Anuna De Wever: « Le climat est le sujet le plus global qui puisse exister! »

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Photo Vice

C’est assez touchant de voir comment Anuna De Wever avec sa rébellion intense, mais quand-même un peu naïve, entraîne tout le pays dans la lutte pour le climat. Avec sa brutalité juvénile, l’activiste de 17 ans clôt le bec à plus d’un homme politique quand il s’agit de passer à l’action, comme en témoignent les nombreuses marches pour le climat, avec 75.000 partisans comme point d’orgue absolu.

Nous retrouvons cette même passion débridée dans le nouveau documentaire VICE « Make The World Greta Again », où le spectateur derrière son écran marche en compagnie des leaders de la protestation européens comme Greta Thunberg, Luisa Neubauer et –bien entendu– Anuna De Wever.

Le film de 30 minutes retrace les prémices de la première grève scolaire mondiale des jeunes pour le climat qui s’est déroulée le 15 mars, soit 1,6 millions de jeunes engagés issus de plus de 125 pays. Merci, les jeunes! Faut-il dès lors s’attendre à voir prochainement Anuna en politique? « Si je devais un jour rejoindre un parti politique, je devrais avoir une place au parlement. Je suis aussi arrogante que ça! », dit-elle d’un ton résolu.

Ces derniers mois, vous avez parlé avec tellement de figures politiques dans toute l’Europe. Sommes-nous désormais sur la bonne voie, en comparaison avec d’autres pays?

« Pas du tout, la Belgique est une catastrophe! Un si petit pays, la capitale de l’Europe, et nous nous débrouillons aussi mal. Même après que notre pays ait été un des grands catalyseurs du mouvement mondial, nos hommes politiques n’ont toujours pas compris! Quand je parle avec des hommes politiques, j’entends toujours le même refrain. Que cela ne doit pas aller trop vite et que nous devons d’abord tout bien soupeser. Le système politique en Belgique est fait pour prendre des décisions lentement. C’est bien, mais pas en temps de crise! Ils font tous comme si on avait encore 100 ans, ce qui n’est malheureusement pas le cas! Le politique procrastine depuis tellement longtemps que nous devons maintenant opérer un changement radical. Le temps où on demandait aux gens de ne plus acheter de bouteilles en plastique est révolu. Nous devons maintenant bannir les bouteilles en plastique des magasins! »

Font-ils tellement mieux ailleurs?

« Non, mais il faut tout voir à l’échelle. La Belgique a la taille d’une ville en Espagne. Et nous n’avons pas moins de quatre ministres du climat, juste pour donner un exemple. J’étais récemment avec un de nos ministres du climat, deux semaines après qu’il avait débuté son mandat. Je lui ai demandé s’il s’était déjà assis autour de la table avec les trois autres ministres. Il s’est avéré que non. Ce n’est pas possible pour moi! Et quand on voit comment dans la perspective des élections les différents partis se descendent mutuellement pour faire passer leur propre agenda, on se décourage. Nos hommes politiques doivent se parler en tant que personnes, plus en tant que politiciens. Collaborer et comprendre l’essence de leur travail. Ils ont l’obligation de transmettre la planète en bon état à la génération suivante! »

Des ambitions internationales

Cela ne vous dit toujours rien de vous lancer en politique?

« Non, pas en Belgique! Je n’ai aucune envie de me mêler à ce jeu d’enfant. Mais je trouve que la politique est très intéressante. Ces différents systèmes économiques et le fonctionnement de la société, cela me passionne énormément. J’essaierai toujours d’influencer la politique. Et si je devais un jour rejoindre un parti politique, je devrais avoir une place au parlement. Je ne veux pas juste être sur une liste. Je suis aussi arrogante que ça! Mais j’ignore quel parti aurait ma préférence. »

Avez-vous déjà reçu des offres de certains partis?

« Presque tous les partis politiques de notre pays m’ont demandé de les rejoindre. Mais je préférerais m’attaquer à la problématique du climat au niveau international. Je sais que c’est ambitieux, mais je me suis constitué un grand réseau et des gens connaissent mon nom. Quand des présidents de parti citent votre nom dans des débats et vous utilisent comme exemple, cela veut dire que vous leur avez fait impression. De cette façon, j’ai déjà apporté ma petite pierre. Je crois que j’ai de ce fait la possibilité d’évoluer plus vite. J’ai, par exemple, déjà reçu des offres de la London School of Economics. Prochainement, je vais y publier un rapport académique. »

Un pion de Groen

Dimanche, nous devons tous aller aux urnes. Malheureusement, vous ne pouvez pas encore voter. Si vous le pouviez, quel parti aurait votre préférence?

« Je ne pense pas que je voterais pour un parti, mais plutôt pour une personne. Mais bon, je ne peux pas encore voter, donc inutile d’en parler. Je suis frappée par le fait que énormément de gens pensent que je suis un pion de Groen, mais le climat est l’enjeu le plus global qui puisse exister! Ce n’est pas de gauche ou de droite. Et les hommes politiques qui affirment encore cela, n’ont vraiment rien compris. J’espère que lors de ces élections les gens vont voter pour une ‘climate justice’. Peu importe le parti. Le climat doit être la priorité lors de la prochaine législature, donc j’espère que la prochaine coalition majoritaire sera une coalition climatique! »

Avez-vous toujours été aussi radicalement passionnée par le climat?

« Mes parents sont des activistes et ils m’ont appris depuis toujours que si on veut changer quelque chose, il faut passer à l’action au lieu de se plaindre. J’ai aussi toujours eu un avis bien tranché, même si j’ai déjà souvent remarqué qu’on ne m’en sait pas gré. Tout comme Greta Thunberg, je dis les choses comme elles sont. Je pense que nous avons besoin de cette brutalité juvénile. »

La conscience tranquille

Votre célébrité a-t-elle eu un grand impact sur vous?

« Une tête connue, c’est pratique parce que vous arrivez plus vite chez les gens que vous voulez atteindre. Mais notre mouvement en Belgique avait tout simplement besoin de quelqu’un pour raconter l’histoire. Cela aurait tout aussi bien pu être quelqu’un d’autre. Et oui, beaucoup de gens me haïssent, mais cela ne me fait pas grand-chose. Je trouve que c’est pire quand les gens vous agressent physiquement, ce qui m’est arrivé une fois quand je me rendais un soir à une fête. C’était des jeunes de Schild & Vrienden. Je ne pense pas qu’ils sont mes plus grands fans. » (rires)

Avez-vous atteint votre but avec Youth For Climate?

« Non, mais ce n’est pas notre faute! C’est un fail des politiques. Je suis convaincue que nous avons vraiment fait tout ce que nous pouvions. C’est pourquoi j’aurai la conscience tranquille si notre pays devait être confronté à des inondations. J’aurai au moins essayé. Mais je suis loin d’être satisfaite. Si l’ambition du politique n’augmente pas de toute urgence, ils vont certainement nous revoir dans les rues! Nous savons où nous devons aller. Sachez-le aussi! »

Koen De Nef

« Make The World Greta Again » passe le 23 mai à 20h30 en première sur VICELAND, la chaîne TV de VICE.