Florence Mendez : « La bêtise humaine est une source inépuisable de vannes »

Ph. Delightfull.be

C’est l’humoriste belge qui monte, qui monte… Ancienne chroniqueuse à la RTBF, sur Radio Contact, et en presse écrite, cet ex-prof de néerlandais a écumé les petites scènes bruxelloises, voire même un peu plus, pour se faire la main. Aujourd’hui, Florence Mendez s’envole régulièrement vers Paris où elle a intégré le bureau des auteurs de Canal+.

Vous faites partie d’une nouvelle génération d’humoristes qui a choisi le stand up. N’est-ce pas une façon de se mettre soi-même en scène?

«Oui et non. Mes premiers sketches étaient en effet sous forme de stand up, et c’était très difficile parce que c’était moi et que j’étais comme à poil face à ce public. On n’a pas cette protection du personnage comme peut l’avoir Freddy Tougaux. Ce que j’avais à raconter venait de moi et de mon manque de bol épouvantable. Mais, même quand on fait du stand up, il y a forcément un personnage qui se construit, mais il est plus subtil et moins visible qu’un personnage de sketch. Je raconte mes histoires mais je ne suis pas la même personne que celle sur scène.»

Dans vos thématiques, il est souvent question de votre ancien job de prof et de la maternité.

«C’est vrai que c’est ce qui tourne le plus sur le web. Mais j’aborde également les relations homme-femme, l’homophobie, le racisme, et la bêtise humaine qui une source inépuisable de vannes. J’ai envie de dire aux gens ‘regardez ce qu’il se passe’. Dans mon spectacle, il arrive un moment où les gens s’arrêtent de rire, une sorte de ‘trou d’air au niveau sympathie’, comme dirait Guillermo Guiz.»

Vous avez déjà connu un ‘blanc’?

«Oui, je crois que le parcours artistique ne débute pas vraiment tant que vous n’avez pas connu votre premier bide. C’est formateur, c’est quelque chose que vous attendez, que vous redoutez, et qui doit finir par arriver à un moment ou l’autre.»

Après avoir écrit sur des thèmes très personnels pour un premier spectacle, comment fait-on pour en écrire un deuxième?

«En abordant des thèmes que l’on gère beaucoup moins. Pour le premier, j’ai abordé des sujets ‘faciles’. Par exemple, je sais que je suis une mère de merde mais aussi une bonne mère, parce que je ne suis pas conventionnelle mais j’adore mon gamin. Et quand je le vois, à 9 ans, inclure les filles dans les parties de foot et défendre le droit des gens à être différent, je me dis, ‘ok, il bouffe trop de sucre, il va se coucher trop tard, il dit des gros mots’, mais sur l’essentiel, il est réussi. Et c’est la même chose sur le métier de prof. J’en rigole, mais ce n’est pas vraiment un thème personnel pour moi. Si j’avais vraiment voulu le rendre plus personnel, je n’aurais pas parlé des élèves mais des collègues, du système normatif à crever qui vous broie. Si vous n’êtes pas dans les clous en tant que prof, c’est extrêmement dur de s’intégrer. Je crois que le deuxième spectacle abordera plus cet aspect-là, cette difficulté à s’intégrer et à trouver sa place. La partie facile, c’est de se marrer des élèves parce que ça évoque à tout le monde des souvenirs. Mais c’est plus difficile de faire rire sur le rejet à l’école. C’est la même chose pour la maternité. Quand j’ai eu mon gamin, j’étais jeune, j’avais 23 ans. Et tous les bouquins me disaient que je saurais quoi faire tout de suite. Il y avait ces vérités toutes faites qui ne me correspondaient absolument pas. Moi, je vais aller pisser sur sa tombe à cette Laurence Pernoud (rires). Je crois qu’il faut s’accorder des moments où tu vas détester ton gosse, parce qu’il arrive qu’on en puisse plus. C’est horrible d’être privée de sommeil. Il faisait pareil aux prisonniers à Guantanamo, la différence c’est qu’ils n’aimaient pas leurs captifs. Personne ne vous dit que c’est difficile d’être une mère, parce que c’est entouré de culpabilité. Et c’est pour cela que j’aime bien rire de la maternité.»

Et c’est une source d’inspiration sans fond, puisque le gamin va grandir.

«À l’adolescence, il va prendre cher (rires)

Il prend déjà cher aujourd’hui.

«Il est déjà venu voir mon spectacle. On a beaucoup parlé du second degré, du recul, etc. À la naissance, il était d’une laideur. C’est laid, un bébé, mais on sait que ça change. Il ne ressemblait à rien. Il m’avait dit que je n’avais pas le droit de le dire. Je lui ai montré les photos et il a éclaté de rire. Quand je me moque des cadeaux de fêtes des mères, on sait que ce n’est pas beau. L’important, c’est que ça vienne de lui. Je trouve que parler du second degré à ses enfants est aussi une bonne école. Il faut pouvoir comprendre les nuances quand on s’exprime.»

Quand on écrit sur sa vie personnelle, où met-on la limite avec la vie privée?

«Je ne parle pas de ma vie amoureuse, parce que je ne la comprends déjà pas moi-même. Donc, c’est dur de faire des vannes. Il m’est déjà arrivé de commencer sur des sujets très personnels et de sentir les larmes monter. Un jour, je me suis dit ‘Le stand up, c’est dire devant des centaines de personnes ce qu’on s’était juré de ne jamais dire à qui que ce soit’. Guiz qui parle de son examen des couilles, moi qui raconte mes visites chez le gynéco, Blanche Gardin qui raconte sa première sodomie… On est dans le personnel mais, au final, on arrive à en parler parce que ça ne vous touche pas vraiment. Ce sont des choses un peu honteuses qui sont arrivées à d’autres. Le problème, c’est de parler de choses qui ne sont pas encore réglées.»

Pierre Jacobs

Florence Mendez sera à la Comédie Centrale de Charleroi le 11 juin, à la Boîte à Rire à Paris le 29 juin, et au Kings of Comedy Club à Bruxelles les 5 et 19 juillet.

www.florencemendez.be