, ont peu à peu disparu des campagnes. Leur grande richesse biologique en fait pourtant un enjeu majeur de conservation de la biodiversité et leur permet aussi d’être de véritables alliées de l’agriculture.

La mare, à la différence de l’étang prévu pour être vidangé, est une petite surface d’eau peu profonde. La mare de prairie typique présente des berges en pente douce et est alimentée par les eaux de pluie ou la nappe phréatique. Elle peut s’assécher pendant les fortes températures estivales. La plupart des mares ont été créées par l’homme. Éléments indispensables de la société rurale ancienne, elles servaient, dans les cours de fermes ou les villages, à toutes sortes d’activités domestiques quotidiennes (cuisine, lessive, toilette…) ou artisanales (travail de l’osier, du lin ou du chanvre). Dans les prairies, leur creusement était essentiel à l’abreuvement du bétail et à l’assainissement des parcelles trop humides.

Elles commencent cependant à souffrir d’une mauvaise réputation dans la première moitié du XXe siècle et nombre d’entre elles disparaissent.

Un concentré de biodiversité

Bien que de superficie modeste, la mare est au cœur d’une biodiversité étonnamment importante. Elle constitue le centre d’un biotope qui s’étend dans la campagne environnante : autour d’elles, les haies, les bosquets, les bords de chemins, les prairies extensives forment des îlots appréciés par une grande diversité d’espèces, tant végétales qu’animales.

Dans la mare même, la vie est partout : dans l’eau, sur l’eau ou sur les berges. Côté faune, les groupes les plus remarquables fréquentant la mare sont les amphibiens et les insectes. Les amphibiens dépendent des plans d’eau à un moment de leur cycle de vie : grenouilles et crapauds passent ainsi une partie de leur vie dans la mare. Ils y vivent leur jeunesse, sous forme de têtards, jusqu’à leur métamorphose. Une fois adultes, ils y reviennent, comme les tritons, pondre au printemps. Entre-temps, ils parcourent les haies, les hautes herbes, les bosquets riches en bois mort et en humidité. Au-delà de la mare, ce réseau vert est donc indispensable : ils y trouvent de quoi manger, se cacher ou hiberner.

Le royaume des insectes

La mare est aussi le royaume des insectes. Les plus remarquables sont sans doute les libellules. Elles ont

besoin de l’eau pour se reproduire et pondre leurs oeufs. Leurs larves s’y développent, mais les adultes peuvent s’en éloigner. Remarquables également, les gerris parcourent la surface par secousses ou par bonds, les dytiques y chassent avec voracité des animaux parfois plus gros qu’eux, et les éphémères adultes y meurent quelques heures après y avoir, eux aussi, déposé leurs oeufs. À leur tour, les insectes attirent des prédateurs, dont d’autres insectes, des chauves-souris et des oiseaux. La mare est aussi une zone d’abreuvage pour les petits mammifères : le hérisson s’y rend volontiers et, le soir, le chevreuil peut aussi s’en approcher prudemment.

Des avantages aussi pour l’agriculture

Au-delà de son utilité écologique, la mare présente également de nombreux avantages pour l’agriculture. Elle est d’abord un important pourvoyeur d’auxiliaires agricoles : les oiseaux, les insectes, les amphibiens qui vivent aux alentours participent à la régulation des espèces nuisibles aux cultures. Les mares peuvent aussi retrouver leurs anciennes fonctions et participer efficacement au drainage des parcelles et à l’abreuvement du bétail. L’agriculteur veillera dans ce cas à ne laisser qu’une partie seulement de la mare accessible, le piétinement des berges et la pollution due aux déjections étant susceptibles de la dégrader.

Les mares permettent ainsi de recréer les liens nécessaires entre agriculture et nature, où les collaborations sont fructueuses. En laissant la place à la nature, en la soutenant par des pratiques responsables, l’agriculteur lui permet, en retour, de contribuer efficacement à la stabilité des milieux cultivés. À travers de nombreux projets de restauration, Natagora veille à redéployer un vaste réseau de mare et les milieux bocagers qui les accompagnent.

Pour tout savoir sur les mares, le bocage et les vergers, jetez un œil à www.lifeprairiesbocageres.eu