En Australie, le « recyclage » du plastique est un leurre

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AFP / Brendan Smialowski

Le propriétaire d’une usine de traitement des déchets, en Australie, a révélé  que la plupart des plastiques réutilisables de son pays finissaient dans des décharges locales ou étaient même expédiés vers des dépotoirs en Asie du Sud-Est.

Pour l’émission « 60 Minutes », Haydn Brehemy, propriétaire d’un service de collecte de Melbourne, a en effet admis qu’il ne savait plus quoi faire face à cette tendance qui a débuté lorsque la Chine a commencé à refuser les déchets plastiques australiens l’an dernier.

L’Inde ayant emboîté le pas, tout comme d’autres pays asiatiques, ces déchets sont depuis lors de plus en plus expédiés en Malaisie.

« Ce n’est pas parce que nous mettons les plastiques dans la poubelle et que nous fermons le couvercle qu’il sera pour autant recyclé », a-t-il admis. « Ce n’est pas un business très sexy… Le plastique est une douleur dans le fondement. Je lève les bras à chaque fois que je le vois. Mais si je ne peux pas m’en débarrasser, que me reste-t-il à faire? Le manger? »

Il n’est toute fois pas le seul à en avoir marre de ce système, selon le Daily Mail. Les habitants de la Malaisie ont également exprimé leur colère. « Nous sommes traités comme des toilettes », a expliqué l’un d’eux. « S’il vous plaît, aidez-nous en n’envoyant plus vos déchets dans notre pays », a ajouté un autre.

La Malaisie submergée

L’Australie a envoyé plus de 71.000 tonnes de déchets plastiques aux pays en développement en seulement 12 mois. Bien que certains Malais soient heureux d’accepter les déchets, la plupart des usines, généralement situées juste à l’extérieur de Kuala Lumpur, la capitale malaisienne, sont illégales et dangereuses.

La ministre malaisienne de l’Environnement, Yeo Bee Yin, a admis que l’afflux de déchets australiens dans son pays était en train de devenir un défi. Elle a même dû fermer près de 150 usines illégales depuis juillet 2018.

« Je ne blâme pas l’Australie … Je pense que la plupart des gens ne savent pas que cela se produit. »

D’après le Daily Mail, les organisations australiennes de gestion des déchets et du recyclage ont demandé au gouvernement une réaction rapide afin d’investir dans des infrastructures pour que ces déchets plastiques puissent être traités sur place au lieu d’être stockés dans des entrepôts ou mis en décharge à l’étranger.

« Je pense que la plupart des Australiens sentent qu’on leur a menti, je crois qu’ils sont déçus », a déclaré le fondateur de Plastic Forests, David Hodge. « Nous n’avons pas construit d’infrastructure. Nous n’avons pas pensé à l’avenir. Maintenant nous en sommes là et nous nous noyons sous le plastique. »

L’industrie australienne du recyclage du plastique s’est appuyée sur la Chine durant deux décennies jusqu’à ce pays interdise près de 24 types de déchets solides, y compris le plastique, en janvier 2018. L’Inde, qui était le quatrième importateur de déchets australiens, a suivi les traces de la Chine en mars dernier.

« Si la Malaisie, le Vietnam et la Thaïlande adoptaient des interdictions d’importation de déchets similaires à celles de la Chine, l’Australie devrait trouver des marchés de substitution sur les marchés intérieur ou d’exportation pour environ 1,29 million de tonnes de déchets par an, sur la base des quantités exportées pour 2017-2018 », a conclu une analyse commandée par le ministère de l’Environnement et de l’Énergie.