Le crowdfunding, ou le pouvoir de la foule

Après plusieurs années d’existence et la multiplication des plateformes en ligne, le financement participatif séduit toujours plus. Le crowdfunding poursuit sa croissance et s’affirme peu à peu comme un outil financier à part entière, soutenu par la foule, «le crowd».

Un secteur qui croit

On l’oublie souvent mais le crowdfunding est un outil presque aussi vieux que le monde: la statue de la Liberté de New York ou la Sagrada Familia à Barcelone ont été financées par des souscriptions publiques, soit des financements participatifs, équivalent aux modèles collaboratifs que l’on trouve aujourd’hui en ligne. Depuis la crise financière de 2008 une partie de la population se tourne vers des financements «alternatifs». Ainsi depuis l’apparition des premières plateformes en ligne on compte en Belgique plus de 90 millions d’euros donnés, prêtés ou investis sur ce type de plateformes de financement. La majorité de ces financements ont été effectués ces trois dernières années, en partie suite à la réglementation du 1er février 2017 qui organise désormais leur statut juridique et leur fonctionnement.

Le crowdfunding se mue en complétant les canaux de financement traditionnels, et pour les particuliers il fait maintenant entièrement partie d’un éventail de solutions au financement d’un projet. De nouvelles technologies financières émergent (appelées «fintechs») et innovent, comme par exemple les cagnottes en ligne souvent utilisées pour des projets très personnels, ou le microcrédit vers des projets dans le Sud comme le fait OikoCredit. En effet le crowdfunding s’utilise aussi bien de manière très locale, ou complètement tournée vers l’international, et ceci avec différentes fonctions, comme pour faire du don, du prêt ou de l’investissement.

La finance d’en bas

Les entreprises durables et les projets d’énergie durable constituent une part croissante du marché du financement participatif. Une explication possible à cela est que ces projets, en plus de la perspective d’un retour financier, vont dans le sens d’une prise de conscience de la nécessité de devenir plus durables et éthiques. À l’heure du réchauffement climatique, le crowdfunding devient un outil d’action citoyen; ainsi selon une étude de l’université de Liège, plus d’un tiers des Belges envisagent de recourir au crowdfunding pour soutenir des projets à impact social. Sur Growfunding, plateforme active à Bruxelles depuis 4 ans, on compte 1,2 millions d’euros collectés pour 148 projets citoyens et 12 000 contributeurs. Le principe est simple: on finance en échange de contreparties liées au projet. La plateforme LITA.co quant à elle s’est spécialisée dans l’investissement direct dans des entreprises à fort impact social ou environnemental. On retrouve sur la plateforme des entreprises qui ont ouvert leur capital aux citoyens, comme par exemple la coopérative färm ou les vélos Billy… Là le modèle est différent puisque les individus prennent littéralement part à l’entreprise, en devenant actionnaire, et peuvent même bénéficier d’une réduction fiscale allant jusque 45% des montants investis. Sur LITA.co les entreprises sont analysées à la loupe avant tout financement. Pour le millier d’investisseurs solidaires qui y investit, c’est une manière de reprendre le pouvoir sur son argent en l’investissant soi-même dans des entreprises porteuses de sens.

Relever les défis

Aujourd’hui le crowdfunding est un secteur qui progresse, et de fait connaît plusieurs défis de taille.

Utilisé comme un outil démocratique, il fédère des communautés derrière un projet ou une entreprise. La promesse qui est faite aux utilisateurs est de contribuer au développement d’une idée, d’un projet, et donc de voir quelque chose grandir, concrètement, suite à une participation financière. Fédérer ses communautés veut aussi dire créer du lien social, de l’impact sociétal. L’autre promesse du crowdfunding c’est la liberté de choix: choisir quoi financer, avec quel instrument, quelle implication et sur quelle durée.

Alors que des banques s’emparent petit à petit du modèle, il convient de conserver la transparence et la traçabilité inhérentes au fonctionnement de ces plateformes. Il est par exemple demandé aux plateformes agréées de fournir une information claire sur les risques financiers et les coûts liés à leurs investissements, notamment les risques d’insolvabilité et les critères de sélection des projets. De même la publication chaque année des taux de défaut des projets proposés par les plateformes pourrait servir tout le secteur, notamment car, selon une étude de Douw & Koren, la Belgique est à la traîne au niveau international: le Belge place en moyenne 2 euros par an en crowdfunding. En France, c’est 5 euros, aux Pays-Bas, 13 euros et au Royaume-Uni, c’est même plus de 100 euros. La Belgique a donc encore de quoi alimenter la foule.

Céline Bouton

LITA.co est une plateforme de crowdfunding spécialisée dans les entreprises à fort impact sur la société et/ou l’environnement.