Le recensement des sans-abris dans l’UE est une urgence pour un collectif d’ONG

Belga / V. Lefour

Recenser le nombre de sans-abris dans l’UE pour mieux s’attaquer à cette urgence: un collectif d’associations, qui veut imposer le thème du logement dans le débat politique européen, formule une série de propositions dans un rapport publié jeudi, le « 4e regard sur le mal-logement en Europe », co-écrit par la Fédération européenne des associations nationales travaillant avec les sans-abri (Feantsa) et la Fondation Abbé Pierre (Fap).

A deux mois des élections européennes, ces ONG dénoncent « l’inexistence d’un suivi européen cohérent du mal-logement et de la privation de domicile », et notamment l’absence de tout recensement des sans-abris à l’échelle de l’UE. L’office européen des statistiques « Eurostat ne propose pas d’outil pour évaluer cette question (…) ça pourrait être un mécanisme mis en place par l’UE et les nouvelles institutions nommées », après les élections, a expliqué à l’AFP Chloé Serme-Morin, coordinatrice du rapport pour la Feantsa.

700.000 personnes concernées

Hormis en Finlande, le nombre de sans domicile fixe (SDF) a augmenté dans tous les pays de l’UE ces dernières années, assure-t-elle. Selon les calculs de la Feantsa, il y a actuellement dans l’Union 700.000 personnes à la rue ou en hébergement d’urgence ou temporaire, contre 410.000 il y a dix ans, soit un bond de 70%. Le logement n’est pas une compétence de l’UE et les textes européens abordant la question sont non contraignants pour les Etats membres. Le « Socle européen des droits sociaux », adopté par les 28 en novembre 2017 à Göteborg (Suède), stipule qu’« un abri et des services adéquats doivent être fournis aux sans-abris afin de promouvoir leur inclusion sociale ».

Nouvelles attentes

Cette déclaration, relève le rapport des ONG, « a suscité de nouvelles attentes quant au rôle de l’UE sur ce front », mais elle « n’a pas encore fait l’objet de plan de mise en œuvre concret ». « Quand on discute avec la Commission, on dirait que le logement est une île et qu’ils n’ont aucune prise dessus. C’est complètement faux », poursuit Mme Serme-Morin. Des leviers européens existent pour « réaliser le droit au logement pour tous », souligne le rapport, citant une possible hausse de l’investissement via les fonds structurels ou le programme InvestEU qui prendra la suite du plan Juncker à compter de 2021.

Autre possibilité: ajouter des contraintes sur l’hébergement dans les politiques sur la migration ou sur la jeunesse, qui sont des compétences législatives de l’UE. Dans le cadre de son « devoir » de protection des droits fondamentaux, l’UE doit aussi veiller à ce que les Etats membres « ne contribuent pas à la criminalisation et à la pénalisation du sans-abrisme ». Est ainsi montrée du doigt la Hongrie de Viktor Orban qui a fait adopter en 2018 une loi interdisant aux SDF de vivre dans les espaces publics. « Un manquement flagrant » qui exige « une condamnation ferme » de l’UE, écrivent la Feantsa et la Fap.