Élections 2019: Le PS veut la gratuité des transports en commun

Belga / T. Roge

La mobilité sera l’un des enjeux majeurs des élections du 26 mai. Le chef du groupe PS à la Chambre, Ahmed Laaouej, dresse les priorités de son parti. Il plaide pour un réinvestissement dans le rail, et pour la gratuité, en faveur notamment, des jeunes.

Vous dressez un bilan très critique de la mobilité en Belgique, et notamment autour de Bruxelles.

«Tout le monde se rend compte que la mobilité pose problème. Il y a urgence à améliorer les transports en commun, qui sont un élément essentiel pour lutter contre le changement climatique et décongestionner les routes. Mais, au PS, nous insistons pour que la politique de mobilité intègre la notion de solidarité. La lutte contre le changement climatique ne doit pas se faire au détriment des plus pauvres.»

Concrètement, par quoi cela peut-il se traduire?

«L’un des points forts de notre programme en vue des prochaines élections et d’aller vers la gratuité des transports en commun. Cela doit se faire progressivement, tranche par tranche. On peut commencer par l’offrir aux jeunes, afin que les transports en commun entrent dans leurs habitudes. Se tourner vers le métro ou le train doit être le premier réflexe pour aller d’un point à un autre. Il faudra ensuite étendre le dispositif aux autres tranches de population, notamment aux seniors.»

LE TRAIN

La SNCB doit être l’axe structurant de la mobilité dans et vers Bruxelles?

«Le train est la solution la plus efficace sur ce genre de trajets. Or, le bilan du fédéral en la matière est mauvais. Les navetteurs voient au quotidien les conséquences de la coupe budgétaire de 3 milliards € décidée par le gouvernement. Ce choix a des répercussions sur la ponctualité, et des gares et des guichets ont fermé, ce qui complique la vie des usagers. Je ne parle même pas des retards du chantier du RER…»

Les navetteurs voient au quotidien les conséquences de la coupe de 3 milliards € dans le budget de la SNCB

Le ministre de la Mobilité, François Bellot, souligne tout de même avoir rendu possible le nouveau plan de la SNCB, qui inclut une hausse de l’offre de 5,1%…

«Le ministre assure qu’il a refinancé la SNCB avec son plan pluriannuel d’investissements. Mais celui-ci prévoit 1 milliard€ par an, alors que le gouvernement précédent avait prévu 2milliards € par an! Ce sont donc 3 milliards € qui ont disparu. Il faut réallouer ces trois milliards pour moderniser infrastructures, et augmenter le nombre de places. On ne peut pas continuer avec l’austérité, qui empêche de développer des transports en commun satisfaisants.»

LA STIB

La région bruxelloise réfléchit à lancer les travaux du métro nord. C’est une bonne idée?

«Nous avons besoin de ce métro. Au PS, nous soutenons totalement le projet. Ça reste la formule qui présente le plus d’avantages en termes de capacités et de fréquences.»

Belga

Certains redoutent que ce projet ne tarde à se concrétiser, comme c’est le cas pour le RER, et préféreraient soutenir des solutions moins chères et plus rapides à mettre en œuvre…

«C’est vrai, construire ce métro sera long et coûteux. Mais il faut savoir ce que l’on veut. Le gouvernement bruxellois, au contraire du fédéral, a poursuivi les investissements dans la Stib, afin de moderniser les infrastructures et augmenter les capacités. Il faut continuer dans cette voie, tout en faisant avancer le RER. Offrir des solutions aux navetteurs pour qu’ils laissent leur voiture en bordure de Bruxelles est impératif.»

Il faut offrir des transports plus tard en soirée

L’un des problèmes rencontrés par les usagers des transports en commun bruxellois est le manque de transport en soirée.

«Il est nécessaire de réduire les temps d’attente en fin de journée. Sur les axes structurants, on ne doit pas attendre plus de dix minutes. Nous plaidons également pour une plage horaire plus étendue, afin d’offrir des transports plus tard en soirée, tout en continuant à développer le réseau Noctis pour ceux qui veulent rentrer vraiment tard le week-end.»

LE VÉLO

Le vélo est une solution efficace pour de nombreux déplacements en ville, et parfois même entre deux villes.

«Le vélo a un rôle à jouer dans la nouvelle mobilité. À ce titre, je suis ravi que la Chambre ait adopté, en commission, notre proposition de réduction de la TVA de 21 à 6% sur les vélos. Le texte doit encore être voté en plénière, puis ce changement fiscal devra être validé par la Commission européenne. Cette mesure facilitera l’achat de vélos, et notamment de vélos électriques. On peut espérer une réduction de 150 € sur un achat à 1.000 €, c’est important.»

LES VOITURES DE SOCIÉTÉ

Les voitures salaires ont la cote en Belgique, et sont accusées par l’OCDE d’être responsables des files. Que faire de ce dossier?

«Les voitures de sociétés représentent près de 10% du parc automobile belge. C’est énorme! Et elles représentent une part importante des voitures qui arrivent à Bruxelles, et provoquent les files. Je rappelle tout de même que, selon la FEB, les embouteillages coûtent 4milliards€ par an à notre économie. Si on règle le problème et qu’on réinjecte cet argent dans le circuit économique, on gagne sur toute la ligne! Il y a donc urgence à agir de ce côté-là.»

Belga / B. Fahy

Le budget mobilité adapté par le gouvernement doit permettre de réduire le nombre de voitures salaire.

«C’est une bonne chose, mais quel dommage que cela arrive si tard… Le gouvernement s’est obstiné avec son idée de Cash for car, qui a été un échec complet. Les partenaires sociaux l’avaient pourtant mis en garde… Le budget mobilité est une meilleure solution. Quoi qu’il en soit, il faudra continuer à réduire le nombre de voitures de sociétés. Car outre le coût économique, le trafic a un coût sur la santé important. Les médecins, à défaut de le chiffrer de manière précise, le ressentent déjà de manière empirique, notamment du fait du nombre de personnes présentant des problèmes respiratoires.»

Ahmed Laaouej, un habitué des transports en commun

Le chef du groupe du PS à la Chambre est un défenseur des transports en commun. Et pour cause : ce spécialiste des questions fiscales n’a pas le permis de conduire. « Je me débrouille très bien sans », assure-t-il. « Je suis un habitués des transports en commun. Certains disent que c’est trop lent… Pour ma part, j’apprécie le moment passé dans les bus et trams. C’est l’occasion de lire un livre, jeter un œil aux nouvelles… Il faut savoir se poser de temps en temps. Bien sûr, le fait de ne pas conduire est parfois embêtant. Mais même en cas d’urgence, je trouve toujours une solution. »

Belga / N. Maeterlinck

Habitué des chiffres, il est conscient du coût que représente le développement d’un réseau de transports en commun efficace, notamment s’il doit être gratuit. « Certaines dépenses ont vocation à être financées par la collectivité, et je pense que c’est le cas des transports », plaide-t-il. « Oui ça coûte de l’argent. Mais il faut savoir faire des choix politiques dans l’intérêt de tous. La situation actuelle de la mobilité et le changement climatique imposent des décisions fortes. »