Défier son centre de gravité avec la barre au sol

Que ce soit assis en tailleur, bras relevés à la manière d’une danseuse étoile, ou allongé sur le dos les jambes tendues et les pieds en pointes, c’est sur le principe des étirements de danse classique, réalisés par terre, que repose l’idée du cours de barre au sol. Un concept qui libère le corps de toute contrainte de la pesanteur et lui permet de travailler de façon différente.

Cette idée, c’est Boris Kniaseff qui l’a eue. C’est suite à l’interdiction de fixer des barres aux murs de son académie de danse de Genève, que ce maître de ballet français d’origine russe, né en 1900, s’est employé à trouver une autre solution. Il décida alors de transposer les exercices, habituellement réalisés lors de l’échauffement d’un cours de danse classique, au sol. Un changement radical d’entraînement, mais également du centre de gravité, qui est à l’origine du cours de barre au sol. «Cela travaille une musculature différente parce que l’on est allongé. C’est une autre contrainte», explique Aicha Lahmadi, danseuse et professeure de barre au sol à la Vallée – Pilates & Yoga à Bruxelles. «Du coup, c’est très intéressant pour les chaînes musculaires de travailler avec la conscience du centre qui est beaucoup plus présente que lorsque l’on est debout», rajoute-t-elle.

Comprendre son corps

L’inspiration reste complètement dansante, confirme la danseuse, tout comme la musicalité et le vocabulaire: «On utilise tout ce qui est posture de pieds (de la première jusqu’à la sixième) et tout ce qui est couronne pour les bras». Pour autant, les sensations sont complètement différentes: «Quand on est sol, tout est tenu de la tête aux pieds. Quand on est debout, et que l’on demande de grandir dans les jambes, c’est quelque chose d’un peu abstrait. Alors que quand on est allongé, et qu’on a le dos au sol, on sent que lorsque l’on grandit dans les jambes et que l’on pointe les pieds, il y a tout de suite quelque chose qui s’allonge, on sent la ligne qu’on donne au corps. Pareil pour le dos et la posture», décrit Aicha. Et effectivement, en posture de danseuse, assise sur le sol, il est plus simple de constater dans le miroir que le dos a encore la capacité de grandir et de s’étirer plus qu’on ne le croit.

Cette absence de pesanteur permet d’ailleurs d’appréhender différemment ses membres. «Au début, ça peut paraître un peu trop intellectuel, on a juste envie de s’allonger et puis c’est tout. C’est un travail qui est complètement différent dans la mesure où ce n’est pas du cardio mais que l’on est plus dans la sensation. Du coup, dès qu’on a compris comment jouer avec ces alignements, c’est là que le travail commence», décrit cette dernière. «L’objectif, c’est de se sentir son corps, de comprendre ce qui me permet de me tenir droite, d’allonger, et de mieux maîtriser le bassin, le buste, les bras pour prendre conscience des chaînes musculaires. Et puis, il y a aussi un gain de souplesse avec la pratique parce qu’on travaille l’en-dehors ainsi que l’en-dedans. Il y a un focus sur les hanches qui est assez récurrent. Tout est lié», détaille Aicha.

Pourtant, celle-ci admet qu’il faut un petit peu de temps, ainsi qu’une pratique régulière, avant de pouvoir s’adapter en termes de respiration: «Dès que le corps commence à se trouver dans l’espace et à laisser le mental tranquille, on peut passer à la respiration. Et là, c’est génial parce que c’est l’étape où l’on coordonne les deux pour aller plus loin.»

Les bienfaits de cette pratique

Et pour participer à ce cours, nul besoin d’être danseur ou d’avoir fait de la danse auparavant. Bien au contraire, l’avantage de cette discipline est qu’elle est, non seulement, ouverte à tous mais elle a également «vulgarisé la danse classique». «La barre au sol permet de montrer aux gens que l’on peut utiliser le vocabulaire et la méthodologie d’échauffement pour en apprécier les bienfaits», rajoute la danseuse. Et puis les effets sont également visibles sur la souplesse. «Que ce soit au niveau des hanches ou du dos, on se gère mieux et on se sent mieux. Le sol est un super allié», assure-t-elle. «On apprend à se sentir autrement que par le fait de marcher, dormir et manger qui sont en général les trois sensations que la personne lambda possède», conclut Aicha.

Laura Sengler

Plus d’informations sur le site de la Vallée – Yoga & Pilates à Ixelles et sur le site yogavallee.be