Comment faire de son jardin un paradis pour les abeilles sauvages

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Ph. Colette Seignez

Faire de son jardin un paradis pour les abeilles sauvages est tout à fait possible. Une étonnante diversité d’espèces peut y vivre si l’on favorise tout ce qui est nécessaire à leur cycle de vie: massifs monofloraux de plantes sauvages, fauches bien gérées, arbres fruitiers, bois mort ou talus ensoleillé sont quelques-uns des éléments utiles aux abeilles toute l’année.

L’une des abeilles sauvages les plus connues est l’osmie cornue. Elle vit proche de l’homme et est facile à reconnaître avec son abdomen roux et le reste de son corps noir. Nous ne la remarquons qu’en mars-avril, à la saison des amours, lorsqu’elle explore les hôtels à insectes, utilisés pour pondre ses œufs. Elle y fabrique des cellules séparées par une cloison de terre dans lesquelles elle amasse une réserve de nourriture formée de pollen et de nectar. La constitution de ce «pain de pollen», sur lequel elle pond ensuite son œuf, nécessite dix à trente voyages entre le nid et les fleurs butinées. Ses allers-retours ne passent pas inaperçus. Un jour, les orifices des cavités sont bouchés avec de la terre et tout redevient calme. La période de reproduction est terminée, et les imagos meurent petit à petit.

L’importance des plantes séchées

Quand on veut aider les insectes, il faut favoriser les éléments indispensables à tout leur cycle de vie. Les plantes séchées après la floraison peuvent par exemple être aussi importantes que les fleurs. Certaines espèces d’abeilles nichent dans leurs tiges creuses. Tout faucher équivaut donc à détruire les nids.

Un peu plus tard au printemps, c’est l’andrène fauve qui sort littéralement de terre. Comme 80% des abeilles sauvages de Wallonie, elle creuse son nid dans le sol. Le principe de ce terrier est le même que celui des osmies: des cellules sont construites et remplies de nourriture. Les nids de l’andrène fauve se trouvent souvent au pied des groseilliers, dont elle est un des principaux pollinisateurs. En avril, on croise aussi l’andrène cinéraire, l’andrène gravide ou l’andrène culrouille.

Massif de fleurs locales

En juin, l’anthidie à manchettes vole à son tour dans les jardins. Les mâles sont très territoriaux et défendent leur massif monofloral contre tout ce qui bouge à proximité. Cette stratégie est destinée à rencontrer les femelles. En effet, elles collectent surtout sur des lamiacées, en particulier l’épiaire des bois. Chaque femelle a besoin de mille fleurs pour constituer les réserves alimentaires d’une seule cellule larvaire! Le mâle le sait bien; il lui suffit donc de choisir un massif de taille suffisante pour être certain d’y croiser une femelle. Mais si les fleurs sont fauchées alors que l’abeille a commencé ses collectes, elle abandonne ses pontes. Si les tontes ou les fauches sont bien gérées, ce risque disparaît.

À l’approche de l’été, les abeilles actives deviennent encore plus nombreuses. En Wallonie, c’est fin mai que l’on rencontre le plus d’espèces dans leur période de vol (et donc de nidification). Osmies, andrènes, mégachiles, anthidies, halictes, chélostomes… sont de sortie. Plus tard en été, les abeilles masquées du genre Hylaeus et les mélittes viennent compléter ce tableau. Un vrai feu d’artifice! Sur l’ensemble du pays, 350 espèces pollinisent beaucoup d’arbres et la majorité des fleurs.

Le gîte et le couvert

Pour accueillir le maximum d’espèces, il faut avant tout augmenter la diversité du jardin en ressources florales. Il faut des fleurs pour chaque saison, pour les généralistes et pour les spécialistes, plutôt en massif monofloraux qu’éparpillées en prairie. Et surtout, il faut des fleurs locales. Le lien entre les abeilles et les fleurs, construit en 100 millions d’années, ne peut pas être reproduit avec des fleurs venues d’ailleurs ou modifiées par l’horticulture pour des raisons esthétiques. De plus ces dernières contiennent souvent de nombreux pesticides.

Voilà pour le couvert. Qu’en est-il du gîte? 80% des espèces locales nichent dans le sol. Un petit nombre des 20% restant occupe les hôtels à insectes. Ils ne sont donc que d’une faible utilité pour les abeilles. Pour favoriser les abeilles au jardin, il est plus efficace de planter un massif monofloral d’une espèce locale de fleurs sauvages. Si en plus des tiges séchées sont laissées toute l’année, si un peu de bois mort et un talus ensoleillé sont présents, les abeilles trouveront certainement où nicher.

Jean-Sébastien Rousseau-Piot

Plus d’infos sur les pollinisateurs sur https://sapoll.eu