La pollution lumineuse, un danger pour la santé

Ph. D.R

Panneaux publicitaires, vitrines de magasins, lampadaires… les lumières artificielles éclairent les nuits des grandes villes. Et pourtant, l’abus d’éclairage est la première cause de pollution lumineuse. Aujourd’hui, 83% de la population mondiale est d’ailleurs touchée par ce phénomène et ne connaîtrait pas la nuit noire.

Quelle soit appelée pollution lumineuse ou ‘photopollution’, de plus en plus de lumières artificielles inondent la Terre. Un problème qui affecte non seulement la santé humaine mais également celle des animaux et des plantes. Selon une étude publiée en 2017 dans la revue Science Advances, qui se base sur l’analyse des observations par satellite de la Nasa, la quantité ainsi que l’intensité, de l’éclairage planétaire ont augmenté de 2% environ par an entre 2012 à 2016.

La pollution lumineuse provient en grande partie de l’éclairage public et industriel, comme l’explique, de son côté, Dark Sky Lab, un bureau d’études français spécialisé dans ce problème et ses impacts sur les écosystèmes. Selon ses recherches, cette lumière artificielle est émise directement vers le ciel -ce qui conduit à une perte d’énergie importante- ou bien «réfléchie par les terrains et bâtiments environnants».

La diffusion de cette lumière va alors former des halos lumineux visibles de loin, provoquant l’extinction du ciel nocturne et la visibilité des étoiles. Avec une vue dégagée, il serait en effet possible de distinguer à l’œil nu près de 3.000 étoiles contre une centaine actuellement, écrit, à ce propos, l’association pour la Sauvegarde du Ciel et de l’Environnement Nocturnes (ASCEN) sur son site. Un tiers des personnes de la planète serait ainsi privé de la vision de la Voie lactée.

Les LED pointées du doigt

Par ailleurs, l’étude publiée dans la revue Science Advances montre que cette pollution lumineuse est aggravée en grande partie par la nouvelle technologie telle que les lampes à diode électroluminescentes (LED) utilisées pour éclairer non seulement les logements mais également les rues, les enseignes de magasins et les panneaux publicitaires. Alors que ces lampes sont considérées comme moins gourmandes en électricité, et générant donc moins de CO2, leurs effets positifs sur la pollution lumineuse sont moins importants que prévu. La cause? Au vu de sa faible consommation en énergie, la technologie LED a été, en réalité, utilisée pour augmenter le nombre d’installations lumineuses à l’extérieur. Un problème qui se fait déjà ressentir dans le nord du Chili, où la pollution lumineuse menace la profonde obscurité nocturne dont ont besoin les astronomes pour utiliser leurs télescopes.

La lumière bleue émise par les LED est également pointée du doigt. «Ces LED ont quelque chose de néfaste pour l’environnement puisqu’il s’agit souvent d’un éclairage blanc avec une forte composante bleue, à laquelle nous, les êtres humains et les mammifères, sommes très sensibles», rappelle Francis Venter, président de l’ASCEN. Selon Fabio Falci, un chercheur de l’Institut italien de la technologie et de la science de la pollution lumineuse (ISTIL), «les niveaux lumineux de la technologie LED et ses couleurs pourraient entraîner un doublement voire un triplement de la luminescence du ciel pendant des nuits noires». «Transformer la nuit en jour et penser que cela n’aura pas de conséquences paraît un peu futile», s’alarme Francis Venter.

Des effets indésirables

Outre une consommation excessive d’énergie, la pollution lumineuse a également des effets sur notre santé. La présence de lumière en pleine nuit perturbe en effet le rythme circadien, l’horloge biologique, ce qui peut accroître le risque de cancer, de diabète et de dépression.

D’autres effets indésirables concernent la faune et la flore. C’est le cas de l’impact de cette pollution sur la dormance des végétaux qui leur permet de survivre aux rigueurs de l’hiver. Selon une étude des chercheurs de l’Université d’Exeter, publiée en 2016, l’utilisation de la lumière artificielle serait également à l’origine de l’avancée du bourgeonnement des arbres au printemps. Mais cette pollution impacte également la vision et l’orientation des animaux et notamment des oiseaux migrateurs, qui, en l’absence d’étoiles visibles qui les guident, sont déviés de leur trajectoire. L’ASCEN rappelle également que des milliards d’insectes meurent chaque nuit d’épuisement en volant autour des lampadaires.

Laura Sengler

Quid de la législation?

Bien que quelques pays aient déjà sauté le pas en légiférant contre la pollution lumineuse, la Belgique semble encore à la traîne sur le sujet.

Face à l’impact négatif de la lumière artificielle, de nombreux gouvernements ont déjà adopté des mesures concrètes permettant de lutter contre ce phénomène. En 2002, la République Tchèque était le premier pays à légiférer sur une limitation progressive du flux lumineux des systèmes d’éclairage extérieur. En 2012, le gouvernement chilien, dont le paradis des astronomes est menacé par la pollution lumineuse, adoptait une nouvelle norme de réduction de l’éclairage pour contrer ce fléau.

Après des arrêtés concernant les publicités et les enseignes en 2012, ainsi que l’éclairage intérieur des bureaux et vitrines en 2013, la France imposait à son tour, fin d’année passée, des mesures pour lutter contre la mise en lumière du patrimoine, des équipements sportifs et des sites d’observation astronomique. Un temps d’extinction la nuit a par ailleurs été rendu obligatoire pour un certain nombre de lieux.

Ph. D.R

La Belgique à la traîne

Chez nous, actuellement aucune législation spécifique ne règle le problème. À Bruxelles, les zones Natura 2000, sites naturels ou semi-naturels européens, sont cependant protégées par Bruxelles Environnement. L’Institut Bruxellois pour la Gestion de l’Environnement doit délivrer une autorisation avant la mise en place de sources lumineuses afin que celles-ci ne viennent pas gêner la biodiversité.

Côté wallon, aucun cadre régional n’encadre non plus réellement cette problématique, comme le confirme le cabinet du ministre de l’Environnement, Carlo Di Antonio. «Sauf s’il y a une plainte parce que la lumière d’une vitrine empêche tout le quartier de dormir, il n’y a pas de réglementation qui impose l’une ou l’autre contrainte dans ce domaine», nous confirme-t-on. Cependant, le Plan Lumière 4.0, qui concerne le remplacement et la modernisation des infrastructures d’éclairage sur les grands axes autoroutiers wallons, a été imaginé en tenant compte de l’impact de la pollution lumineuse. Le choix des luminaires a été fait afin de protéger au maximum la faune et de la flore.

Face à l’absence de législation, le PS a introduit, en février dernier, une proposition de résolution, auprès du Parlement wallon, visant à réduire la consommation énergétique et la pollution lumineuse liées à l’éclairage nocturne non résidentiel. Le parti demande notamment l’obligation d’extinction, pendant une partie de la nuit, des éclairages commerciaux, de locaux inoccupés et des publicités lumineuses.

Ph. D.R

(ls)