Festival de Cannes 2019: accueil chaleureux pour la première mondiale du film «Le Jeune Ahmed» des Dardenne

AFP / L. Venance

Jean-Pierre et Luc Dardenne ont présenté lundi après-midi sur la Croisette leur dernier long métrage «Le Jeune Ahmed», dans le cadre de sa projection en compétition. Déjà «double-palmés» avec «Rosetta» et «L’Enfant», les frères et l’équipe du film ont été applaudis chaleureusement par le public à l’issue de la séance.

«C’est toujours un plaisir de pouvoir présenter un film ici. C’est extraordinaire et en même temps se mélange à cela de l’inquiétude, du stress, de la tension» quant à la manière dont va être reçu le film, reconnait Jean-Pierre Dardenne, interrogé par Belga.

Avec «Le Jeune Ahmed», qui sortira en salles mercredi, les Dardenne posent leur regard sur l’islam radical, à travers le parcours d’Ahmed, un préadolescent endoctriné par un imam fondamentaliste.

«Comme nous avons l’habitude de dire que le cinéma que nous faisons essaie de regarder le présent (…) de nos sociétés et ses enjeux, on s’est dit qu’après les attentats, tous ces gens tués, ces massacres, ce serait de la lâcheté de notre part de ne pas essayer de s’y confronter et d’apporter un éclairage sur ces événements tragiques», explique Jean-Pierre Dardenne.

Une démarche de fond

Pour cette nouvelle production, les réalisateurs liégeois ont majoritairement fait appel à de très jeunes comédiens belges et sans expérience ou à des acteurs peu connus. «Il nous semblait qu’il ne fallait pas que la possible reconnaissance d’une carrière de l’un ou l’autre comédien puisse interférer dans le récit (…). Ce ne sont pas des acteurs dont l’image pourrait être un obstacle entre le public et le jeune Ahmed», poursuit Jean-Pierre Dardenne.

«Au départ, on avait essayé de prendre des personnages de 18-25 ans et puis on s’est rendu compte qu’en agissant de la sorte, les seules manières de sortir de ce fanatisme étaient des façons très romanesques, trop angéliques, trop faciles et qui manquaient absolument de respect par rapport à tous ces gens assassinés», indique pour sa part Luc Dardenne. «C’est en partant d’un personnage plus jeune comme Ahmed que l’on s’est dit qu’on allait pouvoir filmer quelqu’un pris dans l’idéologie mortifère de la religion radicalisée et en même temps qui lui échappe. Parce que mettre un enfant sous influence, c’est plus facile.»

Sur quelque 500 candidats pour le rôle principal, une centaine ont participé au casting, lors duquel Idir Ben Addi s’est distingué des autres. «Il nous a tout de suite beaucoup plu. Il avait le ton juste et le rythme aussi», se rappelle Luc Dardenne.

Pour mener à bien leur projet, les cinéastes ont rencontré des professeurs d’islam, des personnes issues du milieu judiciaire, des psychanalystes (qui s’occupent de la déradicalisation), des juges, des policiers, des éducateurs ou encore des imams (aussi appelés conseillers philosophiques). «On a eu deux conseillers principaux, un pour le scénario et un pour le tournage, pour tout ce qui a trait aux rites religieux, afin de respecter la manière de faire les gestes, les ablutions, les prières…», souligne Luc Dardenne.

L’écriture du scénario a pris un an, plus de temps que d’ordinaire. «Si l’on compare avec les films précédents, ici il a fallu se documenter davantage», note Jean-Pierre Dardenne. «Et puis on a fait plusieurs versions. On a commencé avec des personnages plus âgés et on est venu vers un personnage plus jeune», ajoute son frère. Le duo, habitué de la Croisette, a présenté neuf films à Cannes depuis 1996, le premier à la Quinzaine des réalisateurs et les huit autres en compétition, notamment «Le Silence de Lorna» (2008), «Le Gamin au vélo» (2011), «Deux jours, une nuit» (2014) ou plus récemment «La Fille inconnue» (2016). Mais aussi «Rosetta» en 1999 et «L’Enfant» en 2005, qui lui ont valu des Palmes d’or.

En parallèle à leur dernière création «Le Jeune Ahmed», les frères sont également représentés en compétition par le biais de sa société de production «Les films du fleuve», impliquée dans «Sorry, We Missed You» de Ken Loach. «Le Jeune Ahmed» et «Sorry, We Missed You» sont en lice notamment face à «The Dead Don’t Die» de Jim Jarmush (présenté en ouverture), «Once Upon a Time… in Hollywood» de Quentin Tarantino, «Douleur et gloire» de Pedro Almodóvar ou encore «Une vie cachée» de Terrence Malick.