Roméo Elvis sort la grosse artillerie pour « Chocolat »

Photo D.R.

Il est déjà très présent dans les médias actuellement, mais attendez-vous à ce qu’il le soit encore bien plus dans les prochaines semaines. C’est en effet ce 12 avril que sort le nouveau Roméo Elvis, «Chocolat», son premier album «solo», selon ses dires.

Après ses aventures avec Le Motel, et son carton en duo avec sa sœur Angèle pour « Tout Oublier », le Linkebeekois nous revient avec un panel de beatmakers de haut vol et des invités de marque dont Matthieu Chedid et Damon Albarn.

Quand on écoute l’album et que l’on voit la liste des intervenants, on sent une vraie envie de monter à l’échelon supérieur.

« Oui, bien sûr. On s’est donné les moyens financièrement. Et on a produit l’album avec plus de monde et plus de technique. Ça se ressent beaucoup dans la musicalité. »

Dans cet album, on n’est pas complètement dans le rap, mais parfois dans le rap chanté, notamment dans le single « Malade ».

« Je me suis davantage permis des choses, étant donné que j’étais tout seul. Pour mes projets précédents, je travaillais avec Le Motel. Je pense que cet album ressemble plus à ce que j’ai écouté et ce qui m’a directement influencé. Cela pouvait aussi être de la chanson, de la pop… J’aurais peut-être pu faire cela depuis plus longtemps si j’avais été plus rapidement à mon aise dans le milieu, et si j’en avais eu les moyens. »

Quand vous avez sorti le tracklist, les fans ont eu un peu peur que vous sortiez de la sphère rap.

« C’est toujours le cas tant que l’album n’est pas sorti. C’est excitant également. Ça me fait également un peu peur, mais tant que le projet n’est pas sorti, je ne peux que miser sur leur curiosité. »

Le premier morceau s’appelle « Intro », mais il ressemble à la clôture d’un ancien chapitre.

« Je ne dirais pas la clôture, mais c’est un regard sur ce qui s’est passé jusqu’à présent. J’y parle de Caballero & JeanJass, Lompal, L’Or du Commun, Le Motel… Musicalement, c’est une sorte de clin d’œil à ce qu’il s’est passé. Et, comme ils ne sont pas omniprésents dans cet album, c’était cool de revenir sur eux dès le départ. Parce que ce sont les personnes qui m’ont le plus apporté dans la musique. »

C’est un morceau de remerciement?

« Il y a une partie hommage à la fin, mais au début, je raconte plein d’autres choses. Il y a notamment un point de vue sur l’industrie de la musique et aussi sur les aspirations que j’avais voulu mettre dans cet album. »

Vous y chantez d’ailleurs: « On travaille plus la com’ que le disque ». C’est l’impression que vous avez?

« Pas quand je travaille sur ma musique, mais je crois que c’est un fait chez beaucoup d’artistes aujourd’hui. Comment on va parler autour, comment on va communiquer sur le produit en tant quel tel, etc. Et malheureusement, le résultat ne suit pas, la plupart du temps. »

On y entend également une injonction: « Sors-nous un album! Sors-nous un album! ».

« Ce sont plus les voix dans ma tête qui me disaient de sortir un vrai truc. Je sais que j’ai un public qui m’écoute depuis longtemps et qui est un peu plus puriste sur le rap, la musique et les rimes riches. Et je sais qu’il m’attend au tournant, parce que j’ai fait beaucoup de morceaux assez populaires ces derniers temps qui sont passés en rotation en radio. Et il pourrait avoir tendance à se dire ‘Oh, il a arrêté de faire du rap, Roméo Elvis. On va voir ce que ça va donner’. »

Mais ce que vous allez peut-être perdre d’un côté, vous le regagnerez de l’autre.

« Oui, mais je ne pense pas que je vais les perdre parce que l’album est méga-rap, avec plein de rimes riches. Il est juste plus complet que les albums que j’ai pu faire avant. Il prend beaucoup plus de directions. »

Dans le texte, vous rajoutez « J’ai perdu du temps à vouloir plaire à tout le monde ».

« C’est surtout pour dire que je suis sensible au regard des gens, je suis susceptible, je fais attention à ce qu’on dit sur moi. Et ça me pèse parce que ça me fait perdre du temps. Ce qui plaît le plus aux gens, c’est mon attitude un peu désinvolte et nonchalante, alors que paradoxalement je suis très susceptible. Du coup, j’essaye de plaire à tout le monde parce que je ne me sens pas bien quand j’ai des avis négatifs. Dans la musique, je pense que je me suis freiné un peu trop. Mettre tout le monde d’accord, ça ne sert à rien. Je ne peux pas plaire à tout le monde. »

Comment Damon Albarn a-t-il débarqué sur votre album?

« C’est à travers les labels qui l’ont contacté pour voir si ça l’intéressait. Des gens au sein de Barclay ont lu toutes les interviews que j’ai pu faire. Ils se sont rendu compte que je parlais souvent de Damon Albarn et Matthieu Chedid, et du coup ils ont proposé de les contacter. J’ai dit oui. Avec Matthieu Chedid, ça n’a pas pu se faire physiquement, on a fait ça par téléphone, et ça s’est très bien passé. Puis on s’est rencontré pour l’émission ‘Taratata’. Quant à Damon Albarn, il était chaud tout de suite aussi. Par contre, il fallait qu’on se voie pour le faire, il n’aimait pas faire ça à distance. Il a dit ‘Je serais à Paris de telle date à telle date, débrouillez-vous pour me trouver un piano et un studio’. Ils ont trouvé, il est venu avec quelques personnes, il a enregistré son truc et il est parti. C’était super, en deux heures, avec une bonne alchimie, une bonne ambiance, il a bu de la Duvel. Dans le milieu du rap, on a l’habitude de parler de thunes directement pour les featurings. Quand tu demandes un artiste, on te dit directement les tarifs. Et là, par chance, on a eu un Damon Albarn qui était juste chaud pour faire le morceau et qui voulait que l’on se voie pour le faire. C’était un beau moment. »

C’est justement un morceau avec du gospel.

« C’était une idée que l’on a trouvée avec Vladimir Cauchemar et Damon Albarn en studio. Il était à fond dessus. Mais il a très clairement participé au morceau, c’est lui qui joue le piano. C’était de l’impro. »

On y croise également Zwangere Guy.

« Je sais qu’il y a une partie de mon public qui vient de Flandre. Les médias m’ont beaucoup mis en avant. Du coup, on a une notoriété en Flandre avec Le Motel, et j’avais envie de faire un morceau en flamand pour rendre la pareille. »

La France attend beaucoup cet album, tout comme elle a attendu celui d’Hamza sorti il y a quelques semaines. La scène bruxelloise s’impose de plus en plus dans l’Hexagone.

« Oui, ça fait déjà depuis 2016, avec Hamza, Damso, etc. D’ailleurs, Hamza est même plus connu à Paris qu’à Bruxelles, c’est un truc de ouf. C’est un acteur de la scène qui est très présent. Il a même été invité par Drake sur la scène de Paris-Bercy en disant ‘best french rapper’ sans savoir qu’il était belge. (rires) »

Parmi les beatmakers de cet album, on retrouve ce Vladimir Cauchemar qui est quelqu’un qui aime garder son anonymat.

« C’est un mec méga drôle. C’est ma rencontre de 2018. C’est le gars que je connais depuis un an et demi et avec qui je m’entends comme si je le connaissais depuis dix ans. On a une super alchimie, il est super rigolo, détendu du cul à fond. Et c’est surtout un grand musicien et compositeur. Il pèse vraiment très lourd dans le game de la musique. Il a juste mis un masque. Dans le domaine, il connaît tout le monde, il a fait des tubes de fou. Il est très très fort. Il nous a amené une expertise qu’on n’avait pas. C’est celui qui m’a le plus inspiré que cet album. »

Pourquoi avoir choisi le morceau « Chocolat » pour donner le titre à l’album?

« C’est venu assez tôt, c’est l’un des premiers morceaux que j’ai fait pour l’album. Il m’a marqué, j’ai gardé le nom pour avoir un titre éponyme. Les premières prod’ que j’ai reçues, c’était ‘Malade’ et ‘Chocolat’. J’étais à Los Angeles, il y a un an. Quand je l’ai écouté, j’ai commencé à avoir les oreilles qui frétillent. C’est un peu le morceau qui a donné le ton. »

Vous êtes tête d’affiche au festival de Dour, en plus d’y être curateur d’une scène.

« C’est très excitant. Je suis avec ma liste de courses. Il y a plusieurs noms qu’ils avaient de toute façon l’intention d’inviter. Mais Dour, c’est aussi une histoire de famille. J’ai été festivalier pendant sept ans, puis j’ai commencé avec L’Or du Commun en 2014. J’y ai joué trois fois. J’y vais pour participer ou au minimum pour regarder. Et là, j’ai pu inviter des DJ anglais comme Shy FX que personne n’aurait invités. Je suis content d’avoir pu me faire plaisir. »

Il y a des grandes salles qui se remplissent en France.

« Il y a le Zénith de Paris qui est complet, et on a ouvert pour Bercy. On va même faire une tournée des Zéniths en France jusqu’en 2020. C’est un truc de dingue. Et ici, on doit encore remplir Forest National. »

Sur les réseaux sociaux, j’ai vu passer une photo de vos parents devant l’Olympia pour Angèle. Ils doivent un peu halluciner, non?

« Oui, ils hallucinent clairement. Je ne sais pas s’ils s’habituent. Je n’ai pas d’enfants, mais pour des parents, ça doit être le truc le plus ouf du monde: voir ta petite fille qui remplit deux fois l’Olympia, qui explose les scores, et moi qui m’en sort pas mal aussi. »

Et en même temps, en plus.

« Oui, complètement. Mais je ne m’en rends pas toujours compte. Je suis toujours à l’ouest. Et pourtant, on fait des trucs de dingue. Avec ‘Tout oublier’, on a battu Stromae en radio. On est le morceau le plus écouté de Belgique depuis qu’on a créé l’Ultratop. Mais c’est mieux que je ne m’en rende pas compte, tant que j’arrive à en profiter. Ça me permet de viser plus loin. »

Pierre Jacobs