Sandrine Kiberlain : «Il faut arrêter de vouloir assurer tout le temps»

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Pathé films

Et si on arrêtait de culpabiliser tout le temps ? C’est le message de ‘Mon bébé’, la nouvelle comédie de Lisa Azuelos (‘LOL’) avec Sandrine Kiberlain (‘9 mois ferme’, ‘Pupille’). La grande blonde aux mille et une facettes y joue Héloïse, une mère fun et débordée. Un rôle dans lequel elle s’est beaucoup reconnue.

Parlez-nous d’Héloïse, votre personnage dans ’Mon bébé’.

« Héloïse, c’est une maman. Elle gère de façon très balaise des situations graves, où d’autres n’assureraient pas forcément. En revanche, elle peut complètement angoisser sur des détails d’une banalité sans nom. C’est ce que raconte le film. Il dit aux mères qu’elles peuvent arrêter de vouloir assurer tout le temps. Lisa (Azuelos, la réalisatrice, NDLR) avait envie de déculpabiliser les mères en fait. »

C’est pour ça qu’on la voit rentrer de boîte à six heures du matin, en disant qu’elle est partie acheter les croissants?

« C’est une partie du personnage qui me séduisait vachement. C’est une femme très contemporaine. Elle a choisi la liberté, l’indépendance. Elle n’est pas parfaite. Elle merde avec les mecs, elle ne se sent jamais à la hauteur avec ses enfants. Ce sont ses défauts qui la rendent attachante. »

On pourrait même dire qu’elle est laxiste ?

« Elle est faussement cool, en fait. Son fils lui parle de marijuana. Elle attend sur la pointe des pieds que sa fille lui raconte sa première fois avec un garçon. Parce qu’on a des inquiétudes quand on est mère. On sait ce que c’est la pilule du lendemain. Et puis on est curieuse aussi. Elle a choisi de vivre les choses avec ses enfants plutôt que dans leur dos. Parce qu’elle est intelligente. Un jour, j’ai dit à ma fille : ‘Si tu as peur de me dire quelque chose un jour, dis-le-moi encore plus vite’. Et ça marche (rires). »

Le film sent le vécu. Qu’avez-vous apporté de vous-même ?

« Le personnage était déjà très écrit, et je m’y suis complètement retrouvée. Avec Lisa, on est dans la collaboration. Tout est très nourri de ce qu’elle a vécu, et je me permettais parfois d’aller plus loin. Je voulais qu’on sente une forme de liberté dans ses vêtements, par exemple. Quand je suis imprégnée d’un personnage, il y a des choses qui sortent de moi, et Lisa a réussi à les garder. C’est ce que j’aime au cinéma, voir ce qu’on ne voit pas dans la vie. Comme quand ses enfants lui disent : ‘Tu ne nous aimes pas’. Alors qu’elle passe sa vie à penser à eux. Combien de mères accusent le coup derrière une porte qui claque ? Je voulais qu’on voie Héloïse parler toute seule, se dire à elle-même que ses enfants sont tarés. »

Héloïse adore ’Tu m’oublieras’ de Larusso. C’est quoi votre chanson pop préférée ?

(Sans hésitation) « ’Encore un soir’ de Céline Dion. Et ’J’irai où tu iras’ aussi ! Je la demande systématiquement. »

Vous êtes assez active sur Instagram, mais on y trouve surtout des photos de lévriers afghans. Pourquoi ?

« Quand on est actrice et qu’on a Instagram, ça sert à dédramatiser tout ce qui nous entoure. On poste plutôt souvent parce que si on a des personnes qui nous suivent, on se dit que ça leur plaît. Moi je trouve ça difficile de montrer sa tête tout le temps. Par dérision et par envie de faire rire, je mets des lévriers. L’idée, c’est de jouer et d’être spontanée. Mais faut pas tomber dans le premier degré, sinon ça prend trop de place. »

Est-ce que vous avez des projets sur le feu ?

« Je vais peut-être travailler sur le prochain film de Bruno Podalydès. Et puis j’écris mon film à moi. »

Et vos derniers coups de cœur au cinéma ?

« ’Girl’ de Lukas Dhont, ’Jusqu’à la garde’ de Xavier Legrand, et ’Nos Batailles’ de Guillaume Senez. Y’a de la Belgique là-dedans ! »