Au Rwanda, la patiente traque des génocidaires

AFP

A l’écart des regards indiscrets, dans une rue de Kigali, trois pavillons d’apparence anodine abritent une équipe d’enquêteurs et de procureurs rwandais. Ils sont chargés de traquer dans le monde entier les responsables présumés du génocide de 1994.

La GFTU («Genocide Fugitives Tracking Unit») a été créée en 2007 pour enquêter sur les responsables en fuite du génocide de 1994. Il a fait, selon l’Onu, au moins 800.000 morts, essentiellement au sein de la minorité tutsi. Les responsables du pays espèrent toujours les traduire en justice. «Son mandat était d’enquêter et de préparer les dossiers d’accusation contre les fugitifs encore dans la nature, en dehors du pays», explique le porte-parole du parquet général qui chapeaute l’unité.

Certains des concepteurs du génocide sont passés devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), qui a fermé ses portes fin 2015 après avoir prononcé plusieurs dizaines de condamnations. Les exécutants, eux, ont comparu devant les tribunaux populaires. Entre 2005 et 2012, les «gacaca» ont jugé près de deux millions de personnes, pour un taux de condamnation de 65%. Mais un quart de siècle après, nombre de donneurs d’ordres ou de petites mains du génocide sont toujours en fuite, dispersés dans le monde entier, de pays voisins à l’Europe ou au continent américain, et même jusqu’en Australie.

Grâce au travail de la GFTU, le Rwanda a obtenu le retour sur son sol de 19 génocidaires présumés, et 22 personnes ont été jugées à l’étranger, dont l’ex-major Bernard Ntuyahaga, qui a purgé vingt ans de prison en Belgique pour les meurtres de dix Casques bleus belges le 7 avril 1994. Mais cela reste un grain de poussière dans l’immensité. Quand les gacaca ont achevé leurs travaux, ils ont donné à la GTFU une liste de près de 72.000 fugitifs qui avaient été condamnés par contumace, car on ignorait où ils se trouvaient.