Alia Cardyn revient pour un troisième roman « L’envol »

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Jusqu’où êtes-vous prêt à aller pour vous faire aimer? Dans son troisième roman «L’envol», Alia Cardyn imagine des personnages en quête d’amour. Des personnages attendrissants remplis d’espoir.

Votre roman a comme toile de fond une légende, appelée la légende de Black, selon laquelle tous les 27 juillet, les habitants assistent à une renaissance. Vous avez donc rythmé votre livre autour de cette date.

«J’ai toujours été fort différente, pour le pire et le meilleur. J’ai donc une façon différente à chaque fois de raconter les choses. Pour moi, ça m’a paru évident de retrouver ces personnages une fois par an. Je trouvais que ça rendait l’intrigue plus dynamique et plus originale. Cela me permettait aussi de faire fi de certaines évolutions, de certains détails qui ne sont pas toujours nécessaires. J’aimais l’idée de retrouver mes personnages à chaque fois en ce jour de renaissance, qui les pousse à une remise en question.»

Ce n’est pas le seul procédé narratif que vous utilisez dans votre roman. Vous mélangez le ‘je’ avec le journal intime de l’héroïne Thea et les lettres de sa mère, et la 3e personne du singulier.

«J’avais envie de mettre un maximum de présence et de donner la parole à plusieurs personnages. Il y a des procédés qui s’imposent naturellement pour ce genre d’intrigues. Et comme j’ai des lecteurs très intelligents, je sais qu’ils ne vont pas se perdre (rires). Ce n’est pas forcément quelque chose de planifié ou de réfléchi. Cela m’apparaît comme ça, comme une évidence. Je voulais que la mère de Théa apparaisse dans le livre et lui transmette une énergie. Comme dans mon histoire elle est morte, le procédé des lettres me paraissait opportun. Même quand on a disparu, je pense qu’on est toujours vivant d’une certaine façon, c’était donc important qu’elle soit présente.»

La mère de Théa a beaucoup d’influence sur la vie de sa fille.

«Je voulais qu’elle transmette à sa fille différentes choses. Tout d’abord, les secrets. Je pense que les non-dits sont des prisons pour les êtres. Théa avait besoin de se libérer. Sa mère lui transmet, à travers ses lettres, la sagesse qu’elle a. Elle a essayé de concentrer tout son amour à travers ses lettres, elle voulait accompagner sa fille au mieux qu’elle le pouvait. L’écriture des lettres était la plus facile pour moi. Quand j’écrivais, je savais que tout faisait sens. Je l’écoutais parler, j’aimais le son de sa voix dans ma tête. Bon, je ne sais pas si je dois raconter ça à un psychiatre (rires).»

Était-ce le fait qu’elle soit maman qui vous a fait plus écho?

«Je ne me suis pas projetée, l’écriture n’a pas fait écho à ma vie personnelle. Bizarrement, je n’ai pas pensé à ma propre mort en tant que mère.»

Jill, la maman de Théa, s’excuse de toute la situation et tente d’expliquer qui est vraiment son père et pourquoi il est si froid avec elle.

«J’aime quand on est face à des personnes qui nous paraissent antipathiques mais dont on peut expliquer ce manque de sympathie par leur histoire. Souvent, on a une tout autre perspective quand on connaît leur passé. On peut commencer à les aimer. Cette construction me fait du bien. J’aime penser que derrière la méchanceté, la froideur, il y a une souffrance. Que si cette souffrance est dénouée, cela peut apporter du meilleur chez la personne. Jill devait l’aider à comprendre un peu plus son père, à comment réagir pour gagner un peu plus son amour.»

Votre roman commence fort. Votre héroïne se jette d’une falaise.

«C’est la première scène qui m’est venue avant l’écriture du roman. J’étais à une soirée annuelle, qui se donne à un très bel endroit, avec mes amis. J’ai vu une belle jeune fille monter les marches accompagnée d’un garçon. Je me suis demandé ce qu’il se passerait si cette jeune fille disparaissait. Si lors de cette soirée annuelle, il y a finalement une personne de moins. Quel impact cela aurait? À partir de là, plein de scénarios étaient possibles. J’étais à la mer du Nord avec mes enfants quand j’ai pensé à ce saut. Je ne connaissais pas plus que cela mon personnage, je ne savais pas encore pourquoi il allait sauter. Je trouve ça très stimulant pour la créativité!»

Votre roman parle-t-il d’amour ou plutôt de désamour?

«J’ai l’impression que mes personnages sont tellement remplis d’espoir et d’amour! Pour moi, l’amour est intrinsèquement contenu dans le désamour pour mes personnages. Ils sont tellement déterminés à obtenir l’amour que le désamour est juste une étape. J’ai une vision très optimiste des choses! On est toujours en quête d’amour et parfois, on traverse une phase de désamour.»

Un des messages principaux de votre livre est qu’il faut se battre coûte-que-coûte pour ce et ceux qu’on aime.

«Le lien est super important. Personnellement, je trouve qu’il est essentiel de se battre pour essayer d’être proche des uns des autres. Ces sujets s’imposent à moi inconsciemment.»

Maïté Hamouchi