Bouli Lanners en papa poule dans « C’est ça l’amour »

103

En quinze ans, Bouli Lanners (‘Eldorado’, ‘Tueurs’) s’est taillé une place de choix dans le cinéma belge francophone, devant comme derrière la caméra. Celle du gars tellement sympa qu’on pense le connaître. Mais il parvient encore à nous surprendre, comme dans sa nouvelle comédie, ‘C’est ça l’amour’. Un très joli film réalisé par Claire Burger (‘Party Girl’), et dont le tournage en famille lui a beaucoup plu.

Pour vous, c’est quoi l’amour?

Bouli Lanners: «Ah ça, c’est la question qui tue, il faut venir voir le film! Parce que c’est impossible de répondre. Dans notre histoire, c’est un mélange de petits gestes qu’un père et ses deux adolescentes ont les uns pour les autres. La mère est partie, mais ils ne se jugent pas et tentent de rester bienveillants. Ça, c’est une forme d’amour.»

L’alchimie avec les comédiennes jouant vos filles crève l’écran.

«J’ai proposé de faire une semaine de ’constitution de la famille’ à ma maison. Vivre ensemble, tout bêtement: faire le petit-déjeuner, la vaisselle, passer les uns après les autres à la douche, tout ce qui constitue l’intimité d’une famille. On a créé une proximité pour pouvoir jouer ensemble en pyjama, et pour oser se prendre dans les bras.»

Le film est presque autobiographique pour Claire Burger. Vous êtes-vous reconnu dans le rôle de son père?

[hésite] «… Non! Mais je me serais reconstruit comme Mario si j’avais eu le même parcours de vie. Mes parents voulaient absolument que je devienne fonctionnaire, parce que j’avais raté tout le reste. J’aurais pu rester dans une petite ville de province, puisque je viens de la communauté germanophone. J’aurais aussi pu vivre une usure de couple, et je pense que je l’aurais très mal vécu. Et j’aurais pu me reconstruire grâce à l’art, comme Mario.»

Ce rapport entre la culture et la province est important dans le film?

«Très! Claire s’est inspirée de sa propre ville, Forbach (Nord de la France, NDLR). Un lieu en déclin économique total, où le rôle de la culture est essentiel. C’était une ville communiste avec une ’scène nationale’ (soutien à la diffusion de l’art contemporain dans les théâtres publics français, NDLR). Claire a donc grandi toute sa vie avec une offre culturelle forte, qu’on n’a pas l’habitude de voir dans une si petite ville. C’est pour ça que c’est important pour elle de mettre de la musique classique dans le film. On peut être prolétaire ou de la classe moyenne, et aimer Mozart. Ce n’est pas que pour les bourgeois.»

Le film est très comique, comme lorsque Mario prend de la drogue à son insu.

«C’était la scène la plus casse-gueule du scénario. Jouer un mec qui prend une pilule devant ses filles, on aurait pu tomber dans la caricature un peu glauque. Mais ça a pris une tout autre dimension, tendre et drôle. Sur le tournage, je me sentais comme… pété! On est entrés dans cette scène comme si elle était réelle, et ça marche car j’ai vraiment de l’affection pour Justine et Sarah (les comédiennes, NDLR). La grande se rendait compte que j’utilisais mes vrais sentiments pour improviser, et la plus jeune ne captait pas tout mais se laissait porter. Un vrai moment de grâce. C’est devenu l’affiche du film.»

Vous êtes un des plus grands noms du cinéma belge francophone. C’est le succès du film ’Eldorado’ en 2008 qui a tout changé?

«Oh oui! C’était une année charnière, avec ‘Eldorado’ d’une part, qui m’a donné une certaine reconnaissance comme réalisateur, et ’Louise Michel’ d’autre part, qui sortait au même moment et a cartonné en salles. Disons que j’ai été identifié, voilà.»

Vous allez tourner votre prochain film en anglais. Racontez-nous.

«Je sors sérieusement de ma zone de confort, oui. C’est une histoire d’amour située dans le Nord-Ouest de l’Écosse, avec des comédiens de là-bas. On suit une dame presbytérienne de 60 ans, qui va faire un pas de côté sur ses principes. Elle décide de mentir pour se faire aimer, une fois, dans sa vie. C’est un scénario que j’ai écrit là-bas. Je vais souvent en Écosse.»

Votre dernier gros coup de cœur ciné, c’était quoi?

«’The Revenant’, avec DiCaprio. Je sais que tout le monde l’a vu il y a quatre ans, mais pas moi. J’ai vraiment flashé, c’est complètement le genre de film que je rêve de faire.»

Stanislas Ide

En quelques lignes

Mario (Bouli Lanners) est un homme gentil et serviable, mais sur le plan émotionnel, il a du mal à se débrouiller seul. Lorsque sa femme Armelle lui annonce, après 20 ans de mariage, qu’elle a envie de changer de vie, il ne sait pas quoi faire. Il doit désormais s’occuper aussi de ses deux filles en pleine puberté, et la communication avec les adolescentes n’est vraiment pas évidente. Dans l’espoir de pouvoir quand même continuer à voir Armelle de temps en temps et -qui sait- la reconquérir, Mario s’inscrit à un projet amateur au théâtre où sa femme travaille. Pour son premier long-métrage solo, la réalisatrice et scénariste Claire Burger s’est inspirée de sa propre vie, et cette authenticité crève l’écran. Le portrait familial émouvant vous broie le cœur avec toute une série de détails touchants et des dialogues très bien écrits, sans jamais verser dans le sentimentalisme ou le drame surfait. ‘C’est ça l’amour’ prend une situation inhabituelle (ce n’est pas le père qui quitte la famille), y place une poignée de personnages ciselés, confie le tout à un groupe d’acteurs au talent extraordinaire et prend plaisir à voir le résultat. Un plaisir pleinement partagé.(rn) 4/5