Élections 2019: Le climat se fait une place dans les programmes

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Belga / P. H . Verlooy

Les marches pour le climat ont mis la question écologique au centre de l’attention pour la campagne électorale. La prochaine coalition gouvernementale aura beaucoup à faire pour rattraper le retard pris en matière de lutte contre le réchauffement climatique.

Les résultats de la Belgique en matière de lutte contre le réchauffement climatique ne sont pas bons. S’il fallait ne se référer qu’à un indice pour en juger, ça pourrait être le point d’avancement de la Belgique pour remplir les objectifs qui lui ont été assignés par l’Union européenne. Le pays fait partie des cinq États européens qui dévient le plus de leur trajectoire pour les atteindre, selon un rapport publié par la Commission européenne publié en novembre dernier. L’objectif fixé pour 2020 ne sera pas atteint, et la réalisation de celui fixé pour 2030 semble encore plus hypothétique. Se tenir à cette trajectoire doit permettre de réduire de 45% les émissions d’ici 2030, ce qui sera d’ailleurs insuffisant pour respecter l’accord de Paris et maintenir le réchauffement climatique en deçà de 1,5ºC, notent plusieurs experts.

Le rapport de la Commission ne s’étend pas sur les raisons des difficultés de la Belgique à avancer. Mais du côté des ONG et scientifiques, on pointe du doigt le système décisionnel du pays, les trois régions et le fédéral ayant bien des difficultés à répartir les efforts. Un cycle de séminaires académiques organisés l’an dernier par l’Université Saint Louis déplorait l’éclatement des compétences et la rigidité du système, qui opèrent comme des freins. Cela a poussé des milliers de citoyens à réclamer une loi climat, qui redéfinirait le cadre de travail et fixerait des objectifs ambitieux au pays.

Du côté des élus, on a vite compris qu’il faudrait adapter sa communication en vue du prochain scrutin. Ce sentiment a été confirmé par la vague verte enregistrée à l’occasion des municipales d’octobre dernier. Tout le monde a adapté son programme, afin de mettre en avant ses idées pour réduire les émissions de CO2 du pays et ne pas faire partie des cancres de l’Union européenne en la matière. Au vu de la trajectoire suivie au cours des dernières années, cela ne se fera pas sans un effort conséquent.

Les idées des principaux partis

Tour d’horizon des propositions des différents partis pour lutter contre le réchauffement climatique.

PTB

L’écologie au PTB, c’est la «révolution climatique». Le parti de Raoul Hedebouw veut fixer à 60% la réduction des émissions de CO2 d’ici 2030, soit plus que les 35% qui sont actuellement visés, afin de parvenir à la neutralité carbone en 2050. Pour y parvenir, il plaide en faveur d’une gouvernance plus efficace. Il demande qu’il n’y ait plus qu’un seul ministre du climat, et non plus quatre comme c’est actuellement le cas. Celui-ci devrait être un super-ministre, et avoir dans ses compétences le climat, la mobilité et l’énergie.

Belga / E. Lalmand

Du côté des transports, un des secteurs les plus polluants, le PTB plaide pour augmenter les fréquences des transports en commun, avec quatre trains par heure entre chaque ville, par exemple, et des investissements en personnel et en matériel pour assurer la ponctualité. Il recommande de suivre l’exemple du Luxembourg et de rendre les transports publics entièrement gratuits. Enfin, le parti souhaite rendre les TGV plus accessibles, et souhaite développer les trains de nuits en coopération avec les pays voisins. Cette dernière option, négligée au cours des 20 dernières années, séduit à nouveau les usagers qui y voient un moyen d’éviter l’avion sur des trajets de moins de 1.000 kilomètres.

 

Ecolo

L’un des grands combats d’Ecolo pour la mandature à venir, sera la mise en place d’un budget mobilité pour tous. Les verts proposent de mettre en place un système qui concerne tous les travailleurs (et non plus uniquement ceux disposant de salaires déjà élevés). Chaque travailleur recevrait un montant pour financer ses déplacements. Le système pourrait être financé par une révision de la fiscalité portant sur les voitures de société, avec un objectif clair: beaucoup plus de travailleurs dans les transports en commun, et moins dans les voitures individuelles. Les verts réclament un investissement de 7 milliards € dans les transports en commun pour augmenter l’offre et renforcer la ponctualité.

Belga / N. Maeterlinck

Emmanuel Disabato, tête de liste pour les élections régionales dans la zone Mons Borinage, souligne également le besoin de préserver les petites lignes et gares de la SNCB en zones rurales. «Si on veut inciter chacun à se passer de voiture, il faut offrir des alternatives à la hauteur», plaide-t-il.

Enfin, la nature étant le meilleur moyen de capturer les émissions de CO2, Ecolo plaide pour la fin de l’étalement urbain d’une part, et la création d’espaces verts dans les villes. Chacun doit pouvoir en trouver un à moins de 300 mètres de chez lui, plaident les verts. Cela permettrait notamment de limiter les épisodes de pollution aux particules fines.

 

PS

Les socialistes souhaitent augmenter l’offre de logements sociaux en région bruxelloise, et verdir ces logements: ils prévoient un investissement de 540 millions € dans l’isolation et l’amélioration énergétique d’ici 2028. Cela doit permettre de réduire les dépenses de chauffage des habitants, et limiter les émissions de CO2.

AFP / J. Watson

Le parti de Paul Magnette est bien conscient que la question de la mobilité sera essentielle pour permettre à la Belgique d’atteindre ses objectifs climatiques. Le chef de groupe à la Chambre, Ahmed Laaouej, plaide pour une diminution du nombre de voitures de sociétés. Il les accuse, en plus de polluer, d’être responsables des files, qui coûtent chaque année 4 milliards € à l’économie du pays, selon les chiffres de la FEB. Il plaide également pour la gratuité des transports en commun, afin d’en faire la solution numéro parmi les solutions de transport.

 

cdH

Coté transport, le cdH plaide, lui aussi, pour une révision du système des voitures de sociétés. Les humanistes veulent le limiter aux véhicules peu polluants. De l’autre côté, ils plaident pour un investissement de 3 milliards € dans les transports en commun à Bruxelles et en Wallonie.

Le cdH souhaite également allouer 5 milliards € pour rénover les logements. Cela doit permettre de diviser par deux la facture énergétique des ménages, et réduire de 30% les émissions de CO2 du secteur.

Belga / J. L. Flemal

Enfin, en zone rurale, le cdH plaide pour la plantation de 100.000 arbres sur la législature, et la plantation chaque année de 110 km de haies. En outre, il propose de mettre un terme à la vente de chaudières à mazout d’ici 2030, à condition toutefois que des alternatives crédibles et abordables soient disponibles.

 

Défi

Le parti amarante compte lui aussi sur l’isolation énergétique pour réduire les émissions de CO2 du pays. Il plaide en faveur d’un système de bonus-malus du précompte immobilier lié au niveau de performance énergétique des biens immobiliers. Toujours au niveau fiscal, il se positionne en faveur d’une taxe kilométrique intelligente sur tous les véhicules. Celle-ci remplacerait les taxes actuelles comme la taxe de mise en circulation. «Il faut taxer l’utilisation de la voiture plutôt que sa possession», résume Bernard Clerfayt. «Cela permettra de moduler l’utilisation de la voiture, de faire baisser son usage aux heures de pointe et inciter certains conducteurs à décaler leurs déplacements. Et l’argent de cette taxe ira au développement d’alternatives dignes de ce nom».

Belga / P. H. Verlooy

Au niveau des transports en commun, le parti amarante plaide pour l’établissement d’une vision à long terme. Quatre nouvelles lignes de métro pourraient ainsi être envisagées afin de proposer des alternatives efficaces à Bruxelles. Enfin, le parti entend appliquer au plus vite le pacte énergétique, confirmant la sortie du nucléaire et favorisant les énergies renouvelables.

 

MR

Du côté du MR, l’accent est mis sur le besoin d’augmenter la production d’électricité décarbonée. Elle sera effectivement indispensable pour alimenter l’électrification du parc automobile que les libéraux appellent de leurs vœux. L’une des solutions est de miser sur l’éolien en mer. Le parti peut s’appuyer sur les avancées obtenues par le gouvernement sortant dans ce domaine: cette source d’énergie représente actuellement 5% de la production, et va doubler d’ici 2020, grâce à la mise en service de nouveaux parcs. «D’ici 2030, l’éolien répondra à 20% de la demande totale», estime-t-on au MR.

DPA

Une des autres mesures en faveur de l’écologie dans le programme libéral est la lutte contre l’obsolescence programmée. Le parti entend imposer aux fabricants de mettre à disposition des consommateurs des pièces de rechange. Plusieurs textes étaient sur la table du précédent gouvernement, mais aucun accord n’a pu être trouvé entre les partenaires de la majorité, et malgré le soutien d’Ecolo.