Palmarès du Festival de Cannes : deux films belges et une surprise

AFP / A. Pizzoli

Marquant la fin d’une 72ème édition d’un niveau béton, le jury présidé par Alejandro Gonzáles Iñarritu (‘The Revenant’) a créé la surprise en sacrant la comédie coréenne ‘Parasite’ de Bong Joon-ho. Exit Pedro Almodóvar, que tout le monde voyait sur le haut du podium pour son sublime ‘Dolor y Gloria’. Metro fait le tour de ce palmarès étonnant, et vous confie ses coups de cœur.

La Palme d’Or

Avec ‘Parasite’ de Bong Joon-ho, le jury pose un choix cinéphile ! Depuis une semaine, le mot se passait : « Bien sûr, Almodóvar va gagner, mais ce serait vraiment culotté d’oser primer le Coréen » ! Surtout connu du grand public pour ses deux films américains (‘Okja’ et ‘Snowpiercer’), le réalisateur est encore plus apprécié pour ses films d’action radicaux dans sa langue natale, où le mélange des genres croise l’humour avec la violence (‘Memories of Murder’, ‘Mother’, ‘The Host’).

Pour notre part, on applaudit chaudement, malgré notre coup de cœur pour ‘Portrait de la jeune fille en feu’ de Céline Sciamma. Conjuguez l’émotion de ‘Call Me By Your Name’ avec la beauté foudroyante du cinéma de Mike Leigh, et vous obtiendrez notre chouchou. La réalisatrice de ‘Bande de filles’ et ‘Tomboy’ s’en tire avec le prix du scénario, mais elle méritait mieux (le Grand Prix par exemple).

Antonio Superstar

S’il y a bien un prix qui ne créé pas la surprise, c’est celui d’Antonio Banderas, troublant de fragilité dans ‘Dolor y Gloria’. Très ému, il dédie son trophée à son mentor Pedro, avant d’oser ajouter : « Je ne le dis pas par arrogance, mais le meilleur reste à venir » ! Surprise générale par contre pour Emily Beecham, jouant une scientifique un peu perchée dans ‘Little Joe’, un film rapidement oublié par les festivaliers. Dommage pour Virginie Efira, dont le talent ne cesse de nous impressionner. Elle atteint des sommets dans ‘Sybil’ de Justine Triet, mais devra se contenter de notre admiration.

Tarantino, Kechiche, même combat ? 

Le premier a produit une véritable pluie d’étoiles, et le second a blasé tout le monde. Mais s’ils ont un point en commun, c’est leur aversion pour les questions qu’ils jugent déplacées. Venu présenter ‘Once Upon a Time in Hollywood’ avec Brad Pitt et Leonardo DiCaprio, Tarantino a divisé le public avec un film plus contemplatif et moins divertissant que ses précédents. Interrogé sur le fait que son personnage féminin principal, incarné par Margot Robbie, ne parle presque pas dans le film, le geek le plus puissant de Los Angeles a lâché un glacial « Je rejette votre hypothèse » à une journaliste du New York Times.

Quelques jours plus tard, Abdellatif Kechiche, que l’on surnomme désormais ‘le troll de Cannes’, s’est montré carrément hostile à l’égard des journalistes. Le réalisateur de ‘La vie d’Adèle’ a déçu tout le monde avec ‘Mektoub, my love : intermezzo’, dans lequel il semble insister sur tous les travers qui lui ont été reprochés par le passé. En bref, des scènes interminables et une érotisation des corps uniquement ciblée sur les femmes. Kechiche a commencé la conférence de presse en s’en prenant aux journalistes levant leurs téléphones portables. Plus tard, interrogé sur la plainte pour agression sexuelle dont il fait l’objet, il rétorque que « la question est imbécile et malsaine ». Quoi qu’on en pense, ces deux-là n’étaient visiblement pas venus chercher la Palme du sourire.

Belgique, mon amour

Ce sont paradoxalement de grands habitués du palmarès qui nous étonnent le plus. Luc et Jean-Pierre Dardenne repartent avec le seul prix qui manquait à leur tableau de chasse, celui de la mise en scène (ils ont gagné la Palme pour ‘Rosetta’ et ‘L’enfant’, le Grand Prix pour ‘Le gamin au vélo’, le prix du scénario pour ‘Le silence de Lorna’, sans compter les prix d’interprétation obtenus par Émilie Dequenne et Olivier Gourmet). Ils confirment ainsi leur statut de bons élèves cannois, mais font grincer des dents au fond de la classe.

Il faut dire que, malgré le talent presque mathématique des Frères pour créer une tension, on misait plutôt sur les envolées poético-trash du ‘Lac des oies sauvages’ du Chinois Diao Yi’nan. Le nouveau-venu César Díaz sublime également notre petit pays avec ‘Nuestras Madres’, sur l’effort de mémoire après la guerre civile au Guatemala. Prêt à assurer la relève, il gagne la Caméra d’Or, dédiée au meilleur premier film, toutes sections confondues. Tout comme un certain Lukas Dhont en 2018 pour ‘Girl’… Rendez-vous au Magritte en 2020 pour la suite !

Le Palmarès de la 72ème édition du Festival de Cannes :

  • Palme d’Or : ‘Parasite’ de Bong Joon-ho
  • Grand Prix du Jury : ‘Atlantique’ de Mati Diop
  • Prix du Jury ex æquo : ‘Les misérables’ de Ladj Ly et ‘Bacurau’ de Kleber Mendoça Filho et Juliano Dornelles
  • Prix de la mise en scène : Luc et Jean-Pierre Dardenne pour ‘Le jeune Ahmed’
  • Prix du scénario : Céline Sciamma pour ‘Portrait de la jeune fille en feu’
  • Prix d’interprétation féminine : Emily Beecham pour ‘Little Joe’
  • Prix d’interprétation masculine : Antonio Banderas pour ‘Dolor y Gloria’
  • Mention spéciale du Jury : ‘This Must Be Heaven’ d’Elia Suleiman
  • Caméra d’Or : ‘Nuestras Madres’ de César Diaz