La Malédiction de la Dame Blanche : « Quand j’ai lu le scénario, je n’ai pas fermé l’œil de la nuit »

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Dans ‘The Curse of La Llorona’ (‘La Malédiction de la Dame Blanche’), l’actrice américaine Linda Cardellini incarne une assistante sociale qui se voit confier un étrange dossier: celui d’une maman latino qui a enfermé ses enfants dans un placard. Maltraitance, conclut Linda, mais les histoires de fantômes que raconte la mère hystérique, ne s’avèrent pas si abracadabrantes que cela.

Linda Cardellini est une habituée des histoires à faire peur. Sa toute première expérience d’actrice était dans une série horrifique pour adolescents ‘Bone Chillers’, ensuite elle a joué dans l’étrange thriller ‘Strangeland’ (sur un tueur en série qui trouve ses victimes sur internet) et surtout: elle a joué à deux reprises le rôle de l’intelligente Velma dans les films ‘Scooby-Doo’.

Après des rôles dramatiques remarqués dans ‘Brokeback Mountain’, ‘Mad Men’ et ‘Green Book’ notamment, elle revient au film d’horreur avec ‘The Curse of La Llorona’. De la légende latino dont s’inspire le film, elle n’avait encore jamais entendu parler, mais son personnage ne la connaissait pas non plus, cela tombait bien donc.

Linda Cardellini: «Je n’ai découvert le mythe de La Llorona que lorsque j’ai appris qu’ils voulaient faire un film sur le sujet. Alors, je me suis renseignée auprès d’amis d’origine latino, et j’ai découvert que la plupart avaient grandi avec cette histoire. Ou que leur grand-mère était terrifiée par ce spectre. J’étais donc quand même curieuse de lire le scénario. Mon erreur a été de commencer la lecture le soir, alors que j’étais seule à la maison. Je n’ai pas fermé l’œil cette nuit-là. (rires)»

Qu’est-ce qui vous effrayait tant?

«J’en avais des sueurs froides, parce que La Llorona s’en prend à des enfants surtout. Elle veut les enlever pour qu’ils prennent la place de ses propres enfants. Elle a noyé ses enfants dans un accès de folie, et depuis des siècles elle erre de par le monde, en pleurant et en cherchant ses enfants disparus. Je suis moi-même une maman et je ne peux rien m’imaginer de pire.»

La Llorona est une légende typiquement latino. Vous avez plutôt des origines italo-américaines. Quelles sont les histoires à faire peur de votre enfance?

«Je suis la plus jeune d’une famille de garçons. Mes frères adoraient me flanquer la trouille. J’ai toujours eu une imagination très fertile aussi. C’est la raison pour laquelle je suis devenue actrice, en fin de compte. Ce n’était donc pas très difficile de me faire peur. Ils me faisaient croire qu’il y avait quelqu’un dans mon placard ou sous mon lit, et moi je tremblais sous ma couette.»

Étiez-vous fan des films d’horreur dans votre enfance?

«C’était ce que je préférais par-dessus tout, probablement pour arriver à contrôler mes angoisses. Quand c’était Halloween, j’organisais toujours des petites fêtes et, avec mes camarades, je regardais alors des films qui font peur. J’adorais surtout ‘Nightmare on Elm Street’ (‘Les Griffes de la Nuit’). Freddy Krueger me terrifiait à chaque fois – l’idée que quelqu’un puisse entrer dans mes rêves et s’en prendre à moi à un moment où je suis si vulnérable et sans défense.»

Cela faisait un petit temps que vous n’aviez pas joué dans un film d’horreur. Avez-vous délibérément évité le genre?

«Peut-être bien, car il retombe souvent dans des clichés. Je trouvais que ‘The Curse of La Llorona’, se distinguait cependant, du fait aussi que c’était très différent de ce que j’avais fait jusque-là. Ce qui m’a surtout attirée, c’est que le film parle de trois femmes: moi-même, la mère et la Llorona. Mon personnage ne dépend pas d’un mari. Elle se débrouille seule. C’est une mère célibataire qui essaye de protéger ses enfants, contre un pouvoir surnaturel qu’elle ne comprend pas du tout. Je trouvais amusant aussi de tourner à Los Angeles. Je pouvais rentrer chez moi tous les soirs et j’avais l’impression de vivre dans l’histoire.»

Êtes-vous superstitieuse?

«Je l’étais dans le temps plus qu’aujourd’hui, même s’il en reste encore quelque chose. Je touche toujours du bois pour me souhaiter bonne chance, et je n’aime pas qu’on ouvre un parapluie dans la maison ou qu’on casse un miroir. Il est difficile de ne pas être superstitieux du tout. Vous entendez ces choses-là quand vous êtes jeune et elles s’incrustent dans votre esprit. Êtes-vous superstitieux?»

J’ai une superstition un peu bizarre: je caresse le fuselage d’un avion avant de monter à bord, comme si c’était un cheval et que je voulais l’apaiser.

«Vraiment? Bonne idée. Je pense que je le ferais aussi désormais.»

Peut-être que cela ne marchera plus maintenant que j’en ai parlé. Si je m’écrase d’ici peu, ce sera votre faute.

«Ne dites pas ce genre de choses! (rires)»

Ruben Nollet

En quelques lignes

Y aurait-il un genre cinématographique où la surprise joue un rôle plus important encore que dans le film d’horreur? Si vous voulez faire peur aux spectateurs, vous devez en effet veiller à constamment brouiller les pistes et à leur donner le sentiment que tout est possible. Vous déclencherez ainsi leur imagination et vous n’aurez plus qu’à les cueillir, tous d’un coup. Voilà en fait le problème crucial de la famille en pleine expansion des ‘Conjuring’, à laquelle appartient aussi ce ‘Curse of La Llorona’. Hormis des histoires qui se rejoignent (indirectement), tous ces films sont enfermés dans un carcan stylistique. James Wan -ici producteur- avait impressionné avec le premier ‘Conjuring’ et, avant cela aussi avec le premier ‘Insidious’, mais entre-temps le monde a bien compris la petite mécanique du surnaturel avec ses effets de terreur latente. ‘The Curse of La Llorona’ parvient à faire illusion pendant un moment grâce à la richesse de la mythologie latino-américaine sur laquelle repose son histoire et grâce à des acteurs convaincants. Mais ces atouts-là ne suffisent pas non plus finalement à compenser un manque cruel de peps et de fraîcheur.(rn) 2/5