Keira Knightley: « Je n’ai plus trop envie de me montrer à poil »

70
2019 Twentieth Century Fox

Elle a grandi sous nos yeux dans ‘Pirates des Caraïbes’ et ‘Orgueil et Préjugés’, en dessinant une image candide et presque rigide. Dans la vraie vie, Keira Knightley rit fort et balance un ‘fuck’ toutes les deux phrases, sans perdre un gramme de son élégance so british. Cette semaine, on la retrouve en pleine forme (et en costume d’époque, comme souvent) dans ‘The Aftermath’, un mélo plus original qu’il n’y paraît.

Dans ‘The Aftermath’ (‘Cœurs ennemis’), vous incarnez une femme retrouvant son mari à Hambourg au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

« Oui, c’est une histoire d’amour très adulte. Jason Clarke et moi incarnons un couple ayant souffert d’une tragédie. Ils se retrouvent après la guerre, mais changés. Comment communiquer quand votre partenaire est devenu un étranger ? En recevant le scénario, je me suis d’abord dit : ‘Et merde, encore un film sur la Seconde Guerre mondiale, est-ce que le monde a vraiment besoin de ça (rires) ?’ Alors que c’est super original de dépasser l’étape de la rencontre, et de voir deux personnages tenter de raviver leur flamme passée. »

Tout comme l’exploration de l’occupation anglaise après la défaite allemande
: on ne voit pas ça souvent…

« Exactement. Je n’avais jamais réfléchi aux efforts que ça a dû prendre pour reconstruire un continent après une telle catastrophe. Tous ces gens qui se sont entre tués doivent soudain se reconnaître en tant qu’êtres humains. Construire une paix qui dure depuis plus de 70 ans. Si on y pense vraiment, il est là le triomphe de cette génération. Plus encore que la victoire en 45. »

Votre personnage a perdu son enfant. Comment se prépare-t-on à un rôle pareil ?

« J’ai une petite fille de trois ans, et je ne peux tout simplement pas m’imaginer la perdre. Alors je suis partie du point de vue du personnage, pas du mien. J’ai donné naissance, comme elle, mais ça ne suffit pas pour habiter un rôle. Il faut bosser un peu (rires). Et je suis persuadée qu’une actrice n’ayant pas d’enfant serait tout aussi capable de jouer cela. »

Le film a été tourné avant le début du mouvement #metoo. Est-ce que les choses ont changé depuis ?

« On parle d’engager des consultants pour les scènes intimes, histoire d’accompagner les acteurs et le réalisateur dans leur dialogue. Je pense que c’est une bonne idée. Pour être très franche, je suis dans une position privilégiée où je peux dicter ce qui est confortable pour moi. Je peux dire ’oui’ et ’non’. Mon contrat est très détaillé et j’ai un droit de regard sur le montage des scènes de sexe. Mais ce n’est pas le cas pour les jeunes actrices. La question est de savoir comment protéger ces personnes-là. Mais ici on a utilisé une doublure. Je n’avais pas trop de problèmes avec la nudité avant d’avoir ma fille. Mais là, mon corps a fait ce qu’il devait faire, j’ai créé un être humain, je l’ai nourri, j’ai la trentaine bien entamée… J’ose le dire, je n’ai plus trop envie de me montrer à poil avec un parfait inconnu, dans une pièce remplie de mecs postés derrière une caméra. Ni au grand public d’ailleurs (rires). »

Qu’est-ce qui vous a donné le pouvoir de dire ’non’ ?

« Tout simplement la chance d’avoir joué dans de grands succès avant même d’avoir 18 ans. Mais je comprends à quel point c’est exceptionnel. Rien à voir avec la jeune débutante à qui l’on demande de faire une scène de sexe dégueulasse, sans que personne ne se demande si elle va bien. Et ça arrive. »

Qui sont vos mentors ? Ceux dont vous vous êtes inspirée depuis vos débuts ?

« Mes partenaires de jeu au théâtre ! Lorsqu’on prépare une pièce, on répète vraiment. Alors qu’au cinéma, quand on dit qu’on a répété, ça veut dire qu’on s’est rencontrés une fois et qu’on a bu une tasse de thé (rires). Mais si je devais en nommer quelques-uns… Ralph Fiennes (son partenaire dans ’The Duchess’, NDLR), Sam Rockwell (‘Girls Only’), Mark Ruffalo (‘New York Melody’), Carey Mulligan (‘Never Let Me Go’). Et Johnny Depp évidemment. Il a construit Jack Sparrow de toutes pièces. Rien n’était écrit dans le scénario, il a tout inventé ! Beaucoup d’acteurs américains sont plus relax en fait. Nous les Britanniques, on est plus rigides (rires). »