Benjamin Millepied : Danser contre la futilité

Ph. Bach Studies/ F. Van Roe

Pas facile de passionner le grand public pour une représentation de ballet… Mais quand le chorégraphe est Benjamin Millepied, l’homme derrière le thriller Black Swan et le mari de Natalie Portman, alors tout le monde se précipite. Mieux encore, le «mille-pattes» français s’est associé à Ballet Vlaanderen pour sa toute nouvelle production, Bach Studies.

Pourquoi avez-vous choisi de collaborer avec Ballet Vlaanderen?

«J’ai une très grande admiration pour Ballet Vlaanderen. Je trouve impressionnante la direction artistique de Sidi Larbi, qui ose prendre de nouvelles initiatives et insuffler une nouvelle vie à des œuvres pionnières du passé. C’est quelqu’un qui sait qu’il faut comprendre le passé pour créer l’avenir.»

Qu’est-ce qui vous passionne le plus dans cette collaboration?

«Le plus important à mes yeux est la collaboration avec les danseurs. C’est beau de voir comme ils s’épanouissent, essaient d’épurer leur vision du temps et de l’espace et se libèrent de petites habitudes et manières ancrées. Ce que je trouve surtout intéressant, c’est ce que je peux leur apporter, ce que eux apporteront et ce qu’il en restera, après mon départ, dans leur façon de danser.»

Comment décririez-vous la chorégraphie de Bach Studies?

«Cette chorégraphie explore différents aspects de la musique de Bach: religieux, mathématique, émotionnel, intemporel et libre.»

Vous avez déjà réalisé des vidéos avec des chorégraphies sur Bach. Quelle est votre connexion personnelle avec ce compositeur?

«Dans mes films sur Bach, j’établissais un lien entre une musique qui a été écrite il y a 300 ans et les innovations les plus récentes dans le domaine de la danse, inspirées par différentes communautés. Je voulais montrer que tout peut collaborer harmonieusement. La musique de Bach va au-delà des cultures, elle traverse le temps et s’adresse à tous.»

Ph. Bach Studies

Vos danseurs bénéficient-ils d’une liberté artistique et jusqu’à quel point?

«Je donne aux danseurs toute la liberté dont ils ont besoin pour faire croire que chaque pas est improvisé. Tant qu’ils établissent une connexion avec la musique et exécutent l’œuvre avec pureté et sincérité, ils peuvent aller aussi loin qu’ils le veulent. Ce qui importe, c’est de trouver la liberté au sein de la chorégraphie existante.»

Comment la danse peut-elle s’inscrire dans notre société où tout doit toujours aller plus vite?

«Nous n’apprécions pas suffisamment le temps que nous passons sur terre et nous le consacrons trop souvent à des occupations futiles. Même si je surfe de temps en temps, j’essaie de vivre le moment présent et de jouir de mon temps et des interactions dans le monde réel. Les téléphones et les médias sociaux sont les maladies d’aujourd’hui. La danse, comme les autres formes d’art, peut donner du sens à nos vies. La danse comme expression physique et émotionnelle du corps nous aide à mieux nous comprendre nous-mêmes.»

Vous travaillez actuellement aussi en tant que réalisateur à une nouvelle version cinématographique de Carmen. Pourquoi avoir choisi cet opéra?

«J’ai adapté son histoire à l’actualité. Carmen est une Mexicaine qui passe la frontière des États-Unis. Ce sont des choses que me tiennent fort à cœur, il était donc grand temps de redécouvrir Carmen. C’est une tragédie romantique et le challenge est de raconter une histoire émaillée de danse et de musique, sans que cela ne devienne superficiel. Je ne peux pas encore en dire plus, mais je veux faire ce film maintenant.»

Qui est Benjamin Millepied?

Benjamin Millepied a grandi au Sénégal. Son père était décathlonien et sa mère professeure de danse moderne et de danse africaine. Après sa formation à la School of American Ballet à New York, il devient premier soliste au New York City Ballet, où il termine sa carrière sur scène en 2011. Au cours de cette période, il règle aussi la chorégraphie du film Black Swan, avec Natalie Portman dans le rôle principal. Après un intermède de 2014 à 2016 en tant que directeur du ballet de l’Opéra de Paris, il retourne à L.A. pour diriger sa propre compagnie, LA Dance Project.

Bach Studies se tient jusqu’au 26 mai à Anvers et du 2 au 9 juin à Gand.