« Paradise », le premier album d’Hamza, le nouveau phénomène du hip-hop belge

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Photo Nico Bellagio

Le Drake français est Belge. Il s’appelle Hamza. Son univers est empreint de rap, mais surtout de RnB, de 50 Cent ou encore de Usher. Il sort un premier album « Paradise » qui fait déjà beaucoup parler de lui, et qui devrait mouche auprès d’un public déjà très présent.

Vous sortez des mixtapes depuis quelques années. Aujourd’hui sort un premier album. Le travail a-t-il été différent?

« Oui, un peu, parce que j’ai plus d’amour dans ce projet. C’est mon premier album, même si ça reste des titres. Pour chaque projet, j’essaye de mettre un maximum d’amour et de passion avec, à chaque fois, l’envie de surprendre. Il n’y a donc pas une très grosse différence mais j’ai essayé d’y mettre un peu plus de moi-même. »

Après autant de mixtapes, est-ce vraiment un premier album?

« Généralement, un premier album est un peu une carte de visite. Les gens n’ont souvent rien sorti avant. Mais c’est vrai que j’ai déjà un certain parcours. En fait, c’est l’achèvement de ce premier parcours pour moi. J’ai sorti quelques mixtapes pour créer une ‘fanbase’ assez solide. Et j’ai toujours voulu sortir un premier album au moment où je me sentais le plus à l’aise. C’était important pour moi de créer, de faire des mixtapes, d’apprendre, d’évoluer à chaque fois. »

Les thèmes restent?

« Oui, je parle un peu toujours de la même chose dans mes chansons, mais peut-être un peu plus de vie et de mort dans celui-ci parce que j’ai perdu mon père cette année. Ça m’a très fort touché et cela m’a inspiré inconsciemment. »

Le titre est ambigu. « Paradise » a un côté positif mais quand on ouvre le livret, on comprend que c’est un album hommage. Il y a un double sens.

« C’est exactement ça. Le message que l’on voulait véhiculer avec la photo de la pochette, c’est Hamza qui se noie, qui est dans le néant, entre la vie et la mort, qui demande de l’aide mais qui n’arrive pas à crier au secours. Et le titre ‘Paradise’ reste clairement dans le double sens. »

La France a été très rapidement réceptive à votre musique.

« Oui, en plus on commence à avoir une bonne petite scène belge. Et je suis très fier de voir des artistes comme Caballero & JeanJass, Damso, Romeo Elvis ou Angèle réussir. Ils ont peur en France (rires). Et avec moi, on est en train de faire un ‘take over’. Aujourd’hui, ce sont les Français qui veulent devenir Belges (rires). »

Dans votre musique, il y a un côté langoureux, presque chill out.

« Moi, j’ai découvert la musique avec le RnB. Mon père en écoutait beaucoup. Des mecs comme R. Kelly, Montell Jordan, Keith Sweat, etc. Les mélodies ont toujours fait partie de ma vie. J’ai découvert le rap plus tard. Le premier album que j’ai eu, c’est celui de 50 Cent ‘Get Rich or Die Tryin’. C’est ça qui m’a donné l’envie de faire de la musique. J’ai toujours plus kiffé le chant et la mélodie que le rap. »

On retrouve un ‘featuring’ avec Aya Nakamura.

« En fait, c’est deux morceaux en un. J’avais bossé sur ‘Dale’. J’avais fait le premier couplet, puis le refrain, et pour le deuxième couplet, je voulais une voix féminine, et j’ai pensé à Aya. Comme elle est dans le même label que moi, on s’est appelé. Elle m’a dit qu’elle kiffait ce que je faisais. Directement, on s’est échangé des trucs, on a fait une session studio à Paris, et là on a fait le deuxième morceau ‘Love Therapy’. Mais comme je trouvais qu’il y avait une continuité, je me suis dit, pourquoi pas les greffer. »

Avec SCH, on continue dans la cohérence des featurings.

« SCH, c’est un gars qui a beaucoup de flow, de références musicales et une belle écriture. Il a une manière de dire les choses qui est très différente des autres rappeurs. Ça m’a beaucoup apporté, notamment sur le morceau qu’on a fait ensemble. Je l’ai rencontré il y a deux ans, il m’avait invité à son AB, et on est devenu des amis. On se voit régulièrement à Marseille ou à Bruxelles. »

Plus inattendu, on retrouve Christine and the Queens.

« Avec Chris, c’est pareil, on se connaît aussi depuis un petit temps. C’est quelqu’un qui aime beaucoup la musique urbaine, elle écoute pas mal de rap. Elle m’avait suivi sur Instagram en me disant qu’elle kiffait ce que je faisais. Et moi aussi j’aime beaucoup ce qu’elle fait. Et là, j’avais décidé de sampler le morceau des Korgis. Et je ne voyais que Chris pour le chanter. Elle a kiffé l’idée et ça s’est fait. Comme c’était le dernier morceau, je voulais aussi un narrateur, et je l’ai proposé à Oxmo Puccino. Il a une voix très prenante et c’est une légende dans le rap français. »

Votre identité musicale est très différente de celles des rappeurs français qui restent très cloisonnés.

« C’est vrai, mais c’est un mec comme Drake qui m’inspire beaucoup. C’est un artiste qui rap mais qui ne fait pas que du rap. Tu peux le trouver sur de la pop, de la house… Et c’est crédible à chaque fois parce qu’il a installé ça dès le début. Depuis mes premières mixtapes, je chante, je fais des trucs très différents, et au fur et à mesure, les gens ont compris qui était Hamza. »

Pierre Jacobs

Hamza «Paradise»